Robber Robber par Jackie Freeman
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Robber Robber par Jackie Freeman

Qu’est-ce qu’une bonne interview ? Chacun aura sa réponse, mais pour moi, c’est surtout quand elle ressemble davantage à une conversation entre potes qu’à un exercice promotionnel. C’est exactement ce qui fait la force de cet échange avec Nina Cates et Zack James, la moitié de Robber Robber. On y découvre bien sûr la maestria DIY derrière “Two Wheels Move The Soul”, un album qui les installe parmi les nouvelles promesses du post-punk. Mais aussi des fragments plus… inattendus : l’incendie de leur ancien appartement, qui semble avoir infusé malgré lui les textures industrielles du disque, leur flemme du nouvel an, leur passion pour Victor Wembanyama, ou encore leur chat. Et c’est précisément pour ça que ça fonctionne.

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Franchement, si je devais faire un top 3 de mes albums préférés de l’année pour l’instant, Two Wheels Move the Soul serait peut-être premier ou deuxième. Ça dépend si je mets le disque d’Ulrika Spacek devant vous – parce que c’est un de mes groupes préférés – ou derrière vous, en étant totalement objectif. Donc voilà pourquoi on est là aujourd’hui.

Nina Cates (chant / guitare) : On prend ça avec plaisir.

Pour commencer : vous disiez à Post Trash qu’une grande partie de Robber Robber, c’est d’assumer aimer des choses qui vous surprennent vous-mêmes. Je trouve ça hyper juste comme manière de penser la musique. Du coup, quelle a été la plus grande surprise pour vous sur Two Wheels Move the Soul ? Un moment en studio ? Ou quelque chose qui s’est passé en dehors ?

Nina : Je ne sais pas… La plus grande surprise pour nous… Il y a eu quelques moments en studio assez drôles, un peu absurdes. Par exemple sur Bullseye, Carney a coupé une fuzz de basse d’une manière complètement dingue. On avait l’impression que l’enceinte se déchirait en deux. On a réécouté et on s’est dit « wow, c’est quoi ce son ?! » Et tout de suite « ok, ça on le garde, c’est parfait. »

Zack James (batterie) :Oui, il y a eu plein de petits moments comme ça. Après… je ne sais pas. C’était un processus étonnamment… fluide, j’ai l’impression.

Nina : Ouais… enfin, je ne sais pas trop.

Zack : Ça semblait fluide, mais en vrai, ça ne l’était pas tant que ça. C’était assez bancal, parfois un peu awkward. Mais au final, tout a fonctionné, tout s’est fait comme il fallait. Au bon moment.

Nina : On avait un budget très serré pour cet album. On a tout financé nous-mêmes. Et on avait quatre jours de studio.

Vous avez tout enregistré en quatre jours ?

Zack : Oui, à peu près. Peut-être cinq. Et on a complété certaines choses après.

Nina : On savait qu’on allait devoir faire pas mal de choses nous-mêmes. On a enregistré certaines voix, des guitares, beaucoup de percussions… On s’est dit « les tambourins, on peut les faire nous-mêmes ». En gros, en studio, on était en mode rafale, à essayer d’enregistrer le maximum. C’était vraiment du travail à la chaîne.

Vous avez un secret pour aller aussi vite en studio ?

Nina : On avait un plan. Un tableur super détaillé : quelles batteries enregistrer dans quelle pièce, dans quel ordre, pour déplacer le matériel le moins possible.

Génial. Un peu comme un jeu de stratégie ou un Tetris.

Nina : Exactement.

Zack : Oui, être organisé. Et ne pas s’attendre à une expérience “sexy”. On était juste là pour bosser. Il n’y avait pas trop de place pour “viber”.

Nina : Oui, on travaillait. Mais c’était fun. Très fun, même.

Zack : Parce qu’on était dans l’action, en mouvement constant. C’était hyper productif, excitant. L’énergie était haute tout le temps. On se disait « wow, on vient d’enregistrer cinq morceaux aujourd’hui ! »

Vous faites combien de prises par morceau pour arriver au bon résultat ?

Zack : Je ne sais pas trop… Bonne question. Peut-être quatre ?

Ah oui, pas beaucoup.

Zack : Certains morceaux, on les jouait en live depuis des mois – comme Pieces ou Watch for Infection. Du coup, en studio, c’est allé très vite. Et pour d’autres, on ne savait même pas vraiment ce qu’on faisait en les enregistrant. Ni les guitares, ni les voix… Du coup, je faisais quelques prises de batterie et je me disais « ok, ça ira, on pourra bosser avec ça »

Nina : On se disait « ok, on a 30 minutes pour trouver une partie de guitare. Vas-y. »

C’était justement ma question suivante : quelle part d’un morceau est déjà définie avant d’entrer en studio, et quelle part se révèle sur le moment ?

Nina : Ça dépend vraiment des morceaux. Chaque processus d’écriture a été différent sur cet album. Certains étaient très clairs dès le départ. D’autres laissaient beaucoup de place à l’improvisation. Par exemple, tous les effets de guitare un peu « avalanche », on les a trouvés en studio.

