Listomania
31 décembre 2019
Émotions irrationnelles ou légitimes : le Top 2019 de Julien Courbe
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Émotions irrationnelles ou légitimes : le Top 2019 de Julien Courbe

1. MEURSAULT – Crow Hill (Common Grounds)
2. EFTERKLANG – Altid Sammen (Beggars)
3. ANDREW BIRD – My Finest Work Yet (Loma Vista Recordings)
4. EMILY JANE WHITE – Immanent Fire (Talitres)
5. THE TWILIGHT SAD – It Won/t Be Like This All The Time (Rock Action)
6. IDLEWILD – Interview Music (Empty Words Records)
7. LA FÉLINE – Vie Future (Kwaidan Music)
8. BONNIE ‘PRINCE’ BILLY – I Made a Place (Domino Records)
9. MICHAEL ANGUISH – Pearl (1205766 Records DK)
10. POMME – Les Failles (Universal)

+ MAN OF MOON – Chemicals EP (Instinctive Racoon)

Tout est question d’émotions. Ou de leurs absences… J’ai écouté et réécouté les disques de Weyes Blood, Big Thief, Shannon Wright, Nick Cave ou Bill Callahan. J’ai apprécié leurs songwritings et leurs incarnations, ai pris plaisir à leurs spleens, folks et dépouillements, mais n’ai pas été tenté d’élever des piédestaux à leurs honneurs. Sans avoir d’autres explications que le défaut de chair de poule, de frisson ou de tachycardie éphémère. Émotions et emballements ressentis, en revanche, irrationnellement ou légitimement, pour les dix disques suivants.

A l’instar du titre un brin provocateur du fascinant album d’Andrew Bird (érudit, joueur, jazzy, riche, nostalgique et très pop), certains artistes dont je vénère les tout premiers essais, ont livré, des années ou décennies après, leurs « finest work yet« . C’est le cas d’Emily Jane White qui, onze ans après le très folk Dark Undercoat, a sorti un splendide Immanent Fire en forme de best of inédit des quatre albums sortis entre-temps dans une veine sombre et faussement romantique qui n’appartient désormais qu’à elle. C’est aussi le cas des Écossais d’Idlewild qui, plus de vingt ans après le brûlot Captain, ont enregistré un Interview Music étonnamment divers, flirtant avec la meilleure pop comme avec les grands hymnes rock. Mais c’est aux Danois d’Efterklang que la maturité sied le mieux : Altid Sammen bouleverse plus encore que leurs premiers essais (les méconnus Tripper et Springer). Je n’ai pas entendu minimalisme plus luxuriant depuis l’album éponyme de The For Carnation en 2000, c’est dire le ravissement des sens…

D’autres n’ont pas sorti leurs meilleurs albums, mais par fidélité (et rigueur et plaisir, évidemment), il était impensable que je les oublie dans un best of de l’année. The Twilight Sad et Bonnie ‘Prince’ Billy ont refait surface, les premiers après une tournée gigantesque et cannibalisante avec The Cure, le second après une presque décennie de disques de reprises, d’auto-reprises et d’hommages. Je craignais l’influence trop oppressante pour les Écossais et la panne d’inspiration pour l’américain. It Won/t Be Like This All The Time et I Made a Place m’ont prouvé le contraire avec leurs jusqu’au-boutismes assumés.

En musique française, ce sont deux voix féminines qui m’ont procuré le plus d’émotions : celle de La Féline dont le morceau Tant que tu respires sur disque (et surtout sur scène) restera le summum de l’année et celle de Pomme, dont La Lumière a marqué cette fin d’année. Deux morceaux qui traitent de deuil à leurs façons, au sein d’albums intenses, riches et loin d’être épuisés…

Le disque de l’Écossais Michael Anguish est un coup de cœur singulier. J’ai eu la chance d’en écouter une version démo il y a trois ans déjà et j’avais déjà succombé au folk countrysant, sombre et fervent et à la voix grave et magnifique de l’ex-leader de Foxface ou de Peeps into Fairyland. Collaborateur de l’ombre de nombre d’artiste Glaswégiens, il est temps que son premier album solo le révèle au monde…

En haut de ce top, le disque éminemment ambitieux de l’Écossais Neil Pennycook. Sous son pseudonyme habituel Meursault – un temps délaissé au profit de Supermoon – il a sorti un double album un peu concept, un peu foutoir, un peu expérimental, un peu classique, un peu folk, un peu noisy, mais bourré d’envies, de sincérité, de vie et d’explosions. Il faut écouter Beaten, ses deux premières minutes hypnotiques, puis son lâcher-prise, ses « Fuck You » comme on a rarement entendu, sa rage… Un trop-plein d’émotion que j’ai pris en pleine face cette année. Volontairement et avec délectation…

En bonus, le premier EP de Man Of Moon. En 2008, les Twilight Sad faisaient la première partie de Mogwai au Casino de Paris et je ressortais avec le pressentiment (avéré par la suite) que ce groupe allait devenir essentiel pour moi. En 2019, Man Of Moon (d’autres écossais, décidemment) jouait en première partie des Twilight Sad à Petit Bain et je suis ressorti avec le pressentiment que ce groupe allait devenir essentiel pour moi… « History repeats itself« …

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