Sept ans après ma première visite au This Is Not A Love Song, il était temps de remettre les pieds dans l’institution nîmoise, de retour les 5 et 6 juin 2026. Et avec une programmation allant de Black Country, New Road à Bar Italia, le voyage valait largement le détour.
30 mai 2019. Après un train raté à cause d’un imbroglio dans les gares de départ et 221 euros dépensés dans le dernier billet de première classe du seul train pouvant encore me faire arriver à l’heure à Nîmes, me voilà enfin au This Is Not A Love Song pour couvrir mon tout premier festival pour Magic RPM.
5 juin 2026. Cette fois, pas de train raté, pas d’imbroglio ferroviaire, ni de billet hors de prix en première classe. Heureusement qu’en sept ans chez Magic RPM, j’ai fini par apprendre à lire l’intégralité des informations affichées sur SNCF Connect. Sept ans plus tard, me revoilà à Nîmes, de retour au TINALS. Et ça m’avait franchement manqué.
Le festival nîmois, porté par l’association Come On People et accueilli dans l’enceinte de la SMAC Paloma, avait pourtant choisi, avant même que le Covid ne vienne fragiliser toute l’industrie du spectacle vivant, de mettre un terme à sa formule après sept éditions organisées entre 2012 et 2019. Sept années qui avaient fait de l’événement un incontournable du circuit indie-rock européen – il suffit de jeter un œil aux anciennes affiches pour ressentir un petit pincement nostalgique. Ressuscité en 2025 sous la forme d’un Beau Weekend, le festival a rencontré un succès suffisant pour revenir en 2026. Et, après ce week-end, on espère le revoir en 2027, 2028, 2029, 2030… et pourquoi pas jusqu’en 2079.
On arrive – moi et ma caméra, en gros – sur le site de Paloma juste à temps pour attraper quelques morceaux du quartet heavy rock parisien Avalon Bloom. Mais, pour moi, le festival commence véritablement à 20h05 avec un nom bien connu des lecteurs de Magic : Black Country, New Road. Près d’un an après le début de la tournée accompagnant leur excellent album Forever Howlong – dont les tee-shirts sérigraphiés pullulent dans le public –, la golden hour qui descend progressivement derrière le sextette confère à leurs tribulations art-folk une dimension presque mystique. Nancy Tries to Take the Night est définitivement une chanson sublime, point culminant d’une très belle setlist composée des meilleurs moments de leur quatrième album.






Le concert de BCNR à peine terminé, direction la scène Mosquito, quelques mètres plus loin, pour découvrir un autre groupe déjà croisé dans les pages de votre magazine préféré : The Sophs. Eux aussi sont six sur scène, mais avec une énergie nettement plus friponne que celle de Georgia Ellery, May Kershaw et consorts. Porté par la pile électrique Ethan Ramon et les morceaux très strocksiens de leur premier album Goldstar, le groupe basé à Los Angeles livre un concert à la fois plaisant, mouvant et fédérateur. Bref, exactement ce qu’on attend d’un concert de festival.






Le ventre gargouillant plus fort que Men I Trust, il est temps d’aller chercher un sandwich à la saucisse de taureau de Camargue – détail extrêmement important – que l’on déguste dans l’herbe avec, en fond sonore, la dream pop douillette du groupe montréalais, tête d’affiche de cette première journée du This Is Not A Love Song. On s’approche de la scène pour capturer quelques images de Show Me How, véritable phénomène de la fin des années 2010 avec ses près d’un milliard (!!!) d’écoutes, parfaite clôture de set, avant de rejoindre la grande salle intérieure de Paloma. Un choix stratégique. D’abord parce qu’il permet de découvrir Girl Group, quintette liverpoolien qui ressuscite avec brio les girls bands des sixties à travers un filtre hyperpop et post-punk, comme si The Ronettes étaient devenues besties avec Charli XCX. Ensuite parce qu’il garantit une place au premier rang pour un groupe qui semble me filer entre les doigts depuis trois ans : Model/Actriz.