Zack : Je pense que ça fait partie de notre manière de travailler : jouer sur le niveau de préparation selon les morceaux, pour garder de la variété. Certains sont ultra répétés, d’autres complètement spontanés. Et on aime avoir les deux.

C’est vrai qu’il y a énormément de variété sur le disque. En tant que journaliste, j’aurais tendance à vouloir mettre une étiquette – post-punk, crank wave, ou autre raccourci du genre. Mais en fait, surtout pour un deuxième album, vous avez déjà une identité tellement forte que je n’arrive pas à vous coller un genre précis. Du coup, si vous étiez journalistes musicaux, vous appelleriez ça comment ?

Zack : Aucune idée…

Nina : Je ne sais pas… C’est une question avec laquelle on se bat depuis le début du groupe, essayer de définir ça.

Zack : Oui, je pense…

Nina : On dit juste qu’on fait du rock.

Zack : Oui. C’est à moitié une blague, mais en même temps c’est très sérieux. Parce qu’au fond, on essaie juste de faire un disque de rock. C’est à peu près le maximum de réflexion qu’on a eu sur notre genre. Être un groupe avec des guitares électriques branchées dans des amplis, une batterie, une basse, une voix… C’est aussi loin qu’on est allés dans ce genre de considérations.

C’est intéressant que tu parles des guitares dans des amplis, parce que j’ai l’impression que même dans l’indie rock, de plus en plus de groupes enregistrent avec des simulateurs d’ampli. Je connais peu de groupes qui utilisent encore des amplis et des micros de manière aussi directe (je montre mon ampli à la caméra)

Zack : Ah, trop bien. Un petit JC ? Carrément. C’est cool. Nous, on fait parfois un peu de direct, du DI, si on a ce qu’il faut. Mais sinon, c’est vraiment guitare dans ampli à lampes. Et Nina utilise genre deux pédales.

Zack : C’est hyper simple, en fait. Même si notre musique ne sonne pas forcément comme ça, c’est pourtant bien ça.

Nina : Oui, et je trouve ça assez drôle de me dire que les gens pourraient être surpris quand ils nous voient en live, et que c’est juste ça.

Deux pédales, donc un accordeur et une Rat ?

Nina : Oui, littéralement. Une Rat et une Tube Screamer.

Pas besoin de plus. Surtout si vous ne faites pas vraiment du shoegaze, pas besoin d’un delay ultra complexe avec trois pédales en une. Juste de quoi faire passer la guitare de vroum à VROUM. 

Nina : Oui, je suis aussi très exigeante sur les sons clairs. J’aime bien que ça sonne un peu… sale dès le départ.

Et le premier morceau sur lequel vous avez travaillé pour ce projet, c’était Pieces, c’est ça ?

Nina : Oui, Pieces c’est le premier qu’on a écrit.

Parce que vous disiez aussi que c’était le plus difficile à finir. Qu’est-ce qui était le plus compliqué ?

Zack : Le plus compliqué ?

Nina : Honnêtement, Pieces ne m’a pas paru si difficile. Je pense que l’article s’est trompé, parce que je parlais d’un autre morceau, Again, à ce moment-là. Et lui, oui, il était vraiment dur.

Zack : Tous les morceaux avaient leurs défis. Again nous a pris beaucoup de temps, surtout pour trouver la bonne production et le bon arrangement.

Nina : Trouver la tonalité du morceau, en fait.

Zack : On en a fait plusieurs versions. Donc oui, Again était probablement le plus compliqué. Mais une fois en studio, c’est devenu un des plus simples, parce qu’on avait déjà tout décortiqué.

Nina : Oui, on savait exactement ce qu’on voulait tester.

Zack : Alors que d’autres morceaux, comme ceux avec les effets “avalanche”, étaient plus compliqués parce qu’il y avait une pression immédiate pour trouver quelque chose rapidement.

Nina : Oui, totalement. Je suis même contente que Pieces n’ait pas été trop difficile à écrire. Il y a toujours ce moment bizarre quand tu n’as encore rien écrit pour un nouvel album… Si le premier morceau est trop dur, ça peut être décourageant. Mais Pieces, on l’a écrit assez naturellement, tous ensemble en jam. Ensuite, on a pris les différentes parties, on les a arrangées, on a ajouté une mélodie vocale… Et ça s’est fait assez vite. C’était vraiment un souffle d’air frais.

Zack : Pour moi, côté mix et production, les morceaux qu’on jouait déjà en live comme Pieces ou Watch for Infection étaient plus difficiles. Parce qu’il fallait leur donner une version définitive. On y tenait beaucoup, donc il fallait prendre des décisions importantes. Se dire que ça, c’est la version finale du morceau.

Nina : Toi, ça t’arrive de tomber amoureux d’une démo, au point d’avoir du mal à la lâcher ?

Je n’ai enregistré qu’un seul morceau dans ma vie, pour l’instant, et j’ai quasiment sorti la démo telle quelle. J’ai essayé de tout mixer moi-même, et j’ai compris que je ne savais pas le faire. Puis j’ai déménagé il y a trois mois et je n’ai pas encore pris le temps ni trouvé la motivation pour enregistrer. Mon appart est un peu en bazar, je n’ai pas encore tous mes meubles, donc je ne peux même pas placer un micro correctement devant un ampli sans avoir du feedback. Du coup, je ne sais pas encore ce que ça fait de devoir retravailler une démo.

