Man/Woman/Chainsaw : « Si on donne l’impression d’être amis, c’est plutôt bon signe »

Cannonball est un album particulièrement bien nommé. Le premier long-format de Man/Woman/Chainsaw pourrait bien propulser le sextet anglais – avec son piano et son violon, comme Black Country, New Road… – vers le haut de l’affiche de Rock En Seine, où il se produisait ce samedi 29 août. Rencontre avec deux des six membres d’une formation sur laquelle il faudra miser ces prochaines années.

Man/Woman/Chainsaw : « Si on donne l’impression d’être amis, c’est plutôt bon signe »

De la part de mes potes et de moi-même : votre concert était putain de cool. Je ne vous avais pas vus quand vous aviez joué à Paris, au Point Éphémère, et préférant personnellement les concerts en salle, j’imagine que ça devait être encore mieux. J’ai adoré votre violoniste, surtout ! Comment s’est passé le concert sur cette scène ? 

Billy Doyle (guitare) : C’était bien, il y avait beaucoup de monde, le public avait l’air d’apprécier. Ouais, je pense qu’on a plutôt bien joué, je dirais.

C’était votre plus gros public jusqu’ici ?

Billy : C’est difficile à dire, je dirais, parce qu’ils ont toujours l’air un peu différents.

Emmie-Mae Avery (claviers / voix) : J’essaie de réfléchir, il y en a eu quelques-uns.

Billy : Il y a eu Rock Werchter, en Belgique.

Emmie-Mae : Ouais, il y en avait un auquel je pensais, Pukkelpop.

Billy : Pukkelpop, ouais. C’était génial.

Vous allez faire des festivals au Royaume-Uni ? Peut-être Reading ou…

Emmie-Mae : Malheureusement non. On n’a effectivement pas été programmés, ce qui est dommage, mais je pense que c’est probablement juste une question de timing, avec la sortie de l’album. En été, c’est un peu tard pour que les gens puissent vous programmer. Mais on aura peut-être un concert secret. On joue peut-être dans un festival secret cette semaine.

Et comment ça fait, quand on a une vingtaine d’années, de faire partie d’un groupe que beaucoup de gens considèrent comme l’un des groupes les plus innovants du Royaume-Uni actuellement ?

Emmie-Mae : Oh, c’est trop gentil. C’est fou…  C’est un peu bizarre parce qu’on fait ça depuis presque cinq ans maintenant. Donc je ne sais pas trop. Mais je sais juste que la moi de 14 ans aurait été complètement hallucinée et surexcitée.

Billy : Ouais. Je trouve ça bizarre d’être aussi… Quand tu es gamin, tu rêves de jouer dans des festivals comme celui-ci. Tu rêves de jouer devant d’autres personnes. De pouvoir simplement enregistrer ta propre musique. D’avoir un album. De pouvoir emmener ton album là où tu veux l’emmener, avec une vraie liberté créative. Et c’est vraiment agréable de pouvoir faire ça. C’est un peu un rêve qui devient réalité, je dirais.

Et est-ce que tu dirais que ça a changé vos projets de vie, en voyant que le groupe prenait de plus en plus d’ampleur, en termes de public et peut-être aussi d’attentes ?

Emmie-Mae : Je dirais que si tu les écris, ça change un peu tes projets de vie. On était tous à l’université, je dirais. Enfin, quatre d’entre nous étaient à l’université quand le groupe a commencé à prendre de l’ampleur, quand les concerts sont devenus plus gros. Et donc je pense qu’on a tous fait en sorte de terminer nos études.

Billy : Et maintenant, on est libres. Donc ouais, je ne pense pas qu’il y ait grand-chose d’autre…

Vous aviez des amis à l’université qui vous suivaient sur vos concerts et tout, un peu comme des stars locales, des héros locaux ?

Emmie-Mae : Ils sont venus aux trois premiers concerts, puis ils ont arrêté de nous suivre (rires).

J’ai lu en ligne que certains décrivaient Cannonball, notamment grâce à des morceaux comme Nosedive, comme de la pop pour le XXIIIe siècle. Vous êtes d’accord avec ça ?

Billy : Je prends. C’est une bonne critique. Je dirais que ça résume assez bien le morceau.

Vous mélangez beaucoup de choses. En live, j’ai même entendu quelques moments qui m’ont fait penser à du nu-metal. Je me suis dit « OK, il y a du Deftones là-dedans. »

Billy : On essaie de faire ressortir notre Deftones intérieur, tu vois.

Emmie-Mae : Ouais, ça nous arrive parfois.

Quelle est l’influence ou l’inspiration la plus importante que vous avez, mais que vous n’avez pas vraiment envie d’avouer ?