Je n’avais en effet vu le groupe de la couverture de notre hebdo n°117 qu’une seule fois sur scène, en juin 2023 à l’International. Depuis, soit je suis ailleurs lorsqu’ils passent à Paris, soit je suis disponible mais le concert affiche complet. J’attendais donc avec impatience leur noise-rock nourri par la techno des clubs queer new-yorkais qui leur servent de repaires. Je n’ai pas été déçu. Cole Haden, en chemisier bouffant, jupe, collants et gants en nylon, recouvert d’une capuche médiévale, s’impose en maître de cérémonie drag au milieu de la scène. Autour de lui, ses trois musiciens font preuve d’une précision métronomique et d’un style de jeu peu conventionnel : une Fender Jaguar essentiellement frappée de coups saccadés entre le chevalet et le système de trémolo, ou encore une basse dont la plupart des accords sont joués tout au bout du manche, au plus près des micros. À entendre ce fracas instrumental très industriel, on s’attendrait pourtant davantage à voir un traditionnel tandem Roland TB-303 / TR-808. Pendant une heure, Cole passe finalement plus de temps dans la foule que sur scène. Plus tard, il est temps de rentrer à l’AirBnB. Enfin, pas avant d’avoir lâché 30 euros pour un Uber de dix minutes : la file d’attente de la navette m’a rapidement refroidi.






SAMEDI 6 JUIN
Retour sur le site de Paloma le lendemain à 18h30, après une journée très productive. On déambule, on fait un détour par le stand de merch dans l’espoir de dénicher le tee-shirt bar italia x Pitchfork – sans succès –, on entend la fin du set de Girl In The Year Above, puis on rejoint la petite scène du patio pour découvrir Quickly, Quickly. Basé à Portland, Graham Johnson a été à bonne école. Dans sa folk alternative chantée d’une voix râpeuse, on retrouve autant Elliott Smith qu’Alex G, Foxwarren ou MGMT. Assis derrière ses claviers et son sampler, entouré de deux guitaristes, il m’offre surtout un excellent prétexte pour replonger dans I Heard That Noise, album paru l’an dernier.




Après cette parenthèse de musique réconfortante, place aux choses sérieuses. D’abord avec NewDad, groupe de shoegaze basé à Galway et appelé à devenir, aux côtés de Just Mustard, l’une des forces majeures du mouvement dans les années à venir. Puis direction la scène voisine pour assister au concert de Bleach 9.3, autre formation irlandaise, mais évoluant dans une veine beaucoup plus post-punk, parfois même grunge. Mais, pour tout vous dire, je garde peu de souvenirs précis de ces deux prestations. Mon cerveau est déjà occupé à attendre le groupe pour lequel je suis vraiment venu cette année.









Tiens, justement, c’est l’heure d’aller chercher un bo bun dans l’un des food trucks et d’observer la fin des balances de ce fameux groupe. J’ai vu bar italia au moins sept fois depuis 2023, mais ce concert au TINALS, malgré quelques pépins techniques, aura été l’un des plus satisfaisants. Notamment grâce à une setlist qui démarre sur Worlds Greatest Emoter – mon deuxième morceau préféré de leur discographie –, contient Glory Hunter – mon préféré tout court – et pioche généreusement dans leurs cinq albums, avec évidemment une place de choix pour les meilleurs titres de Some Like It Hot, comme Rooster ou Omni Shambles. Un concert dans la pure tradition de bar italia, avec une Nina Cristante en mode derviche tourneur au centre de la scène. Autrement dit, une prestation qui ne risque pas d’atténuer le clivage que suscite notre groupe de l’année 2023, mais qui me les fait apprécier encore davantage.









À peine le concert de bar italia terminé, il est temps d’affronter Fat Dog, actuellement en tournée avant la sortie de Cancel Me (I’m Tired) plus tard cette année. Le groupe mené par Joe Love est un peu moins chaotique que lors de son passage à la Route du Rock en 2024, mais son post-punk à mi-chemin entre la secte et la kermesse reste redoutablement efficace. Les nouveaux morceaux laissent d’ailleurs espérer un album dans la continuité de WOOF (2024). Lorsque les dernières notes de Running se dissipent dans l’air chaud du Gard, il ne reste plus qu’à conclure cette édition du This Is Not A Love Song avec Chalk. Trio post-punk que je décrirais volontiers comme un improbable croisement entre Model/Actriz et Christine and the Queens, et dont je n’ai finalement vu le concert que parce qu’une camarade photographe refusait catégoriquement de me laisser quitter le site avant la fin de leur set.






Il est largement passé 1h30. Il est temps de reprendre un Uber hors de prix – cette fois partagé à quatre –, de tenter de dormir sur le canapé-lit étrange de cet AirBnB tout aussi étrange, puis de se préparer psychologiquement à répondre aux gens qui vont me demander comment c’était… We Love Green.
This Is Not A Love Song, certes. Mais le TINALS est un festival plein d’amour.