Zack :Oui, je vois très bien. Nous, on jouait ces morceaux en live depuis longtemps à partir des démos.

Nina : Et les démos avaient une vibe complètement différente.

Zack : Du coup, j’ai fini par sampler les démos dans les versions finales.

Nina : On l’a fait plusieurs fois sur l’album.

Zack : Oui, assez souvent. Mais c’est vrai que ça peut faire peur, tu n’as pas envie de gâcher un truc que tu aimes déjà.

Nina : Oui, tu n’as pas envie de prendre une décision trop radicale que tu pourrais regretter.

Zack : Et en même temps, c’est dur de savoir si tu es juste attaché à quelque chose parce que tu y es habitué, ou si c’est vraiment la meilleure version.

Nina : Je pensais qu’au départ Pieces serait plus étrange dans sa forme. Mais à force de le jouer, c’est devenu évident que ça devait juste sonner comme nous quatre en train de jouer Pieces.

Oui, complètement.

Zack : Oui, du coup on est partis dans cette direction-là.

Et c’est quoi le morceau dont vous êtes le plus fiers sur le disque ?

Nina : Ça change tout le temps pour moi. Mais aujourd’hui, si je devais en choisir un… j’ai un vrai faible pour It’s Perfect Out Here in the Sun. Je trouve que c’est un morceau hyper fun, avec une ambiance vraiment à part. On sent qu’il n’essaie de plaire à personne – c’est presque indulgent, un peu décadent, très personnel. Et j’en suis vraiment fière. Je suis aussi contente qu’il fasse partie du disque, qu’il apporte quelque chose à l’ensemble. Il est assez étrange, un peu sombre même. Et les voix étaient super amusantes à enregistrer. Et sinon, j’adore aussi Avalanche sound effect, c’est probablement mon préféré.

Moi, si je devais en choisir un, ce serait New Year’s Eve. Je ne sais pas pourquoi, mais le pré-refrain… tu vois ces TikTok avec les pingouins de Madagascar qui dansent sur du Three 6 Mafia ? J’ai essayé de caler leur danse sur le morceau et, bizarrement, ça fonctionne parfaitement. C’est trop bien.

Zack : Il faut que tu nous envoies ça.

Je trouve que c’est un morceau étrangement dansant. Et j’ai pas mal de questions sur le sens du titre, parce que j’ai lu votre interview track-by-track, et ça donne envie d’aller encore plus loin.

Nina : Carrément.

Par exemple, j’ai l’impression qu’on est tous programmés pour croire que le 31 décembre à minuit, tout va se réinitialiser, qu’on va devenir quelqu’un d’autre. Mais quand tu te réveilles le 3 janvier, t’es toujours le même loser…

Nina : Oui, totalement. Rien ne change en fait. Et en plus, tu te retrouves avec une nouvelle série d’attentes.

J’ai un pote qui pense qu’on devrait considérer janvier, février et mars comme des mois de transition, d’hibernation. Vous en pensez quoi ?

Nina : Oui, carrément. Mon père dit la même chose. Pour lui, c’est clairement notre période d’hibernation.

Zack : C’est vrai que commencer l’année en janvier, le pire moment de l’année… c’est assez drôle. On est clairement en mode hibernation l’hiver. On a des hivers super rudes chez nous. Très froids.

Nina : On est partis pour une tournée début avril, et il neigeait encore.

Ah ouais ? Et vous faites comment pour tourner quand il neige ? Vous avez une luge ou un truc comme ça ?

Zack : On part en motoneige !

Nina : Non, on a juste notre van… et il n’est pas du tout adapté à la neige. Mais bon, il n’y en avait pas énormément.

Et le 31 décembre 2025, en sachant que vous alliez sortir ce disque sur un label plus important, est-ce que ça a changé quelque chose ?

Nina : Je ne sais pas trop.

Zack : Peut-être… bonne question d’ailleurs. Mais je ne sais même plus ce qu’on a fait ce soir-là.

Nina : On devait aller à une soirée, mais finalement on a joué un concert avec Dari Bay, en extérieur.

Zack : On a passé un bon Nouvel An. Il y avait une bonne énergie, je pense. Mais on n’est pas des grands fans du Nouvel An.

Nina : Moi non plus.

Zack : Je déteste ça aussi. Sans vouloir être négatif – on est plutôt positifs d’habitude – mais le Nouvel An, c’est vraiment la pire fête.

Nina : C’est stressant. Il y a trop de choses. Et jouer pendant le décompte, c’est encore pire – t’as peur de le rater. Nous, on a déjà fini trop tôt et dû improviser, et c’est horrible.

Zack : Chaque année, c’est pareil. Je ne réfléchis jamais vraiment à l’année passée ou à celle qui arrive. Il se passe trop de choses autour. Je ne deviens jamais sentimental, c’est juste du chaos.

Nina : Les moments de réflexion, c’est plutôt la semaine avant et la semaine après.

