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The Sophs : « on a l’impression que si quelque chose d’autre meurt, on peut y gagner quelque chose »

Les artistes torturés, ça ne date pas d’hier. Mais ceux qui, dès un premier album, écrivent avec une ironique cruauté parfaitement maîtrisée, ça ne court pas les rues. Considérés à la fois comme la next big thing du rock de Los Angeles et comme un rejeton des Strokes, The Sophs sont de ceux-là. Extrait d'une rencontre avec Ethan Ramon et Sam Yuh à l’occasion de la sortie d’un premier album, "Goldstar".

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Que représente Goldstar, l’étoile dorée du titre ?

Ethan Ramon (chant) : C’est cette validation extérieure insaisissable qu’on poursuit sans cesse. On finit par agir uniquement pour cette Goldstar, pas pour de bonnes raisons. 

Le communiqué de presse parle du concept juif de “mitzvah” : faire une bonne action pour les bonnes raisons, pas pour flatter son ego. 

Ethan : Oui, complètement. Ça reflète bien ces valeurs-là.

À la fin du morceau Goldstar, justement, il y a un passage qui sonne presque yiddish ou slave…

Ethan : On voulait créer un moment où on a l’impression d’être assis autour d’un bar, tous ensemble, à partager quelque chose. Il y a des influences yiddish, mais aussi russes et hongroises. J’écoute énormément de playlists de ce genre, même si je ne comprends rien à la langue. J’aime juste ce que ça me fait ressentir.

On retrouve un peu la notion de «standards», comme dans le folk américain.

Ethan : Exactement. Les standards sont des standards pour une bonne raison : parce qu’ils sont bons.

Justement, quelle chanson de Goldstar aimerais-tu voir devenir un standard ?

Ethan : Oh là là… Sur cet album, je pense que la chanson la plus emblématique de notre son, celle qui pourrait rester comme le morceau par lequel on serait reconnu, ce serait justement Goldstar. Elle vient tout juste de sortir et c’est une bonne candidate parce qu’elle puise dans plein d’inspirations pour créer quelque chose qui lui appartient vraiment. Et puis elle a aussi cette tonalité mineure qui fait écho à certaines de nos influences.

Elle fait effectivement partie de mes préférées du disque avec Sweat et The Dog Dies in the End. Et justement, il y a un motif autour de la mort dans votre album : dans deux chansons, on a l’impression que tu souhaites que quelque chose, ou quelqu’un, soit mort. Mais d’où te vient cette cruauté ? 

Ethan : Oui. On a l’impression que si quelque chose d’autre meurt, on peut y gagner quelque chose. Et dans le cas de The Dog Dies in the End, à la fin, je m’imagine comme quelqu’un qui est au boulot de 9 heures à 17 heures, qui se fait écraser toute la journée, qui se sent impuissant et qui subit en permanence une forme de cruauté. Puis tu rentres chez toi, tu vois un chien, un truc, quelque chose que tu pourrais attraper avec tes mains… et voilà. Et tu n’arrêtes plus d’y penser parce que tu te dis : «Je pourrais faire une seule chose aujourd’hui qui me donnerait l’impression d’avoir du contrôle, et ce serait ça».

Dans le communiqué de presse, tu dis que tu écris avec le pire côté de ta personnalité.

Ethan : Oui, et je pense que beaucoup de gens partagent ce côté le plus noir. Mes pensées et mes sentiments n’existent pas dans le vide. Je ne veux évidemment pas tuer des chiens, mais il est facile de s’imaginer dans un endroit mental où tu manques de contrôle et où tu as envie de t’en prendre à quelque chose de plus petit que toi. Je suis sûr que ce n’est pas un sentiment isolé. Simplement, beaucoup de gens n’arrivent pas à aborder ça avec assez d’ouverture, ni à accepter d’être mis mal à l’aise, alors ils ne comprennent pas.