Comme chaque année, le début du mois de novembre est synonyme de Pitchfork Music Festival Paris. Et comme chaque année, la programmation suffit à faire saliver dans les bureaux de Magic. Entre le Main Event et l’Avant-Garde, cette édition 2026 nous gâte particulièrement.
HEADACHE
(2 novembre, Élysée Montmartre)
Au sein de la programmation du main event du Pitchfork Music Festival Paris 2026, Headache est sans doute le nom qui m’enthousiasme le plus. Projet réunissant Vegyn, DJ, beatmaker et producteur londonien à qui Air a confié la réinterprétation intégrale de Moon Safari, et le poète Francis Hornsby Clark, Headache soigne aussi bien les maux de tête que les peines de cœur. The Head Hurts But The Heart Knows The Truth (2023) et Thank You For Almost Everything (2025) sont deux bijoux mêlant instrumentales planantes et spoken word à la voix robotique, dont les textes débordent de mélancolie – et donc d’humanité. Après un concert à guichets fermés à la Maroquinerie en avril dernier, leur passage au Pitchfork pourrait bien arracher quelques larmes au public de l’Élysée Montmartre.
ICEAGE
(2 novembre, Main Room)
Trois ans après son dernier passage parisien – et après une parenthèse durant laquelle Elias Rønnenfelt s’est construit une solide réputation en solo –, Iceage fait son grand retour à l’occasion du Pitchfork Music Festival Paris 2026. Figure majeure de la scène alternative de Copenhague, le groupe danois viendra notamment défendre son excellent sixième album, For Love Of Grace & The Hereafter, que nous avions sacré album de la semaine le 29 mai 2026. Nul doute que son indie rock écorché, romantique et toujours un peu frondeur saura embraser cette première soirée du festival.
EAR
(3 novembre, Trabendo)
Comme chaque année, le Pitchfork Music Festival Paris permet de découvrir plusieurs projets encore inédits sur les scènes françaises. Parmi eux, Ear figure sans doute parmi les plus intrigants. Yaelle Avtan et Jonah Paz étaient tous deux artistes visuels avant de se tourner vers la musique quelques jours seulement après leur rencontre. Avec The Most Dear and The Future, paru en septembre 2025, puis Rumspringa en mai 2026, le duo s’est imposé comme une formation à surveiller de près, surtout si vous avez un faible pour les paysages d’indietronica oniriques, bricolés et délicatement décalés.
ROBBER ROBBER
(5 novembre, Supersonic)
Si vous n’avez pas encore écouté Two Wheels Move The Soul, je dois vous avouer une certaine déception. Heureusement, il reste mon interview pour rattraper ça. Deuxième album de Robber Robber – et premier publié chez l’excellent Fire Talk –, le disque est une véritable démonstration de force dans le petit monde de la crank wave. Entre guitares traversées d’éclairs bruitistes, arpèges serpentins, structures imprévisibles, section rythmique au groove vénéneux plus proche de la trap que du rock et spoken word abrasif de Nina Cates, le groupe de Burlington fera ses premiers pas en France. Sans doute pas les derniers.
BLEARY EYED
(7 novembre, TBA)
Originaire de la flamboyante scène de Philadelphie, Bleary Eyed n’est peut-être pas la formation la plus médiatisée de cette sélection, mais il serait dangereux de la sous-estimer. Easy, troisième album du groupe paru en 2025, réussit le pont entre les sonorités classiques du shoegaze – on pense à Slowdive ou Drop Nineteens – et tout ce qui rend la scène américaine actuelle si passionnante. Après avoir brillamment assuré la première partie de Wednesday lors du passage du groupe d’Asheville à Paris en février 2026, on a hâte de retrouver leur “fuzzy computer gazey whatever”, selon leur propre définition Spotify, sur une scène parisienne.
WORLDPEACE DMT & THE FEMCELS
(7 novembre, TBA)
Internet a toujours été un formidable terrain de liberté créative pour la musique, mais ces dernières années ont vu émerger toute une scène post-bedroom pop dont The Femcels et Worldpeace DMT comptent parmi les représentants les plus passionnants. Pourquoi les réunir dans la même entrée ? Parce que les deux groupes gravitent autour de Rowan Miles : accompagnée de Gabriella Turton dans The Femcels – le terme « femcel » étant le pendant féminin du mot « incel », ça pose le délire – et de Leo Fincham dans Worldpeace DMT. Entre l’indietronica sarcastique de I Have To Get Hotter et la pop post-Beatles, post-Velvet Underground de The Velvet Underground & Rowan, à vous de choisir votre camp. Nous, on préfère garder les deux.
LOTS OF HANDS
(5 novembre, Les Disquaires)
Lots Of Hands porte peut-être mal son nom – c’est un duo, soit seulement quatre mains au total, ce qui reste finalement assez peu –, mais sa musique mérite largement qu’on lui pardonne ce léger mensonge. Basé à Newcastle, le groupe débarque au Pitchfork Avant-Garde avec cinq albums au compteur et autant de trésors de lo-fi pop improvisée, peuplés de voix volontairement artificielles, de productions délicieusement tascamisées et d’une mélancolie saisissante. Une musique de chambre triste par un matin d’été, qui a fini par attirer l’attention de Fire Talk Records. On comprend parfaitement pourquoi. En espérant que Penny et Asking Star figurent au programme du concert.
HIDING PLACES
(6 novembre, Supersonic Records)
Il fallait bien que je vous parle d’un groupe de slowcore et d’alt-country dans cette sélection. Formé en 2020 en Géorgie – vous savez, cet État américain qui possède des villes comme Athens pour mieux singer l’Europe –, Hiding Places s’inscrit dans une lignée qui va de Villagerrr à Wednesday : ballades mid-tempo, chant pastoral assuré par Audrey Keelin et Nicholas Byrne, guitares écrasantes et irrésistible envie de traverser les États-Unis dans un vieux pick-up brinquebalant en écoutant The Secret Of Good Living, premier album paru en avril 2026.
QUIET LIGHT
(6 novembre, PopUp!)
Stakhanoviste de cette sélection, Quiet Light – alias Riya Mahesh – débarque au Pitchfork Avant-Garde avec six albums publiés entre 2023 et 2026. La multi-instrumentiste texane y déploie une électro-pop onirique, quelque part entre l’étrangeté d’un film de David Lynch et la beauté aveuglante d’une lumière blanche au bout du tunnel. Un nom à suivre, comme l’était Oklou – avec qui elle partage le label True Panther – il y a quelques années.
GIRL GROUP
(7 novembre, TBA)
Croisées notamment lors du This Is Not A Love Song Festival, les cinq filles de Girl Group poursuivent un objectif simple : bouter les boy clubs hors de la musique. Pour y parvenir, le quintette ressuscite avec brio les girls bands des sixties à travers un filtre hyperpop et post-punk, comme si The Ronettes étaient devenues meilleures amies avec Charli XCX tout en adoptant une énergie riot grrrl. Une formule aussi réjouissante qu’efficace.