Zack : Donc non, ce Nouvel An n’était pas différent des autres.

Moi j’ai une théorie : quand je passe un Nouvel An nul ou moyen, l’année est cool. Et quand il est génial, l’année est pourrie. En 2025, super soirée → année compliquée. En 2026, ciné, retour en bus, coucher à minuit et demi → et pour l’instant, ça va.

Zack : Ça me paraît logique.

Nina : Oui, c’est une bonne approche.

Zack : Nous, on n’a jamais de Nouvel An incroyable.

Nina : Les gens en attendent trop. Ça ne peut pas être si incroyable. C’est l’hiver.

Zack : Pour moi, le Nouvel An n’a jamais été un moment de bilan. Je suis trop pris par ce qui se passe autour. Je ne réfléchis jamais vraiment à l’année.

Nina : Encore une fois, ça se passe avant ou après.

Et cette phrase dans New Year’s Eve“there’s human feats of genius then there’s what I did today” – c’est ma préférée du disque. Ça m’a fait penser à la pression constante du monde, au grind capitaliste… Est-ce que vous avez parfois envie d’une vie plus stable, plus prévisible ?

Nina : Honnêtement, non. Si on voulait ça, on le ferait déjà. C’est clairement plus simple.

Zack : Le confort et la stabilité, c’est bien… mais on les a déjà, d’une certaine manière.

Comment ça ?

Zack : À travers notre entourage, entre nous. On a une forme de stabilité.

Nina : Et si ça devient trop flippant ou inconfortable, on pourrait toujours faire une pause et prendre un boulot classique.

Zack : Mais on n’y pense pas vraiment.

En gros, au lycée, j’étais meilleur pote avec un gars. On était un peu les skateurs de la classe, tu vois. Et puis avec la vie, on n’a plus du tout été en contact entre 2016 et 2024. Et en 2024, il a commenté une de mes stories Instagram en mode « hé mec, j’ai lu un de tes articles, t’écris super bien ». Il m’a dit que si je passais à Lorient, ma ville natale, on devrait aller boire une bière ensemble. En l’espace de ces huit ans, je suis devenu journaliste musical, j’ai déménagé à Paris et je mène une vie plutôt artistique, à ma manière. Lui est devenu vendeur d’assurances. Il porte des chinos, des doudounes sans manches Patagonia, fait de la muscu et adore Hans Zimmer. On a passé deux ou trois heures à discuter, et il avait une vie très « simple », disons. Et après ça, on n’a plus repris contact. Je suis sûr qu’il a trouvé ma vie bizarre, et je me suis demandé s’il comprenait vraiment ce que je faisais. Et je me dis que, comme vous avez des jobs à côté de la musique, si je ne me trompe pas… est-ce que les gens autour de vous comprennent ce que vous faites ? Pas forcément musicalement, mais aussi dans les difficultés d’être musicien, tout simplement.

Nina : Oui, complètement.

Zack : On a des amis dans tous les styles de vie. Certains font la même chose que nous.

Nina : Et c’est rassurant. Mais on a aussi des amis qui ont des vies très stables, mariés, boulot, etc. Et ça remet les choses en perspective. On sait que c’est possible. Mais ce n’est pas ce que je veux, là, maintenant.

Zack : On a le temps. Pas besoin de tout planifier. Après nos études, on savait juste qu’on voulait consacrer quelques années à la musique.

La vie va vite… et je pense vraiment que vous avez un énorme potentiel.

Zack : Merci. Ce serait cool. Mais on n’a pas vraiment d’attentes, on fait juste les choses.

Nina : C’est difficile d’avoir des attentes en musique. On est déjà contents que des gens écoutent.

Vous avez vu ces gens qui disent que certains groupes sont des psyops ?

Zack : J’ai rêvé que quelqu’un me traitait de psyop sur Instagram.

Nina : Ça va devenir un mème.

Zack : Oui, ils vont faire ça avec des petits groupes comme nous…

Genre « pourquoi le nom de ton père est en bleu sur Wikipédia ? »

Nina : Exactement. Je pense qu’être artiste aussi, c’est un peu… Il n’y a pas vraiment de mode d’emploi pour être musicien. Il n’y a pas de règle écrite. On vient du DIY, et on a dû apprendre par nous-mêmes si on faisait les choses correctement, si on avait les bonnes discussions avec les bonnes personnes, et comment passer à l’étape suivante. Au début, la seule manière d’y voir clair, c’était de regarder ce que faisaient les autres, voir si ça marchait pour eux, et si nous on allait dans la bonne direction, au même stade de carrière. Et puis aussi, poser énormément de questions à nos amis, être honnêtes sur le fait qu’on ne savait pas vraiment comment tout ça fonctionnait. On a fait du chemin, mais ça nous a pris beaucoup de temps avant de comprendre quoi faire.

Zack : Et puis l’industrie musicale change tellement vite. Il y a toujours des gens qui essaient de nous donner des conseils, de nous guider. On apprécie vraiment, mais on est obligés de prendre ça avec du recul.

