© Nick Bostick

Bell Orchestre, Mustang, Triptides, Bertrand Betsch : les sorties du 19 mars 2021

Magic met en valeur 23 sorties d'album parus le 19 mars 2021, avec entre autres Bell Orchestre, Triptides, Lana del Rey et les valeurs sûres francophones Mustang et Bertrand Betsch.

William Doyle

Great Spans of Muddy Tine est l’album le plus abouti du songwriter anglais William Doyle, naguère musicien sous le nom d’East India Youth (jusqu’en 2015). Le disque a le courage et la lumière de ces personnes sujettes à des épisodes dépressifs qui se présentent à vous sous leurs meilleurs atours, avant de se livrer progressivement dans toute leur complexité et la nudité de leurs tourments. C’est exactement ce que raconte ce grand disque, entre synth-pop, ambient et influence assumée de Robert Wyatt, Syd Barrett et Brian Eno. Une signature Tough Love.

Triptides

After Echoes est la énième preuve que le projet de Glenn Brigman, nourri au soleil de la Californie, est l’un des héritages les plus actifs de la psych pop West Coast de la fin des années 1960. Tant pis si cela sonne comme une fabuleuse réédition d’un groupe oublié lors d’un Disquaire Day, et à ce titre totalement déconnecté de notre époque : c’est juste irrésistible, et exactement ce dont vous avez besoin pour commencer un confinement au grand air.

Bertrand Betsch

Annoncé par surprise cette semaine, Demande à la poussière est le quinzième disque (si on a bien compté) du musicien révélé par Lithium il y a presque vingt-cinq ans. Il nous révèle un Bertrand Betsch en grande forme, c’est-à-dire révolté, poétique et, comme peu d’artistes d’ici, capable d’absorber pop music, littérature et cinéma dans un même univers.

Mustang

S’il faut vous rafraîchir la mémoire sur le pedigree de Mustang, jetez-vous sur le dernier clip du groupe de Jean Felzine, Fils de Machin, une sorte de joyeux auto-portrait sur fond de play-back stylé. Les enfants francophones d’Elvis et Can (ils baptisent leur musique comme de la krautabilly) sortent Memento Mori, le disque le plus proche des envies communes du trio, avec moult virgules funky.

New Pagans

The Seed, The Vessel, The Roots and All, paru chez Big Scary Monsters, est peut-être le son le plus nineties proposé à nos oreilles nostalgiques cette semaine. Le quintette nord-irlandais porté par la voix de Lyndsey McDougall absorbe sans filtre la tension inouïe que dégage encore Belfast aujourd’hui, et qui a fait dire à Terri Hooley, imminence de la scène punk locale et fondateur du label Good Vibrations: “Les groupes sont à New York, les fringues sont à Londres, mais le propos est à Belfast.”

Bell Orchestre

House Music : le titre du l’album qui matérialise le grand retour de Bell Orchestre après dix ans d’absence est évidemment un fake. Bell Orchestre, collectif canadien composé de six musiciens dont Sarah Neufeld et Richard Reed Parry d’Arcade Fire, tisse une musique de chambre improvisée sur le fil tendu qui sépare les musiques acoustiques et électroniques. Ils nous avaient manqué. 

Arcade Fire & Owen Pallett

Tant qu’on parle d’Arcade Fire : le calendrier fait bien les choses puisque paraît ce vendredi Her, la bande originale du film de Spike Jones (2013), mis en musique par les superstars canadiennes. Les fans de Neigbourhood #2 (Laika) passeront leur chemin : tout n’est ici qu’émotions contemplatives.

Lana Del Rey

Chemtrails Over the Country Club, annoncé il y a un an, succède à l’acclamé Norman Fucking Rockwell! de 2020. Variété surcôtée ou avant-garde pop ? La bataille peut recommencer. (Spoiler : rien d’indispensable aux oreilles de l’auteur de ces lignes, mais le plus sage est évidemment de vous laisser arbitrer pour vous-mêmes).

Alice Phoebe Lou

Glow, deuxième de la Sud-Africaine Alice Phoebe Lou, sort de façon auto-produite et sonne pourtant comme l’un des univers les plus singuliers entendus dans la sphère indie ces dernières années. La voix est voilée, l’univers est onirique, faussement classique dans son expression instrumentale et les douze chansons, sans âge, sont un territoire d’aventure pour longtemps.

Jay Jay Johanson

Le treizième album de Jay Jay Johanson, Rorschach Test, n’est pas le moins réussi, ni le plus original, dans la veine chanson trip-hop jazz qu’il développe depuis Whiskey en 1997.

Landlady

Landlady, album de Landlady édité par Landladyland, a le mérite de la cohérence phonique. Les douze chansons du quatrième album d’Adam Schatz (échappé de Man Man et Father Figures) propose plus de relief, quelque chose qui ressemble à la vraie vie, avec ses hauts, ses bas, ses émotions contraires et un besoin instinctif de les partager. Vrai bon disque d’art pop.

