Aoife Nessa Frances, par Cait Fahey pour Ba Da Bing Recordings.

Essentielle est la musique : le Top 2020 de Laurence Buisson

Jusqu'à la fin du mois, nos rédacteurs résument leur année pop dans un Top 10 de leurs albums préférés. Aujourd'hui, Laurence Buisson et ses disques essentiels.

  1. AOIFE NESSA FRANCES – Land of No Junction (Ba Da Bing Records / Basin Rock)
  2. KEELEY FORSYTH – Debris (The Leaf Label)
  3. ADRIANNE LENKER – songs & instrumentals (4AD / Beggars)
  4. SUZANNE VALLIE – Love Lives Where Rules Die (Night Bloom Records)
  5. ZACHARY CALE – False Spring (All Hands Electric)
  6. CABANE – Grande est la maison (Cabane Records)
  7. THIS IS THE KIT – Off Off On (Rough Trade Records)
  8. MARY LATTIMORE – Silver Ladders (Ghostly International)
  9. LUKA KUPLOWSKY – Stardust (Mama Bird Recording Co.)
  10. SAULT – Untitled (Black Is) (Forever Living Originals)

Année ô combien particulière, 2020 a semé le trouble dans nos vies insouciantes où la notion de liberté semblait jusque là définitivement acquise. L’isolement imposé et son corollaire, le repli sur soi, mirent à mal nos envies de contacts et de mouvements. Et l’année qui s’achève aura meurtri. Elle nous aura, par nécessité, également ramenés vers l’essentiel : l’importance de l’amour de/pour nos proches bien sûr, mais aussi notre besoin fondamental de culture pour tenir et nous évader.

Plus que jamais, cette année fut donc pour moi remplie de musique. Malgré le manque terrible provoqué par l’absence de rencontres live, l’écoute assidue de nouveaux albums apaisants et porteurs de sens fut salutaire. Elle m’offrit l’oxygène pour continuer à respirer alors que j’étais enfermée seule chez moi, et redonna du goût à mon quotidien terriblement affadi.

Parmi toutes les œuvres remarquables sorties ces derniers mois, celles de ce Top 10 ont pour point commun d’avoir merveilleusement transformé le chaos des sentiments en force créatrice lumineuse et inspirante. L’amour, la séparation, la solitude, la dépression, la violence, la résistance, le pardon, la résilience : tous les thèmes qui y sont évoqués ont trouvé un écho particulier dans notre monde devenu étranger. Ils m’ont surtout aidée à accepter le tumulte de mes émotions personnelles pour me ramener vers ma propre humanité. Face à un isolement contraint, ces dix albums m’ont offert la possibilité d’une appartenance protectrice à un tout. Un tout temporairement inaccessible en direct certes, mais un tout constamment présent grâce à la beauté d’une mélodie, d’un mot ou d’une simple voix. 

Fait rare, dans ce Top 10, les découvertes (Aoife Nessa Frances, Keeley Forsyth, Suzanne Vallie, cabane, Luka Kuplowski, Sault) surpassent en nombre les connaissances désormais familières (Adrianne Lenker, Zachary Cale, This Is The Kit, Mary Lattimore). Preuve que le talent n’attend pas nécessairement le nombre des albums. Preuve aussi que l’art, en se renouvelant sans cesse, nous permet, collectivement, de tout dépasser. De cette annus horribilis 2020 puissions-nous toutes et tous retenir à quel point la musique est essentielle. 

En bonus :

Un double EP. Hammer et Release de Sophie Jamieson. Superbe retour de la jeune songwriter londonienne apparue sur la scène nu-folk au début des années 2010. Un retour bouleversant en forme de catharsis personnelle après six longues années d’absence marquées par la solitude et la dépression. Toute ressemblance avec l’esprit de l’année 2020 n’est évidemment pas fortuite… 

Une chanson. Tomorrow (Annie cover) de Nadine Khouri. Une reprise magnifique, tout en épure et délicatesse, que Nadine a enregistrée seule chez elle en pleine pandémie (le clip est d’ailleurs monté à partir de vidéos filmées par des fans du monde entier durant le confinement). Un titre idéal pour réchauffer nos cœurs endoloris par trop de solitude et nous permettre de patienter jusqu’à la sortie très attendue de son second album en 2021, c’est-à-dire déjà demain. “I love ya tomorrow“.