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12 février 2015
Un collègue d’Aquaserge et Angil fait des merveilles en solo
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Un collègue d’Aquaserge et Angil fait des merveilles en solo

Décidément, même si c’est un peu devenu la tarte à la crème de l’affirmer encore tant le constat a été fait, de nos jours dans le paysage de la pop et de la chanson en français, on se sent comme d’heureux manieurs de battées en pleine ruée vers l’or.

Tenez, pas plus tard qu’hier, alors que bibi était déjà bien content de mettre en ligne le nouveau clip de Julien Barbagallo en solo, on est tombé sur les mots (voir ci-dessous) que le musicien a rédigés pour louer un autre artiste qui a joué du trombone sur l’album À L’Amitié (2014) d’Aquaserge (groupe dont Julien est le batteur).

Cet autre artiste, c’est Thomas Boudineau, alias Flegmatic, que l’on a croisé depuis plusieurs années sans vraiment le savoir en tant que multi-instrumentiste de Angil And The Hiddentracks. Depuis deux ans environ, il postait sur Soundcloud des morceaux de sa facture ou une reprise de Sebadoh, le tout repris sur des compiles du site À Découvrir Absolument.

Finalement, Flegmatic vient de rassembler assez de chansons en français pour former la collection Esprit De Conquête, que nous présente aujourd’hui une équipe bien connue de chercheurs d’or chanté : La Souterraine.

‘C’est un peu décousu, du coup. J’aime bien. » C’est Thomas qui écrit ça dans un texte (présenté là-dessous aussi) où il relate les conditions dans lesquelles ont été imaginées ses chansons. Une prose dont le ton et les détails donnés reflètent très bien la musique qu’elle accompagne. Affleurent un réalisme implacable mêlé de poésie qui console, une tendance au sarcasme désopilante en contrepoint d’une tendre candeur, des accès d’espoir nés de la dépression ou de l’auto-dépréciation.

« La ville est blanche/La ville est un mur/La ville est un jour qui cogne dur « . Il y a beaucoup de fulgurances de ce genre dans les textes de Flegmatic, des paroles du quotidien souvent autocentrées avec parfois du name-dropping et des intonations chancelantes qui peuvent rappeler – attention certains risquent de s’étouffer ! – Vincent Delerm… Oué oué. Mais en fait ça n’a pas grand-chose à voir, hein, l’orchestration et les arrangements toujours en retenue et pleins de justesse allant d’une formule pop modeste mais irrésistible (Béziers) à des accords épars de guitare acoustique (Rebecca, Tu Es Venue Me Parler) ou des touches de clavier lasses (L’Autoroute, un morceau poignant) ou enjouées (Peter Falk), sans oublier les cuivres et des choeurs féminins taquins qui ajoutent au charme.

Et puis au milieu, il y a l’extrait frappant Anniversaire, dont le rythme et les vers choqueraient presque de prime abord avant que le récit ne se déroule pour finalement dévoiler une anti-love song magnifiquement sinistre et extrêmement bien écrite. Pour couronner le tout, on est d’abord persuadé d’entendre une reprise de Fog période Ether Teeth (2003) quand commence à résonner le piano d’Il Est Partout. Et ça c’est quand même bonnard. À écouter et à lire :



"Début 2012, je suis rentré chez moi, dans le Tarn, dans un état épouvantable. Je passais les mois qui suivirent, dans un état très stable de vide et de plénitude. Ni heureux, ni malheureux, j'expérimentais un genre de bouddhisme. Les journées étaient douces, lumineuses, rassurantes, égales et sans vent. Un changement de luminosité du jour pouvait me faire fondre en larmes. Incapable de me projeter dans l'avenir, j'essayais de me tenir à une distance raisonnable de toute forme d'engagement avec autrui.

Je touchais à une forme de bonheur parfait.

Et soudain ce fut évident : il ne me restait que quelques mois à vivre... Je me suis mis à chanter des textes horribles d'une voix très douce, sur des petites mélodies, des petites bossa désinvoltes, à m'effondrer sur le piano en murmurant des chansons un peu connes, à écrire comme un type qui n'aurait plus aucun filtre (et plus de clopes au milieu de la nuit)... et mes obsessions pour les cartes topographiques, les viaducs autoroutiers, et l'auto-humiliation.

Bien que je n'ai jamais vraiment compris les partis-pris de l'anti-folk ou de l'anti-pop, je me suis dis que je faisais de l'anti-chanson. Puis, après bien des aventures, je suis allé chercher mon ami Michael Wookey, que j'accompagne au trombone avec les Hiddentracks depuis plus de trois ans, pour produire ce qui aurait dû être un EP de 6 titres dans son studio débordant d'orgues de collection et d'instruments qu'il trafique lui-même, EP auquel j'ai finalement ajouté Béziers enregistrée chez mon ami Ives en 2013, et une petite grappe de chansons enregistrées chez moi pour cette mostla-tape.

C'est un peu décousu, du coup. J'aime bien."
PAR THOMAS BOUDINEAU

"Flegmatic n’est pas un chanteur. Il a choisi de ne pas se plier aux chansons. Ce sont donc les chansons qui vont se plier à sa prose libre, libératrice par ricochet, car elle a le courage qui ne paie pas de mine de ceux qui affrontent l’époque en commençant par s’affronter eux-mêmes. Ce courage est contagieux.

Sans trop de filtres, sans trop de manières. On entend le bruit de la barre espace ça et là comme on entend sa respiration entre deux phrases ou son emblématique et paresseux trombone, un peu plus loin. Un ami. Le même qui, je me rappelle, résonnait dans la chambre d’ado sous les toits de cette magnifique maison à colombage en Albi. La base.

Flegmatic raconte aujourd’hui des histoires terriennes mais qui tirent derrière elles des fils qui montent jusqu’au ciel du Tarn retrouvé et plus haut encore alors on se demande bien ce qui va en tomber, on retient son souffle, ne sachant pas si cela nous arrachera une larme ou un rire.

Cette prose libérée est traversée de fulgurances poétiques qui viennent claquer dans nos cœurs certains jours hélas assoupis, nous rappelant à cette occasion que notre vie elle aussi est traversée de ces fulgurances, de ces liens invisibles qui se tissent à l’insu de toutes les divergences et grâce auxquels plus rien n’est étranger à rien.

Je crois que Flegmatic nous encourage discrètement à garder les yeux ouverts et la main tendue."
PAR JULIEN BARBAGALLO
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