Pour cette soirée d’ouverture de la Route du Rock, le festival malouin nous a offert une excellente mise en bouche qui replace le rock au centre de son nom. Récap’ des concerts de Elias Rønnenfelt, Just Mustard et Gurriers.
Mercredi 12 août, 20h30. Alors que le principal sujet environnant, celui qui fait s’enflammer les conversations de groupe sur vos téléphones à coups de « vous êtes où ? », « qui a des verres pour le vin ? » ou encore « j’ai pas trouvé de lunettes, ça marche si je me bouche les yeux avec ma main ? », est la première éclipse quasi totale depuis 1999, nous, les fans de rock, les vrais, on est du côté de Saint-Malo, et plus précisément de sa Nouvelle Vague.
Ce soir, c’est le top départ de l’événement le plus attendu de l’année, à égalité avec la sortie du classement des 100 meilleurs disques de 2026 selon Magic : la Route du Rock.
Pour cette première soirée, qui se déroule traditionnellement dans la SMAC locale, donnant presque l’impression de se retrouver en petit comité face à la belle marée humaine qui nous attend au Fort Saint-Père, l’équipe de programmation de la Route du Rock a vu très juste, misant sur une sacrée cohérence artistique.
Elias Rønnenfelt sans Iceage
On commence fort avec Elias Rønnenfelt. Le ténébreux Danois, archétype du bad boy de l’indie rock avec sa gueule d’ange déchu, ses tatouages du même acabit et ses yeux d’un bleu perçant, vient présenter au public malouin ses aventures en solitaire, démarrées en 2024 avec Heavy Glory, en parallèle de son rôle de frontman d’Iceage – qui a d’ailleurs dévoilé l’album For The Love Of God & The Hereafter le 29 mai dernier, drôle de timing pour une tournée solo.
Elias, guitare acoustique en bandoulière, accompagné d’un bassiste à l’harmonica et d’un batteur, livre un set de quasiment une heure, dans un style mélangeant la bedroom pop de l’apprenti rockeur à domicile et le folk-rock mutin et poétique qui a fait le succès du groupe phare de l’indie de Copenhague depuis quasiment vingt ans. Guitare acoustique, certes, mais sonorités rugueuses, distordues, avec ce feedback propre au mélange de cet instrument avec des pédales d’effets de saturation. Et puis il y a cette énergie, celle qui a fait de lui l’un des frontmen les plus magnétiques de la scène rock de ces dernières années. Une excellente mise en bouche.

Just Mustard, le rêve d’un shoegaze industriel
Après Elias, le déluge. Surfant encore sur le succès de WE WERE JUST HERE, notre album de la semaine du 24 octobre 2025, Just Mustard fait son apparition sur la scène de la Nouvelle Vague – bien, bien remplie – sous les coups de 22 heures. Mete Kalyon (guitare), Rob Clarke (basse) et Shane Maguire (batterie), mais surtout Katie Ball (chant) et David Noonan (guitare, chant), composent l’un des projets les plus saisissants de la scène post-punk actuelle, ce que confirme mon troisième concert du quintette en moins d’un an.
Industriel à souhait, avec des textures de guitare provenant d’un autre monde où l’on branche son instrument à une chaîne de production plutôt qu’à une pédale d’effet, une batterie métronomique façon krautrock et une basse ronflante comme un moteur de bulldozer, leur shoegaze est pourtant rêveur, notamment grâce aux vocalises impeccables de Katie, toujours cramponnée à son micro.
Elle porte ce soir-là, clin d’œil volontaire ou simple coïncidence, des collants à motif de croix bretonne ouvragée. Autre chose d’impeccable : cette setlist comprenant Endless Deathless, Pollyanna, Out Of Heaven, We Were Just Here – soit les meilleurs morceaux de leur dernier album –, mais aussi Deaf, Seven ou Seed, incontournables de leur discographie. Guitariste depuis peu, j’en ressors avec la sensation qu’il me manque quelques heures pour maîtriser mon instrument comme David Noonan et son jeu totalement hors de ce monde.

Gurriers, Saint-Malo acquis à sa cause
Pour fermer la soirée dans cette Nouvelle Vague maintenant chauffée à blanc, on reste en Irlande. Gurriers – qui sonne comme une étrange fusion entre Shame, Murder Capital et Rage Against The Machine – fait son apparition dans une salle complètement acquise à sa cause, à en voir les nombreux T-shirts ornés de leur nom. Un peu plus de deux ans après Come and See, et alors que leur deuxième album, Nobody’s Coming To Save You, débarque à la rentrée, le quintette composé de Dan Hoff (chant), Ben O’Neill (guitare), Mark MacCormack (guitare), Pierce O’Callaghan (batterie) et Charlie McCarthy (basse) combine tout ce qui a fait la réussite du post-punk irlandais depuis la fin des années 2010.
On y retrouve la gouaille, le chant furibond, le mur de son rageur, la tension permanente, la plume à charge sur l’état du monde, l’amour de la Guinness (l’un des guitaristes, bandoulière aux couleurs de l’An Bhratach Náisiúnta, se débouche quelques grosses canettes pendant son set). Tout pour plaire au public de la Route du Rock, en somme, surtout dans une édition qui voit la présence de Fontaines D.C. en qualité de tête d’affiche, le samedi 15 août.
Rendez-vous au Fort Saint-Père pour la suite.