Emmie-Mae : Je pensais justement à Soundless, Album of My Life, parce que je trouve que la manière dont il arrange les parties metal est absolument géniale. Ça sonne incroyablement bien. Pour moi, tout ce qui concerne le côté très percussif du metal est vraiment cool, donc j’aime beaucoup ça. Au niveau de l’écriture, je dirais que c’est simplement très varié. Il y a tellement de choses que je ne sais plus vraiment…

Billy : Je suis très fier de tous les gens que j’écoute. On a vraiment un éventail d’influences très large, avec tout ce que chacun de nous écoute.

Surtout dans un groupe à six.

Billy : Exactement. Donc c’est assez difficile de réduire ça à une seule influence pour l’album, je dirais.

Emmie-Mae : Il y a eu des moments où, je dirais, on écoutait énormément de pop, et d’autres où, comme tu le disais, on avait peut-être davantage de nu-metal, avec des moments qui faisaient penser à Radiance Machine. Donc c’est toujours un mélange qui évolue, je pense.

Quand on est un groupe avec un violon, un piano et des instruments plus classiques du rock dans le même mélange, comment décririez-vous vos parcours musicaux ? Est-ce que vous venez du conservatoire, d’une école de musique, ce genre de choses ? 


Emmie-Mae : La plupart d’entre nous se sont rencontrés en école de musique, justement… ce qui était génial. Mais c’était moins une école type conservatoire qu’une école de musique pop, faite pour apprendre à jouer ensemble, ce genre de choses. Clio (Starwood, violoniste, ndlr), elle, a fréquenté une école de musique, plus proche du conservatoire, pour faire du violon. Elle avait une très solide formation classique, c’est pour ça qu’elle est aussi forte.

Billy : Je pense que quand j’ai rejoint le groupe, j’avais moi aussi davantage de formation classique quand j’étais plus jeune, mais ça s’est un peu perdu ensuite. Parce que je pense que c’est une compétence beaucoup plus utile de savoir apprendre à jouer à l’oreille et de jouer avec d’autres personnes que de simplement savoir lire du solfège. Je suis allé au conservatoire à l’université, et c’était… ce que c’était. Ce n’était pas génial. Tu finis par te demander « pourquoi est-ce que j’étudie la musique ? » J’étudie des choses que je suis justement en train de faire aujourd’hui. J’apprends des trucs, mais je joue sur scène, donc j’apprends directement sur le terrain plutôt que de devoir apprendre ça à l’école.

Je pense que si on est déjà dans un groupe, l’intérêt principal d’une école de musique serait peut-être davantage tout ce qu’il y a autour du fait de jouer : savoir gérer un projet, les médias, ce genre de choses.

Billy : Ouais, je pensais aussi à des trucs comme la production, savoir comment enregistrer et mixer. J’ai beaucoup appris là-dessus. Et je dirais que j’ai aussi rencontré beaucoup de très bons musiciens, et ça, c’est vraiment important : rencontrer de bons musiciens. Et ils sont incroyables, tu peux rencontrer des musiciens complètement dingues et te dire « putain, je ne suis rien comparé à ces gens. »

Et le violon est en train de faire son grand retour dans la musique indie, notamment au Royaume-Uni. Comment vous expliquez ça ?

Emmie-Mae : Ouais, je pense que c’est… C’est le nouveau saxophone (rires). Au début du groupe, on a eu un banjo pour un concert, on avait une section de cuivres pendant quelques concerts aussi, juste pour le plaisir. Mais je pense qu’on a ensuite essayé les claviers et le violon sur quelques concerts, et les autres se sont dit « oh, en fait, ça sonne plutôt bien. » Enfin, ça ne sonnait pas vraiment bien à l’époque, mais je me suis dit « oh, peut-être qu’on pourrait vraiment en faire quelque chose de bien. » Et donc je pense qu’on a simplement continué avec ça.

Et vous vous attendiez à ce que Nosedive soit le plus gros morceau de l’album ? Je veux dire, pour moi, c’est l’un des singles les plus cools de l’année.

Emmie-Mae : Euh, je ne sais pas… Je pense qu’il y avait une sorte de sensation, l’impression qu’on tenait vraiment quelque chose de bien. Surtout en studio, avec certains éléments de production en plus, il y avait quelque chose qui donnait des frissons. Je me suis dit : « En fait, c’est vraiment… » Il y avait une sensation particulière. Je ne pensais pas que ça marcherait peut-être aussi bien que ça l’a fait, ce qui est génial, mais…

Billy : Oui, ça sonnait clairement comme un single. Je me souviens m’être dit à ce moment-là « celui-là, il faut absolument que ce soit un single. » Et oui, je pense que c’était vraiment le morceau qu’on prenait le plus de plaisir à jouer, à répéter et à écrire. On y revenait constamment, on pouvait le jouer pendant des heures. Donc oui, il s’en est plutôt bien sorti.