Ce que tu dis, Nina, sur le fait qu’il n’y a pas de règle dans l’indé… c’est intéressant parce qu’en même temps, il y a plein de groupes qui ont réussi, mais ça reste quelque chose de profondément humain, un groupe. Donc si tu essaies de reproduire ce que quelqu’un a fait, ça ne marche pas, parce que tu n’es pas cette personne.

Zack : Oui, complètement. Il y a plein de façons de tomber dans ce piège, de croire que tu es un autre groupe. De te dire que tu es… je ne sais pas, Geese ou un truc comme ça.

Parce que j’ai l’impression que Pieces parle justement des attentes que les autres projettent sur toi. Mais ces attentes, elles viennent d’où selon vous ? De l’industrie musicale ? De vos proches, de votre famille, qui voudraient peut-être que vous ayez quelque chose de plus stable ? Ou alors ce sont des attentes que vous vous imposez à vous-mêmes ? C’est quoi le plus dur à gérer ?

Nina : Je pense que c’est un peu tout à la fois.

Zack : Nos familles sont plutôt très soutenantes.

Nina : Oui, vraiment. On a beaucoup de chance. Mais même quand les gens te soutiennent, ils ne comprennent pas toujours complètement. Je me souviens que quand on a annoncé notre première tournée européenne, mon grand-père était là genre… ah, d’accord.

Et quand ils ne comprennent pas, tu leur dis quoi ?

Nina : Je leur dis juste que j’adore ça. Que c’est ce que je fais, tout simplement. Mais oui, Pieces parle beaucoup des attentes, celles de l’industrie, mais aussi celles qu’on se met à nous-mêmes. Et puis cette idée, comme dans New Year’s Eve, de prendre du recul et de se demander où on en est par rapport aux autres. C’est difficile de savoir à quoi ressemblera une stabilité financière pour nous à ce stade. C’est beaucoup de choses à gérer.

Zack : Et puis l’industrie musicale tourne entièrement autour des attentes. Sinon, tu ne signes pas de contrat, tu ne décroches pas de concerts. Tout repose sur des projections, des chiffres attendus. Du coup, c’est très étrange d’essayer de s’en détacher, parce que normalement, ce n’est pas censé être notre problème en tant qu’artistes… mais en réalité, c’est exactement ce qui compte pour l’industrie.

Nina : Oui, complètement. Et ce n’était pas du tout un facteur pour nous à l’époque des concerts DIY. On était juste heureux de jouer.

Est-ce qu’il y a une attente de l’industrie que vous refusez catégoriquement de satisfaire ?

Zack : Franchement… il y en a forcément. Mais c’est impossible d’y échapper. Dès que tu es sur le point d’atteindre un objectif, il change. Il grandit. Tu es constamment en train de courir après quelque chose que tu n’atteins jamais vraiment.

Nina : Ou alors on te dit juste de recommencer, mais en plus grand.

Zack : Si tu as 5 millions d’auditeurs mensuels sur Spotify… ton manager et ton label réfléchissent déjà depuis des mois à comment t’amener à 10. C’est quelque chose dont tu ne peux pas t’échapper. Mais d’une certaine manière, c’est presque libérateur.

Nina : Oui, ça veut dire que ce qu’on fait est déjà suffisant en soi.

Zack : On doit juste être fiers de nos petites victoires, sans attendre une validation extérieure.

Nina : Et ce n’est pas une critique de notre entourage pro. On aime vraiment les gens avec qui on travaille. C’est juste la nature du système.

Pour vous, ce serait quoi une carrière réussie dans 5 ou 10 ans ?

Nina : Sortir d’autres albums.

Zack : On se voit encore comme un tout jeune groupe, en train d’apprendre. Donc pour nous, le succès, aujourd’hui, c’est simplement réussir à continuer à faire de la musique. Il n’y a pas de chiffre derrière ça.

Nina : L’argent reste quelque chose de très abstrait pour moi. Mais si ça devient un peu plus simple de se concentrer sur la musique, avec moins de petits boulots à côté, ce serait déjà parfait.

Est-ce que vous étiez des « enfants surdoués » dans votre enfance ? Parce que ça peut créer une pression particulière.

Zack : Non, pas vraiment. J’aimais beaucoup la musique enfant, mais mes parents ne m’ont jamais forcée. Je n’ai pas étudié la musique à l’école. C’est une bonne question… je devrais leur demander.

Nina : Moi non plus. J’avais une famille très encourageante. Après, on dit à tous les enfants qu’ils sont spéciaux, c’est normal. Mais oui, mes parents m’ont toujours soutenu dans la musique. J’ai rejoint des groupes très jeune, je faisais des reprises, on jouait dans des bars ou des salles municipales. Et mon père me laissait même me coucher plus tard si je faisais quelque chose de créatif.

J’aurais dû commencer la musique plus tôt… mais j’ai commencé il y a un an seulement. Mes parents n’étaient pas du tout dans ça, mais ils ont été très soutenants aussi. C’est drôle parce qu’ils sont assez à droite, très attachés aux traditions, et moi je suis parti à Paris faire de la musique… ils ne comprennent pas toujours comment je suis devenu leur fils.