A.A. Williams

Puisqu’on célèbre le premier anniversaire du confinement (le vrai), autant se remémorer ce qui a pu en émerger de merveilleux, comme les reprises, sommets de nudité artistique, que la Londonienne A.A. Williams a réalisées depuis son appartement, en échange perpétuel avec ses fans, sous forme de vidéos YouTube. Une collection de neuf d’entre elles (dont quatre inédits), intitulée Songs from Isolation, bénéficie d’une vraie sortie via Bella Union – le temps de cleaner les droits quoi.

Nik Bärtsch

Entendre est un verbe passif, qui désigne ce que des oreilles captent malgré elle. C’est aussi le titre de cet album – né sous la double bénédiction de prestige ECM et Deutsche Grammophon – qui méritait sûrement mieux, tant il faut l’écouter. Construit au cours de cinq Modules aux durées variées (de 6 à 14 minutes), Entendre est le premier effort solo du leader des groupes suisses Ronin et Mobile, au plus près des obsessions musicales.

Sébastien Guérive

Omega Point (paru chez Atypeek Music) est l’œuvre du musicien nantais Sébastien Guérive, sorte de plasticien du son qui serait le sound designer de nos vies simili-confinées, revues par un réalisateur de science fiction maître des arts numériques dans cinquante ans.

Chad VanGaalen

Le titre World’s most stressed out gardener porte la marque du projet du musicien canadien Chad VanGaalen : une musique naturaliste, qui pousse comme pousseraient les légumes du jardin, consommés quasiment à flanc de terre, avec une forme d’animalité apaisée. Une signature qui porte la garantie Sub Pop.

Stéphane Blok

Poèmes de la veille relève, depuis la Suisse d’où nous provient Stéphane Blok, de ces projets artistiques que seule la francophonie peut faire émerger, là où se rencontrent poésie, contestation, avant-garde, chanson et pop minimaliste. C’est une musique qui réclame un effort conscient d’immersion et qui, comme sur le petit chef-d’œuvre Ecrans, a souvent la force implacable des grandes caricatures de presse.

Laurent Lamarca

Sorte de Mathieu Boogaerts qui adorerait l’autotune, la funk et les contes naturalistes, le musicien lyonnais Laurent Lamarca a pris le temps de produire, seul, jusqu’aux visuels, le disque le plus fidèle à son univers, Un Jeu d’Enfant

Teno Afrika

Les maisons Awesome Tapes From Africa et Modulor assurent la parution physique de l’excellent premier disques de Teno Afrika, Amapiano Selections, paru en numérique en octobre dernier. Le DJ et producteur à l’origine du projet, Lutendo Raduvha, seulement 21 ans, a cultivé un son très personnel entre musiques traditionnelles africaines, jazz et house music.

Benny the Butcher & Harry Fraud

MC Benny the Butcher et le producteur Harry Fraud associés pour un album de rap, The Plugs I Met 2, dont Marvin Gaye assumerait les cuivres et les cordes (c’est ce qui nous plaît, surtout).

Richard Swift

Even Your Drums Will Die: Live at Pendarvis Farm 2011 est paru en numérique mardi dernier après avoir fait l’objet d’une édition vinyle soignée pour les souscripteurs du label Secretly Canadian, fin 2020. Connu pour ses talents exceptionnels de producteur, Swift y apparaît comme rarement : artiste solo engagé, à la tête d’un groupe au service de sa voix. L’enregistrement a été fait au festival de Pickathon, en août 2011, en banlieue de Portland.

New Bums

New Bums est le projet commun de Donovan Quinn (Skygreen Leopards) et Ben Chasny (Six Organs of Admittance, Rangda…) et Last Time I Saw Grace, leur deuxième album en sept ans. Sorte de rock n’roll acoustique basé sur le principe d’harmonies entre leurs guitares et leur timbre, leur musique, qui ressemble parfois à des démos de luxe, et rendent à ce titre possible une version orchestrée des mêmes objets, est portée par l’exigence de Drag City.

Thomas Enhco & Vassilena Serafimova

Bach Mirror est le projet des musiciens classiques Thomas Enhco (pianiste de jazz) et Vassilena Serafimova (percussionniste bulgare, ici aux marimbas). Sous une ambition fabuleuse, proche de la mégalomanie – « faire se refléter le passé dans le présent, les rythmes occidentaux dans les rythmes orientaux, le sacré dans le profane, la réalité dans le rêve, l’improvisé dans l’écrit, le jazz dans le classique, l’irrégulier dans la stabilité (en puisant) dans l’œuvre de Bach » – ils déploient un disque très personnel qui tient sa promesse de faire un grand voyage de découverte.

Kaleidoscope & Fairfield Parlour

Le label Beyond Before réédite – sous le nom Sky Children, The Best Of – les plus belles heures des groupes Kaleidiscope et Fairfield Parlour, deux noms et deux identités musicales pour un même groupe, d’abord membre de la scène psyché londonienne de 1967 (albums Tangerine Dream et Faintly Blowing) puis, sous sa nouvelle identité, plus folk et progressive. Un double CD et un DVD célèbrent leur postérité.

Harpers Bizarre

Come to Sunshine est la réédition, en coffret, par El Records, des quatre albums des Harpers Bizarre, l’un des phares de la sunshine pop US des années 60 : Feelin’ Groovy, Anything Goes, The Secret Life of Harpers Bizarre et Harpers Bizarre 4, ainsi que tous leurs singles.