Smerz, Route du Rock 2026
Smerz, Route du Rock 2026 | © Magic RPM

Musiciennes en lunette noire : comment Horsegirl et Smerz ont rendu magnétique la première soirée de la Route du rock

Pop ludique pour Horsegirl, electro expérimentale teintée de trip-hop et de dream pop pour Smerz : on se doutait que les outsiders allaient impressionner leur monde à la Route du Rock. On n'a pas été déçus.

En festival, les surprises peuvent venir de toutes les scènes. Jeudi, pour le premier des trois jours au Fort de Saint-Père à la Route du Rock 2026, s’il n’y avait pas grand chose à redire aux prestations de Cate Le Bon, The Divine Comedy ou Darkside sur la grande scène du Fort, mais les grands enchantements sont venue de la scène des Remparts, celle des outsiders, avec deux formations féminines, Horsegirl et Smerz, qui ont marqué leur territoire avec style, chacune à leur façon.

D’abord Horsegirl. Programmées à 18h30, en ouverture, avec tout ce que cela implique de responsabilité, les trois jeunes filles basées à Chicago – Nora Cheng, Penelope Lowenstein et Gigi Reece, 22 ans de moyenne d’âge – vont livrer pendant une heure le set parfait pour un tel devoir. Il y a quelque chose d’extrêmement accueillant dans la musique de Horsegirl, à plus forte raison dans leur deuxième album, Phonetics On & On, qui représente la moitié de la setlist. Celle-ci est complétée par Heavy Glory, issu de Versions of Modern Performance (2022), ainsi que par de nouveaux morceaux dans la droite lignée de leur album de l’année passée, qui fut notre disque de la semaine du 14 février 2025.

Quelque chose d’enfantin, de très ludique, de décontracté – même si on perçoit chez elles un certain trac lors des premières chansons, qui s’effacera au fur et à mesure de l’avancée du concert. En somme, un set qui permet à nos oreilles de s’habituer sans peine aux prochaines heures de décibels qui s’annoncent.

Ici, les deux guitaristes portent des lunettes de soleil pour… se protéger du soleil. Ça tape, depuis mercredi, à Saint-Malo – c’est le dernier jour d’une vague de chaleur sans précédent en Bretagne. Il ne faudrait pas qu’elles brûlent leurs jolis yeux.

Horsegirl, Route du Rock 2026
Horsegirl, Route du Rock 2026 | © Magic RPM

Les lunettes toutes en rondeur portées par Catharina Stoltenberg de Smerz, quatre heures plus tard sont, elles, pour le style et la scénographie. Elles resteront sur son nez pendant l’heure du set du duo qu’elle forme avec Henriette Motzfeldt – 28 millions de streams collectés avec You Got Time And I Got Money.

Accompagnées par un bassiste/guitariste et un batteur, garantissant une assise rythmique impeccable, les deux nouvelles pointures de la géniale scène de Copenhague livrent, elles aussi, le set parfait pour l’horaire auquel elles sont invitées à jouer : 22h20, soit le premier concert complètement « nocturne » de cette journée de festival.

Jouant devant des rideaux à franges et à paillettes, alternant entre le front de scène, un sampler pour Catharina et un synthétiseur pour Henriette, une sensuelle élégance accompagne le duo et complète à merveille sa musique. Une musique immersive, entre électronique expérimentale, spoken word velouté, touches de classique, trip-hop et dream pop, concentré de la douce mélancolie de vivre dans une ville qui ne s’endort jamais vraiment.

Après ce set d’une heure qui a pu dérouter des festivaliers, majoritairement composé de titres tirés de Big City Life, on a, nous aussi, envie de ne jamais vraiment s’endormir.