Nina : Oui, je vois. Mais dans ma famille, mon frère est ingénieur, et ils l’ont soutenu tout autant. Ils sont plutôt dans une logique de laisser chacun suivre son chemin.

Zack : Je pense que mes parents auraient bien aimé que je fasse un métier « classique », genre médecin. Mais le fait que je fasse quelque chose que j’aime depuis l’enfance, qu’ils ont encouragé, ça leur va aussi.

J’ai une question qui me vient. Un truc très américain, c’est les groupes d’église, où les enfants apprennent la musique. Vous, c’était quoi votre parcours musical au début ?

Nina : On n’allait pas vraiment à l’église. Moi, j’ai commencé le piano en primaire. Mais je détestais m’entraîner, donc j’ai arrêté. Ensuite, à l’école, ils proposaient de rejoindre un groupe et il y avait la basse électrique. Je me suis dit que c’était évidemment le choix le plus cool. Et j’en suis toujours là aujourd’hui. J’ai appris la guitare ensuite, en autodidacte. Je lisais un peu la musique avant, mais j’ai tout oublié.

L’album est né après l’incendie qui a détruit les bâtiments autour de votre appartement. Comment ça va aujourd’hui ? Est-ce que tout ça est derrière vous ?

Zack : Oui… enfin, pas complètement. On n’est toujours pas sûrs de recevoir tout notre courrier.

Nina : Oui, on s’en rend bien compte au moment des impôts.

Le fisc doit se demander où vous êtes passés…

Nina : On avait cinq adresses différentes au printemps dernier. Le service de réexpédition de courrier a peut-être expiré.

Zack : À part ça, ça va. On est posés chez nous en ce moment.

Nina : On vient de rentrer de tournée tard hier soir en fait. Ça fait vraiment du bien d’être à la maison. J’adore notre maison. J’aime aussi beaucoup tourner. Et c’est vraiment agréable de retrouver un endroit vraiment confortable en rentrant.

Peut-être que vous devriez prendre cet appartement, le mettre sur une remorque et tourner avec l’appartement derrière vous. Ce serait incroyable.

Nina : Je pense que ça passerait.

Zack : Ça passerait probablement.

Nina : Chargement hors gabarit.

Zack : On pourrait avoir un rider d’hospitalité où la loge est calquée sur notre appartement. Ce serait parfait.

Quand vous tournez, est-ce que vous prenez quelque chose de votre appartement pour vous rappeler la maison ?

Zack : Non.

Un petit objet, une peluche ?

Zack : Pas vraiment, on n’a pas beaucoup de place.

Nina : La dernière fois que je suis parti en tournée cet automne, mon ami Greg m’a donné son petit chronomètre pour que je l’emmène sur la route. Je l’ai gardé tout le long. Et maintenant il est posé près de mon lit.

Qu’est-ce que vous avez ressenti quand vous avez réalisé que votre appartement était le seul encore debout après l’incendie ? Plutôt de la chance, ou une sorte de syndrome du survivant ?

Nina : C’était magique.

Zack : Oui, clairement magique. Ça ressemblait à un miracle parce qu’on n’y était pas allés depuis une semaine.

Nina : Le jour même où on a compris que ce n’était pas… enfin, Zack était en tournée. Je l’ai appelé et je lui ai dit que notre immeuble était en feu. Il m’a dit de prendre les ordinateurs et le chat. Je suis remontée les chercher, et quand je redescendais, les pompiers défonçaient la porte d’entrée et mon chat m’a uriné dessus.

Peut-être que le chat a empêché le feu.

Nina : Il était en panique totale. Je suis sortie par la porte de derrière. Ensuite je suis restée en contact avec les pompiers toute la journée. Ils disaient que le feu était juste au-dessus de notre appartement. Ils pompaient de l’eau depuis des heures et ils disaient qu’il y aurait forcément des dégâts d’eau. Je suis revenue le soir et il n’y avait ni dégâts d’eau ni dégâts de feu dans l’appartement, ce qui était incroyable vu l’ampleur de l’incendie.

Zack : Le reste de l’immeuble était complètement calciné.

Nina : Oui. Sur les photos que j’ai prises, on voit que les flammes étaient directement au-dessus de nous. Et notre voisin du dessus avait mis du revêtement en caoutchouc pour insonoriser le sol, ce qui a probablement limité la propagation de l’eau. Et le voisin en face avait déménagé une semaine avant, donc son appartement était vide. Sinon, le feu se serait propagé beaucoup plus vite. Il y a eu une série de facteurs complètement incroyables.

Vous avez joué au loto après ça ?

Nina : Globalement, ça restait quand même une journée très malchanceuse. Mais on a parlé avec notre assurance toute la journée pour savoir comment on allait remplacer tous nos instruments et nos affaires. Et finalement on n’a pas eu à gérer ça, ce qui était extrêmement chanceux.

On a l’impression que la texture industrielle du disque ressemble un peu à ça, comme si les ouvriers venus sécuriser ou sauver l’immeuble après l’incendie faisaient partie du processus créatif.

Nina : Oui, carrément. Et c’est marrant que tu parles de vibe industrielle. Je me demande à quel point le disque aurait été différent.

