Listomania
5 janvier 2020
« Qui a dit qu’il n’y avait plus d’espoir ? » : Le Top 2019 de Pierre Evil
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« Qui a dit qu’il n’y avait plus d’espoir ? » : Le Top 2019 de Pierre Evil

1. TYLER, THE CREATOR – Igor
2. MOOR MOTHERS – Analog Fluids of Sonic Black Holes
3. BILLIE EILISH – When We All Fall Asleep, Where Do We Go?
4. WEYES BLOOD – Titanic Rising
5. JPEGMAFIA – My Heroes Are Cornball
6. FKA TWIGS – MAGDALENE
7. PNL – Deux frères
8. JENNY HVAL – The Practice of Love
9. OCTO OCTA – Resonant Body
10. KATERINE – Confessions

Bien sûr, les deux meilleurs disques de l’année ne sont pas dans cette liste – ce sont les 24 Tracks From The Vault de Prince, disques n°3 et 4 de la Super Deluxe Edition de son grandiose 1999 d’il y a 37 ans, dans lequel il nous invitait à faire la fête comme si c’était le jour du Jugement Dernier, au rythme effréné de sa Purple Music

Nous sommes aujourd’hui vingt ans après ce millénium rêvé, et l’ambiance n’est plus vraiment à la fête. Tandis que les certitudes s’effondrent les unes après les autres (les États-Unis sont une démocratie, le Royaume-Uni est en Europe, nous résoudrons la crise climatique), chacun cherche à composer avec le chaos ambiant. Certain.e.s ont encore le poing levé, comme Moor Mother, prêtresse dreadlockée prêchant la révolte en Chuck D afroféministe depuis sa base rouge (ou noire ?) de Philadelphie, ou Octo Octa repeignant ses hymnes dansants néo-90’s aux couleurs de la révolution queer, quand d’autres vivent repliés dans l’univers qu’ils se sont créé – la savane cotonneuse des Deux Frères PNL, rois-lions machinaux des charbonneurs ; le boudoir féministe de Jenny Hval ressuscitant la progressive house lascive de Vanessa Daou – ou circulent entre l’intime et le planétaire, Weyes Blood immergée dans les grands naufrages contemporains, personnels et collectifs, Katerine transmutant son exaspération politique de Français de 2019 en chansons-éjaculations exhibitionnistes, aussi joyeuses que gênantes. 

Des Confessions, c’est aussi ce que Tyler, the Creator et FKA Twigs livrent sur Igor et MAGDALENE, deux albums qui chroniquent la fin d’une relation et la façon dont on s’en sort, ou pas, le premier en enveloppant ses aveux dans une soul futuriste en kit qu’il remonte plus souvent à l’envers qu’à l’endroit, la seconde en invoquant Kate Bush au milieu des paysages désolés composés par Nicolas Jaar. Expliquant à ses fans sur Twitter comment écouter IGOR, Tyler leur conseillait d’éteindre la télévision et de déposer leur téléphone – exactement ce que JPEGMAFIA ne fait pas sur My Heroes Are Cornball, qui ouvre grand ses écoutilles et fait déferler sur ses auditeurs la cataracte désordonnée de l’époque et des réseaux sociaux.

Et puis il y a Billie Eilish, pétulante, originale, absolument adolescente quand elle transforme en chansons insolemment efficaces ses collages de The XX, Drake et The Arctic Monkeys. L’année dernière, le scrap-book d’une gamine bizarre de 17 ans a dominé les hit-parades mondiaux – qui a dit qu’il n’y avait plus d’espoir pour la pop en 2019 ?

PIERRE EVIL écrit depuis plus de vingt ans sur la musique et les subcultures. Il est l’auteur d’un film pour Arte (Black Music – Des chaînes de fer aux chaînes en or) et de deux livres (Gangsta Rap, histoire du rap californien de Ice-T à 2Pac, réédité en 2018, et Detroit Sampler, exploration de près de cent ans de musique enregistrée à Detroit, toujours disponible). Il tient depuis 2017 dans Magic la rubrique Subbacultcha dans laquelle il déballe à chaque numéro sa bibliofilmodiscothèque subculturelle personnelle.
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