Oui. C’est marrant que vous parliez de « sensation », parce que les synthés du début donnent vraiment des frissons. C’est presque de l’ASMR, d’une certaine manière, avec cette texture très particulière.Et si je ne me trompe pas, Cannonball est un titre qui vient d’une ligne de Nosedive. Qu’est-ce que Cannonball signifie pour vous ? Vous diriez que c’est quelque chose de dangereux, d’explosif ? Comme une sensation de décoller, de partir à toute vitesse ?

Billy : C’est la première marque qu’on laisse. C’est le premier album qu’on sort. Donc c’est un peu comme si on se lançait dedans à pieds joints. On ne réfléchit pas vraiment. On se lance et on y va.

Et où est-ce que vous aimeriez que ce Cannonball termine sa course ? Sur un vaisseau de la Marine française ?

Billy : Dans une piscine, plutôt (rires). En Méditerranée, au large de l’Égypte.

Emmie-Mae : On devrait aussi faire une tournée à Benidorm. La plus grande communauté anglaise hors d’Angleterre (rires).

Dernières questions : D’abord, ça vous dit un petit fuck, marry, kill ? : “Man, Woman et Chainsaw”.

Billy : “Kill Man. Fuck Chainsaw. Marry Woman”. 

Emmie-Mae : J’ai exactement la même réponse. 

Quelle est votre chanson préférée à jouer en live ?

Emmie-Mae : Pour moi, The Thing. Parce que c’est celle sur laquelle je joue le moins, donc…  

Tu peux simplement regarder tes potes.

Emmie-Mae : Oui, je peux regarder ce que font les autres et profiter un peu du spectacle.

Ce qui est vraiment cool dans vos concerts, c’est que vous avez l’air d’être vraiment amis. Il y a des groupes où on a parfois l’impression que les membres n’aiment pas tellement jouer ensemble, alors que chez vous, on sent vraiment que vous êtes amis, même sur scène.

Emmie-Mae : Parfois, j’ai peur de ne pas avoir l’air… Je n’arrive pas vraiment à bouger, donc je suis un peu…

Billy : Je l’ai remarqué.

Emmie-Mae : Ah oui..?

Billy : Moi, je suis plutôt de l’autre côté de la scène. Clio, elle, est très… Dynamique. Et elle regarde toujours vers la foule. Moi, jamais. Je suis toujours concentré sur ma guitare. Donc, si on donne l’impression d’être amis, c’est plutôt bon signe.

Et dernière question : quelle est la question qu’on ne vous a jamais posée mais que vous avez toujours rêvé qu’on vous pose ?

Emmie-Mae : Combien de bières je peux boire en une soirée ?

Combien ?

Emmie-Mae : Si on parle en pintes… Je vais dire dix. Au-delà de ça… Il y a une fois où j’étais tellement bourré que je suis allé travailler… enfin, à mon travail de l’époque. J’ai passé mon shift à dormir. Je n’ai jamais vraiment arrêté de boire jusqu’à ce que je grandisse. Enfin, je n’ai pas arrêté avant mes 18 ans.

Tu dirais que tu bois davantage maintenant que tu es dans un groupe, puisque tu peux te permettre de…

Emmie-Mae : Non, moins. Je pense qu’on a tous un peu grandi. Je ne supporte plus ça. Maintenant je suis plutôt en mode « non, j’en suis déjà à quatre et j’en ai assez ». 

Billy : Mon record doit être autour de dix pintes, je dirais. J’ai eu quelques soirées où j’ai bu vraiment beaucoup, enfin, plusieurs litres. Le lendemain était assez intéressant.

Et donc, Billy,, la question dont tu as toujours rêvé qu’on te la pose ?

Billy : Je ne sais pas si j’ai vraiment rêvé qu’on me la pose, mais… quel est mon style de costume préféré ?

Quel est ton style de costume préféré ? 

Billy : Un costume à rayures tennis bleu et blanc, style années 1940. Croisé, avec un pantalon taille haute.

Et tu dirais que tu as davantage de costumes maintenant que tu es dans un groupe ?

Billy : Tous les Noëls, je demande un costume. C’est tout ce que je reçois.

Tu ne demandes pas une nouvelle pédale d’overdrive ?

Billy : Non, ça, je me l’achète moi-même parce que mes parents n’y connaissent rien.Ils vont m’acheter un truc complètement nul. Ils vont se dire  « oh, cette pédale fait 10 000 choses. Elle doit être géniale. »

La pire pédale multi-effets que tu puisses imaginer.

Billy : La pire pédale multi-effets, pas chère, qui fait plein de trucs.

Et quelle serait ta pédale de guitare rêvée ?

Billy : Je regarde une Whammy en ce moment. J’ai envie de m’acheter une Whammy, une DigiTech Whammy. J’adore le son que ça donne.