Si ça n’avait pas eu lieu, surtout avec le fait que vous avez ensuite vécu chez Greg Freeman et chez Lili Seabird, ils ont peut-être influencé le disque ?

Nina : Peut-être. Quand on vivait chez Greg et chez Lili, l’album était déjà écrit. On était surtout en train de l’enregistrer. On l’a enregistré pendant qu’on vivait chez Lili.

Zack : Ouais, on ne sait pas trop.

Nina : On a passé beaucoup de temps avec eux aussi en dehors de ça. Mais une grande partie des morceaux avait été écrite avant l’incendie. Certains ont été écrits pendant qu’on vivait encore dans l’appartement, alors que les autres pièces étaient en train d’être détruites. Mais ce qui a influencé le disque n’était pas vraiment intentionnel. On n’a pas cherché à faire sonner le disque comme cette situation.

Comment ça fait de vivre dans un appartement entouré de pièces complètement brûlées et détruites ? Ça devait être très étrange.

Zack : Oui, vraiment très étrange. Il y avait des équipes de démolition pendant des mois, et je pense qu’ils ne savaient même pas qu’on vivait là. On les croisait parfois dans le couloir, c’était surprenant.

Nina : Tout était éclairé avant l’incendie, avec des murs blancs. Après, il n’y avait plus de lumière, tout était noir, recouvert de suie et de cendres.

Zack : Oui, il y avait des empreintes de pompiers dans la suie sur les murs, c’était assez inquiétant.

Nina : On pensait qu’ils allaient tout démolir à tout moment.

Zack : Oui, je pensais que le bâtiment était totalement condamné.

Le bâtiment était déjà détruit à ce moment-là ?

Nina : Non, mais à la fin ils ont dû démolir notre appartement pour vérifier qu’il n’y avait pas de dégâts structurels avant de pouvoir rénover le reste du bâtiment. Les murs allaient bien, mais ils ont dû remplacer le toit et beaucoup de planchers. Je pense qu’au final, structurellement, notre appartement était OK. Mais on l’a appris environ six mois plus tard. Ils nous ont dit qu’on allait devoir partir à un moment parce qu’ils devaient s’assurer que les murs étaient solides. Et nous, pendant six mois, on était juste là à vivre normalement sans savoir si les murs étaient sûrs.

Ta maison, c’est un endroit où on peut être en sécurité à tout moment. Est-ce que ces événements ont changé votre rapport à cette idée ?

Nina : Je pense que oui. Et je sursaute beaucoup maintenant quand j’entends des alarmes incendie. J’ai une peur sous-jacente de ça. Mais en même temps, on a évidemment eu énormément de chance. Il y a tellement de gens en ce moment, par exemple avec les incendies à Los Angeles, où c’est vraiment destructeur, et où des gens ont tout perdu. Je n’arrive même pas à imaginer.

Je suis sorti avec quelqu’un de Los Angeles, et elle était à Paris pendant les incendies de LA. Elle a dû rentrer plus tôt que prévu à cause de ça. Je n’ai jamais vu quelqu’un aussi bouleversé. Son appartement a finalement été épargné, mais il était dans la zone orange-rouge sur les cartes. 

Nina : Je pensais aussi aux animaux… Je suis un peu comme la mère de son chat… Il est relax maintenant, il est juste là. Oh il est en train de kiffer le moment.

il s’appelle comment ?

Nina : C’est Bonzo !

Coucou Bonzo ! Il est trop mignon… J’aimerais bien avoir un chien, je suis plus chien que chat, mais un chien dans mon appart ce serait un peu compliqué, donc un chat serait bien… mais j’aime pas trop les chats en vrai. Sauf ceux de mes potes.

Nina : On a tous les deux grandi comme des gens à fond chiens hardcore, et puis on a eu Bonzo, et il est parfait

Et du coup, est-ce qu’il vous inspire pour des chansons ?

Zack : Ouais grave, toutes

Peut-être que tu devrais lui écrire une chanson juste pour lui

Nina : Un album, carrément

Peut-être pour le troisième album ? 

Zack : Ouais, on a plein d’idées. On a genre une tonne de démos un peu brutes qu’on doit remettre à plat dans nos têtes, mais rien de très concret encore. Là, on est concentré sur Two Wheels

C’est quoi, les deux roues qui font avancer votre âme ?

Nina : Les deux roues… je pense que ça change tous les jours, mais aujourd’hui ce sera une sieste et peut-être un peu de lessive

Zack : J’adore le vélo. Je vais faire du vélo plus tard dans la journée. On va dire que ça fera les deux roues.

Nina : Et puis, bon, c’est aussi deux des quatre roues du van !

Et après ça, vous avez quoi de prévu ? après la sieste et le vélo ? Vos plans pour 2026 ?

Zack : on va essayer de tourner autant que possible.

Vous avez une tournée européenne prévue, mais pas de date à Paris ?

Nina : Je ne peux pas encore l’annoncer… 

Ma dernière question, que je pose à chaque interview : c’est quoi la question que vous rêveriez qu’on vous pose ?

Zack : Peut-être un truc genre… est-ce que les Spurs de 2014 battent les Bulls de 1998, ou un truc comme ça

Les Spurs de Tottenham ou de San Antonio ?

