Pour cette dernière journée de Rock en Seine, sans doute la plus attendue, l’ombre de The Cure a plané sur la programmation de ce dimanche nuageux. Entre ambiances gothiques et basses caverneuses, le public, très intergénérationnel, était au rendez-vous. Les concerts, un petit peu moins.
Dernière journée de Rock en Seine. Dont la programmation a été assurée par Robert Smith ? L’hypothèse n’est pas insensée tant la tonalité dark et new wave est marquée. On a entendu une basse profonde et caverneuse à la Simon Gallup toute la journée. D’où un public assez âgé avec néanmoins beaucoup de jeunes récemment ralliés à cette esthétique.
Bertrand Belin en amuse-gueule avec ses six excellents musiciens dont pas moins de trois aux claviers. Il fait le job dans un parterre déjà quasi plein à 15 H. On le sent ému quoique toujours facétieux. Pas vraiment adapté à la jauge mais bonne mise en bouche. Dry Cleaning joue puissant et fort, guitare cisaillante et tranchante. Chanté parlé qui lasse un peu à force.

Slowdive sur la grande scène. Quelle revanche pour ce groupe qui était marginal et qui après deux albums de retour s’impose comme une machine d’émo dream pop fédératrice (jeunes et vieux) ! Mur de son planant et vaporeux impeccable dont les vagues déferlent sur le parc de Saint Cloud. Très maitrisé, mais un peu uniforme au fil du set. On a parfois l’impression d’entendre un long et unique morceau qui ne rend pas forcément justice aux subtilités des mélodies studios. Neil Halstead (ce génie) toujours très discret. Les voix ne sont peut-être pas assez incarnées.

Interpol a redonné espoir avec son dernier disque, affuté, à nouveau inspiré et bien troussé mais le concert déçoit. Ca démarre très bien : en costards noirs, le groupe enchaine, martial, This Mirror Weighs a Ton (excellente ouverture du nouveau disque), et leurs titres imparables Evil, C’mere… puis ça s’enlise, et l’ennui prend le dessus. Le son n’est pas bon, le groupe pas toujours en place … le (nouveau) batteur très plat … Paul Banks ose parler de « my » new record…

Les rangs se pressent déjà pour The Cure qui livre un concert très solide sans être extraordinaire. Sur Alone, Robert Smith arrive et sillonne pendant la longue intro instrumentale, la scène, ému et émouvant. La machine est lancée. Setlist sans grande surprise. Robert chante magnifiquement. La voix n’a rien perdu de son émotion et de sa vulnérabilité. Il joue presque toutes les guitares (heureusement, car Reeves Gabrels se laisse aller souvent à une virtuosité mal placée). La “faith” est intacte. Il est radieux, concentré, habité.

Les projections vidéo sont toujours aussi kitsch et affreuses. Première partie très rock avec Burn (bof) et le rare et hendrixien Never Enough. Très belles versions de A Night Like This, The Last Day of Summer, Three Imaginary Boys…La fin de la première partie est magnifique : trois titres de Seventeen Seconds (Secrets, Play For Today et évidemment A Forest). Puis deux morceaux de bravoure : le dantesqueFrom the Edge of the Deep Green Sea, devenu incontournable en live et Endsong, du dernier album, déjà un titre classique. Un deuxième concert commence après le rappel : les tubes. Plutôt agréable mais moins essentiel. Quel intérêt de jouer les secondaires Mint Car et Wrong Number ? Robert s’efface, touché par le public, après 29 morceaux enchainés. Hibou ébouriffé, éternel enfant kholé, bouche empourprée, si touchant.
