Listomania
6 décembre 2018
«Les signes parmi nous» :  Le Top 2018 de Jean-Marie Pottier
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«Les signes parmi nous» : Le Top 2018 de Jean-Marie Pottier

TOP DE FIN D’ANNÉE. Les rédacteurs de Magic délivrent tous les jours leur Top 2018, sous la forme d’une liste de 10 albums, assortie d’un texte de mise en relief. Episode 1 avec Jean-Marie Pottier.

 

  1. IDLES – Joy as an Act of Resistance. (Partisan)
  2. CAR SEAT HEADREST – Twin Fantasy (Face to Face) (Matador)
  3. LOW – Double Negative (Matador)
  4. JULIA HOLTER – Aviary (Domino)
  5. MARISSA NADLER – For My Crimes (Bella Union)
  6. DAVID BYRNE – American Utopia (Todomundo)
  7. THE INNOCENCE MISSION – Sun on the Square (Bella Union)
  8. PUSHA T. – DAYTONA (GOOD/Def Jam)
  9. HELENA DELAND – From the Series of Songs “Altogether Unaccompanied” (Luminelle)
  10. JONATHAN BREE – Sleepwalking (Lil’ Chief)

le livre Inner City Blues. The Story of Grime de Dan Hancox, passionnant récit parallèle d’un genre et de la mutation de la ville qui l’a vu naître, Londres, depuis le début des années 2000.

“Give me Frank Ocean’s voice and James Brown’s stage presence”, entend-on Will Toledo chanter sur Twin Fantasy (Face to Face), nouvel enregistrement XXL et poli juste ce qu’il faut d’un album du même nom paru à ses débuts, en 2011. À l’époque, le jeune leader de Car Seat Headrest se contentait, modeste, de réclamer l’organe de Dan Bejar des New Pornographers et le style de John Entwistle des Who. Depuis, il a pris la folie des grandeurs.

Et heureusement qu’il en reste, des songwriters pour nourrir des ambitions déraisonnables dont le flot vient régulièrement envahir le confort de nos écoutes en flux, ce vilain mot. Pour bâtir des cathédrales fièrement dressées au milieu des préfabriqués, comme le stupéfiant Aviary de Julia Holter et le terrassant Double Negative de Low, deux disques à écouter très fort au casque dans la nuit. Pour se cacher derrière des masques, comme le Néo-Zélandais Jonathan Bree, découvert après un live aussi étonnant que hors de propos à la Route du rock à Saint-Malo, ou quadriller le terrain en uniforme comme David Byrne, qui a magnifié sur scène avec sa troupe son American Utopia.

Pour creuser un sillon imperturbable aux modes, tracer comme un unique disque long de plusieurs années et de dizaines de chansons, tels The Innocence Mission et Marissa Nadler, les héros discrets du précieux label Bella Union. Pour jouer avec l’objet album, comme Kanye West avec sa pentalogie de Jackson Hole, cinq productions de moins d’une demi-heure dont on retiendra l’impeccable DAYTONA de Pusha T., ou comme la jeune Québecoise Helena Deland, avec les cartes postales saisonnières de sa série de chansons “Altogether Unaccompanied”.

Ce n’est pas un hasard si, dans cette liste de titres, se côtoient ces coquetteries que sont des parenthèses, guillemets, capitales, et même un point final, celui claqué par le brutal et jouissif Joy as an Act of Resistance. de IDLES. À l’heure où nos existences de mélomanes ressemblent de plus en plus à un monologue intérieur sans début ni fin, sans phrases ni pause, nous attendons des grands albums qu’ils se dressent comme des ponctuations, nous envoient un signe. Viennent, dans la marée montante des propositions, annoncer l’heure du reflux.

JEAN-MARIE POTTIER a longtemps été journaliste à Slate.Il est aussi l’auteur de trois essais aux éditions Le Mot et le Reste, dont Smile, la symphonie inachevée des Beach Boys, sorti le 21 juin dernier. Il est entré dans les pages de Magic en 2017 avec le récit de la passion de la France pour The Apartments, co-signée avec son frère François Pottier. Pour cette année 2018, il a notamment rencontré les Lemon Twigs, décortiqué  le mouvement post-punk ou nous a conté l’histoire de Leonard Bernstein, le grand-père bienveillant de la pop moderne.
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