Nina : San Antonio ! C’est notre équipe préférée ! 

Je suis européen et fan de foot, donc les Spurs pour moi, c’est Tottenham… et ils sont un peu éclatés en ce moment en Premier League

Zack : Ah ok. Non, moi je ne connais pas trop le foot

Si vous tournez en Europe, faut apprendre le foot

Zack : Il y a aussi un gros crossover indie rock et basket

Genre MJ Lenderman, non ? 

Zack : Ouais. 

Quel joueur de basket tu rêverais de rencontrer si tu pouvais ?

Zack : Probablement Wemby, dude. Russell Westbrook, aussi. Le meilleur de tous les temps pour les triple-doubles

Quand tu viens à Paris tu devrais aller voir l’ancien club de Wemby, à Nanterre…

Zack : J’ai l’impression que si on pouvait me poser n’importe quelle question, ce serait sûrement sur la course au MVP ou un truc comme ça, sur cette saison.

Nina : On a déjà utilisé cette question, je crois. 

Oui, vous en avez déjà fait genre trois. Mais c’est cool, on peut continuer à se poser des questions si vous voulez ! Je n’ai plus que quelques minutes parce que j’ai un concert dans peut-être deux heures et que je dois me préparer.

Nina : Oh super, tu vas où ?

Je vais dans une petite salle qui s’appelle Le Chinois, et je vais voir un groupe d’amis jouer. C’est un peu du noise pop. Enfin c’est un concert organisé par un ami, et c’est un groupe appelé Cuticles, comme les cuticules de tes doigts. Je n’en ai jamais entendu parler mais comme c’est un ami qui gère, j’y vais et je vais peut-être être surpris.

Nina : Trop bien.

À part un concert de Robber Robber, c’est quoi le dernier concert que vous avez vu ?

Zack : On a été en tournée pendant un mois donc… j’ai pas trop vu de concerts récemment. Enfin si, j’ai vu Xavier Sobass l’autre jour. Tu connais ? Je l’ai vu à Londres, c’était incroyable. Il jouait dans la même salle, mais lui en bas, donc je suis allé voir.

Vous aimeriez collaborer avec des artistes rap ?

Nina : Oui clairement. Je pense que notre musique irait super bien avec des beats et ce genre de choses.

Zack : Oui, c’est clairement nos collabs rêvées.

Nina : On adore les rappeurs. On a envie de faire plus de collaborations, mais quand on nous demande nos dream collabs, c’est presque toujours des rappeurs.

C’est vrai que l’indie rock ne fait pas beaucoup de collaborations. Ce serait génial. J’aimerais voir Young Lean avec Beach House par exemple.

Nina : Ouais ce serait incroyable.

Il y a une rivalité entre rap et rock aux États-Unis ? Parce qu’en France c’est un peu le cas. Le rock n’est pas très pris au sérieux, et je ne connais pas beaucoup de rappeurs qui collaborent avec des groupes de rock.

Nina : J’ai pas l’impression qu’il y ait tant d’échanges ou de dialogue entre les deux.

Zack : Il y a quelques artistes qui font le pont assez bien. Webster par exemple. Ou certains producteurs qui peuvent travailler dans les deux mondes. J’ai fait un peu de rap avant, et je fais encore des beats pour des amis.

Ah peut-être que tu pourrais faire des beats pour votre prochain album.

Zack : Ouais à la base j’ai commencé comme ça, en faisant des beats rap.

J’ai une question qui me vient : ta manière de chanter, Nina, est super particulière, ça rend le disque très immersif. Comment tu arrives à chanter comme ça ?

Nina : On fait toujours les démos d’abord, puis on improvise en freestyle dessus. On sacrifie un peu le sens des paroles pour privilégier le son des mots.

C’est un peu comme les Cocteau Twins en fait.

Nina : Oui, c’est un peu ça.

Quelles sont tes influences principales pour le chant ?

Nina : Beaucoup de rap, et beaucoup de R&B des années 90. Gucci Mane, Destiny’s Child… ça dépend vraiment des morceaux.

Quel morceau te rend le plus fier vocalement ?

Nina : New Year’s Eve, je pense. Talkback aussi, et It’s Perfect Out Here in the Sun.

Ce que j’aime c’est les effets de voix, on a l’impression qu’il y a plusieurs versions de toi.

Nina : Oui, juste moi et mes meilleurs amis intérieurs.

C’est quoi un truc bizarre que vous aimeriez essayer en studio ?

Nina : Les steel drums. Et aussi des sons de métal, du genre guitare très “chug”. Mais comme on ne connaît rien au métal, ça sera sûrement une version un peu naïve.

Quel est votre morceau préféré à jouer en live ?

Nina : New Year’s Eve, probablement. Pieces aussi.

Vos vidéos Instagram de live-station étaient géniales, très compressées, presque glitchées.

Nina : Oui, on est très grands, très fins, très granuleux, mal rendus. Comme dans la réalité !

On dirait une cinématique d’un jeu Nintendo 64 avec 36 polygones.

Nina : On a besoin de plus de puissance de calcul que cette simulation.

Un autre long format ?