Parmi la deuxième soirée de la Route du Rock au fort Saint-Père, nous retenons que le post-rock se porte bien, avec deux concerts marquants, successifs, au cœur de la soirée. Ceux de Moin et Mogwai.
Moin d’abord, une sorte de drone rock hypnotisant mélangé à du shoegaze et du grunge ; un post-rock des temps modernes venu de Londres. Le trio guitare basse batterie devient quatuor sur scène avec l’ajout d’un musicien chargé de lancer les samples vocaux et autres nappes de synthés qui constituent la base du travail de Moin. Première surprise : malgré leur programmation sur la petite scène, le son est absolument démentiel.
Pas de vocaliste ici, mais une vraie frontwoman : Valentina Magaletti, à la batterie, le cerveau du groupe, qui donne le tempo et capte l’attention au centre de la scène. Le set alterne entre instants planants et hypnotiques à la Mogwai – en faisant une parfaite première partie – et vrais moments de tension quasi techno. La proposition est déroutante – on a vu pas mal de spectateurs partir après quelques morceaux – mais ceux qui sont restés ont été conquis.
Une belle montée en puissance sur tout le set aura laissé les corps en transe jusqu’au derniers instants, avant une dernière note abrupte et des baguettes de la batteuse jetées dans la foule. Rock’n’roll.
Ce fut alors l’heure de se diriger vers la grande scène pour le concert de Mogwai. Si on a bien compté, c’est la quatrième fois que le groupe de Glasgow se produit à la Route du rock, et la première depuis quinze ans. Là aussi, le son est majestueux, le post-rock du quatuor inondant tous les recoins du fort. Le set des Écossais, drapeau palestinien déployé sur ses amplis, va durer 1h15 et balayer les quasi trois décennies de carrière du groupe et nous faire vivre des émotions fortes.
Premier morceau : Mogwai joue Yes! I Am A Long Way From Home, le premier titre de Young Team, l’album qui les a révélé il y a presque 30 ans. De l’excellent Hardcore Will Never Die But You Will (2011), ils tirent non pas Rano Pano (dommage) mais How To Be A Werewolf.
Le leader du groupe Stuart Braithwaite, polo boutonné jusqu’au cou et habituelle casquette noire vissée sur le crâne, n’est pas avare en “thank you so much” pour remercier le public malouin. Il prendra même le micro pour l’un des rares titres avec des paroles du groupe, l’excellent Richie Sacramento.
Le chant n’est pas vraiment sa qualité première, la voix se mariant assez mal dans le mix avec le reste des instruments. C’est le seul mini faux pas dans ce set conjugant moments de grande douceur, guitares à peine perceptibles, et explosions de saturations, à l’image du dernier morceau, We’Re No Here qui nous laissera sans voix et nous donne envie de dire aux Écossais : à quand vous voulez pour une cinquième route du rock.