Listomania
16 janvier 2019
The Twilight Sad : The Cure et au-delà…
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The Twilight Sad : The Cure et au-delà…

Octobre 2008 : The Cure publie 4:13 Dream, son treizième album. Dix ans plus tard, le groupe anglais n’a toujours pas publié de successeur à ce disque dispensable. Entre-temps son leader Robert Smith a pris un jeune groupe écossais sous son aile et déclare à l’envi qu’il est « le meilleur groupe, avec les meilleures chansons, toujours brillant, intense et inspirant« . The Twilight Sad sort ce vendredi son cinquième album, It Won/t Be Like This All the Time : comme un passage de témoin ?

 

Flashback : début 2015, James Graham (chant) et Andy MacFarlane (guitares) contactent Robert Smith par l’intermédiaire de Stuart Braithwaite (Mogwai) pour lui proposer une collaboration sur un de leurs titres. Plutôt qu’une simple participation, Robert Smith leur envoie sa propre version de There’s a Girl in the Corner, un morceau de Nobody Wants to Be Here and Nobody Wants to Leave, quatrième album du groupe, sorti l’année précédente, en leur disant d’en faire ce qu’ils voudraient… (ils le sortiront en split single quelques mois plus tard). « Quand on a reçu ce morceau, se souvient James, on était en tournée aux Etats-Unis et j’ai dû l’écouter des centaines de fois en quelques jours, en essayant de réaliser que mon idole de jeunesse chantait un texte que j’avais écrit dans ma chambre…« 

Suivent d’autres contacts, une invitation à faire la première partie de Cure sur la tournée mondiale de 2016 et la confirmation que Robert Smith est leur fan numéro un. James n’en revient toujours pas : « Il voulait toujours connaître notre setlist avant le concert pour être sûr de ne pas rater les chansons qu’il aimait bien, il nous faisait parfois des suggestions, demandait d’en ajouter une… Pendant la tournée, il a dû regarder les deux-tiers de nos concerts sur le côté de la scène. Il a rédigé notre rider, il passait tous les soirs dans les loges pour voir si tout allait bien pour nous !« 

Cette omniprésence aurait pu devenir un fardeau et empêcher le groupe de s’épanouir, mais James rectifie immédiatement : « C’est peut-être un cliché, mais c’est vraiment un rêve devenu réalité. Tout ce qui nous arrive depuis quelques années est au-delà de ce qu’on aurait pu imaginer… Il aime notre musique. Il nous aide, il nous a ouvert des portes, c’est la meilleure chose qui soit arrivée au groupe« .

Repos, réflexion et nouvelles envies

 

Pourtant, à la fin de la tournée de 2016, le groupe est épuisé. Le batteur Mark Devine, membre fondateur, décide de quitter le groupe. Brendan Smith et Johnny Docherty (qui les accompagnent sur scène depuis plusieurs années) l’intègrent officiellement. Mais le groupe prend son temps et ne capitalise pas immédiatement sur le succès de la tournée avec The Cure : « On ne voulait pas capitaliser sur quoi que ce soit, explique James, ce n’est pas nous, ce n’est pas notre façon de faire, notre façon d’être. On a voulu profiter de ce qu’on avait fait, et assimiler les choses. On voulait reprendre une vie normale. J’adore être sur scène, j’adore voyager, j’adore les tournées, mais ce n’est pas la vraie vie, ce n’est pas ce qui m’inspire pour écrire mes textes, ce qui m’inspire ce sont des choses plus ordinaires…« 

L’année 2017 est une année de repos – la première depuis la création du groupe -, de réflexion et de remise en question. Pas de concert et une reprise progressive de l’écriture, avec un faux-départ en fin d’année pour Andy : « J’avais composé des morceaux sur la base des textes de James, mais après une première tentative, j’ai tout jeté, ça ressemblait trop à ce qu’on avait fait avant, ça n’avait pas grand intérêt pour moi. On a tout repris ensemble, dans un cottage près du Loch Fyne, en Ecosse. Puis on a enregistré dans le Devon, début 2018« .

It Won/t Be Like This All the Time reflète le nouvel état d’esprit du groupe, prêt à prendre un nouveau départ. L’album porte les traces brutes, rêches et violentes des premiers disques du groupe, mais s’ouvre plus largement aux sonorités électroniques, les convoquant tantôt pour seconder les excès noisy des guitares, tantôt pour apaiser le propos en des ambiances qui flirtent avec les atmosphères de The Cure. « C’est évident qu’après avoir passé autant de temps avec eux et à les écouter tous les soirs, notre musique s’en ressent un peu. C’est inconscient et conscient à la fois. Mais ces influences sont assumées, assimilées, on ne les réfute pas. » avoue James. Andy complète : « Les textes de James parlent de son environnement, notre musique est l’écho de cela. Et pendant un an, notre environnement, trois heures par soir, c’était la musique de The Cure« . Le fan Robert Smith ira même jusqu’à jouer au coach officieux, distillant conseils et avis sur les morceaux de l’album tout au long de la réalisation de celui-ci.

L’album est remarquable, de ses penchants saturés et rudes (Shooting Dennis Hopper Shooting) jusqu’aux atmosphères cold wave revisitées (The Arbor) en passant par les synthèses de ces deux extrêmes (Vtr) et ouvre des perspectives immenses : « Ce disque marque qui nous sommes à l’heure actuelle, confirme Andy. Et on a mis tellement de choses différentes dedans que le prochain pourra partir dans n’importe quelle direction, on ne sait pas encore, mais on se sent capable d’explorer plein de voies différentes. Et ça pourra marcher…« . Robert Smith et nous ne le contrediront pas…

Texte : Julien Courbe
Photo : Debi Del Grande

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