Fontaines D.C., The Divine Comedy, Aldous Harding, Mogwai… Quand on pense à la Route du Rock 2026, ce sont naturellement ces grands noms qui viennent d'abord à l'esprit. Pourtant, comme chaque année, les plus belles découvertes se cachent souvent tout en bas de l'affiche. Voici nos coups de cœur d'une programmation, une fois encore, irréprochable, avant de mettre le cap sur Saint-Malo du 12 au 15 août 2026.
ELIAS RØNNENFELT
Mercredi 12 août
Élu frontman le plus beau de la pop moderne – par un panel de deux personnes au bureau de Magic –, Elias Rønnenfelt n’en reste pas moins sacrément talentueux. En constante effervescence avec Iceage depuis son adolescence, le Danois mène aussi une carrière solo, faisant régulièrement escale chez Dean Blunt (le formidable Lucre, 2025), Erika de Casier, Fine ou encore Yung Lean. Avec Heavy Glory puis Speak Daggers, il a façonné un indie rock aussi glacial que brûlant, élégant et romantique, parfaitement à l’image de sa réputation de teigneux sensible.
HORSEGIRL
Jeudi 13 août
À l’approche de l’âge très avancé de la trentaine, interviewer des groupes dont les membres sont aussi jeunes que Horsegirl – ce que j’ai eu la chance de faire en 2025 à l’occasion de la sortie de Phonetics On & On – me laisse toujours avec la même pensée : j’aurais aimé qu’on me force à apprendre un instrument quand j’avais dix ans. Les trois amies basées à Chicago, vingt-et-un ans de moyenne d’âge, débarqueront à la Route du Rock avec deux albums qui révèlent deux facettes complémentaires de leur univers : un penchant ultra-noisy et percutant (Versions Of Modern Performance, 2022), et un autre plus déconstruit, presque enfantin, dans le meilleur sens du terme (Phonetics On & On, 2025). Setlist en zigzag permanent à prévoir.
SMERZ
Jeudi 13 août
Après nous avoir accompagnés toute l’année avec You Got Time And I Got Money, morceau phénomène de leur album Big City Life (2025), Smerz dévoile désormais sa collection printemps-été de festivals, souvent à guichets fermés. Leur pop laid-back et lo-fi, faite de claviers volontairement rudimentaires, de voix qui évoquent des comptines pour adultes un peu rêveurs et d’une production brumeuse, semble avoir été conçue pour une nuit d’été au Fort Saint-Père.
THE FEMCELS
Vendredi 14 août
Femcel : pendant féminin de l’incel, ces mouvances masculinistes persuadées qu’ils sont victimes d’un complot destiné à les condamner au célibat. Voilà qui pose parfaitement le délire de The Femcels, le duo anglais formé par Rowan Miles et Gabriella Turton. Prenez de l’electro-clash, enregistrez-le sur un téléphone à clapet, racontez comment votre situationship préfère manger des burgers à Manchester plutôt que de passer du temps avec vous, et vous obtenez I Have To Get Hotter, l’un des albums les plus drôles – et les plus étranges – de l’année. Deux qualificatifs qu’on pourra sans problème recycler pour parler de l’un des groupes les plus singuliers programmés à la Route du Rock.
MOIN
Vendredi 14 août
Trio londonien formé par Tom Halstead et Joe Andrews (rescapés du label Blackest Ever Black) aux côtés de la percussionniste italienne Valentina Magaletti, Moin s’est fait une spécialité d’une musique qui échappe aux catégories. You Never End, leur troisième album, accueille pour la première fois des voix clairement identifiables – Olan Monk, james K, Coby Sey ou Sophia Al-Maria – venues se poser sur des carcasses de grunge volontairement démantelées. Lift You, l’un des morceaux les plus écoutés du disque, doit sans doute son succès à sa capacité à exister entre deux mondes : celui des initiés du shoegaze déconstruit et celui des épicurieux de la scène électronique qui écoutent Headache ou Astrid Sonne. C’est précisément là que réside la force de Moin.
ULRIKA SPACEK
Samedi 15 août
Chez Ulrika Spacek, on ne sait pas ce qu’on préfère : leur nom, qui sonne comme celui d’une poétesse néo-romantique tchèque du XXᵉ siècle, ou leur musique. Bon… peut-être leur musique. À tel point que Expo, leur quatrième album depuis leur formation à Londres en 2014, fut notre album de la semaine du 6 février dernier. Le quintette mêle comme personne des guitares qui se déplacent avec l’imprévisibilité d’une fractale, une rythmique krautrock d’une précision micrométrique et des samples hypnotiques. Et s’ils jouent Full Of Men sur la scène du Fort Saint-Père, vous entendrez sans doute Jules affirmer que c’est le meilleur groupe de cette édition 2026.
FRIKO
Samedi 15 août
Something Worth Waiting For, titre du deuxième album de Friko, duo devenu quatuor sur scène depuis sa formation à Chicago en 2019, résume parfaitement ce qui vous attend. Leur indie rock quasi symphonique, porté par des guitares explosives et des voix chevrotantes, quelque part entre Fontaines D.C., Black Country, New Road et MJ Lenderman, mérite largement qu’on s’y attarde. Et qu’on se presse au Fort Saint-Père le 15 août prochain.