The Beths, Dominique A, The Streets… Ça sort ce vendredi 10 juillet et Magic aime

Avec "Jump Rope Gazers" de The Beths, "Healing Is A Miracle" de Julianna Barwick et "None of Us Are Getting Out of This Life Alive" de The Streets, Magic vous a sélectionné les sorties importantes de ce vendredi 10 juillet.

THE BETHS – Jump Rope Gazers
(CARPARK RECORDS)
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La nouvelle-Zélande est depuis longtemps une formidable colonie pour groupes d’indie- pop. I’m Not Getting Excited, clament the Beths. nous, on l’est, quand on découvre l’excellent second album du groupe d’Auckland. Le quatuor délivre toujours autant de petites bombes power-pop, légèrement plus mélancoliques que sur Future Me Hates Me, portées par la voix placide d’Elizabeth Stoke. Jump Rope Gazers donne une furieuse envie de contempler paisiblement la baie d’Auckland, observant l’horizon avancer et reculer depuis une balançoire.

DOMINIQUE A – Le silence ou tout comme EP
(CINQ 7 / WAGRAM)
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Dominique A - Le silence ou tout comme EP

Dominique A fut économe de sa parole pendant le confinement. L’auteur de La Fossette a, par exemple, dit non à toutes les sollicitations pour des concerts en direct à ses yeux vides de sens et follement intrusifs. Le chanteur, qui n’avait rien fait paraître depuis ses albums Toute latitude et La Fragilité en 2018, s’est saisi de la période pour enregistrer un quatre-titres magnifiquement sensible, directement inspiré par les temps suspendus et menaçants traversés ce printemps. Présentés comme le résultat d’improvisations sur claviers et rythmiques minimalistes (ça vous rappelle quelque chose ?), ces morceaux chantés avec retenue recèlent une puissance poétique rarement atteinte dans la discographie de Dominique A. Ce printemps, Les mots bleus ont disparu, comme il le souffle dans Vie étrange. Mais les mots de Dominique A demeurent d’une insondable justesse.

JULIANNA BARWICK – Healing Is a Miracle
(NINJA TUNE)
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L’Américaine Julianna Barwick compose toujours les mêmes disques à base de boucles électroniques et de sa voix répétée à l’infini, et c’est très bien ainsi. Reproche-t-on à un peintre d’encore et toujours revenir sur la même esquisse, refaisant le même trait de crayon pour obtenir la forme la plus parfaite ? La musicienne entretient cette pulsion-là pour nous transporter dans son univers éthéré mais incarné. Si, à l’écoute de Healing Is a Miracle, vous pensez replonger dans Valtari de Sigur Rós, rien de surprenant à cela, Jónsi participant au disque, ainsi que Mary Lattimore. À la différence qu’aujourd’hui, l’Américaine dissémine quelques matières électroniques à la limite du bruitisme pour mieux perturber les brumes.

THE STREETS – None of Us Are Getting Out of This Life Alive (ISLAND RECORDS)
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Voilà presque vingt années que Mike Skinner distille un rap anglais électronique en ébranlant sa forme binaire d’une kyrielle de sonorités dissonantes et saturées. Si, depuis 2011, l’Anglais s’était fait plutôt discret avec the Streets, il signe un retour fracassant avec None of Us Are Getting Out of This Life Alive. Avec son accent cockney acéré, il s’accompagne de ses amis et de multiples artistes indépendants pour créer des featurings détonants, à l’image de Call My Phone Thinking I’m Doing Nothing Better, où Tame Impala apporte une touche pop psyché. Et quand Conspiracy Theory Freestyle, où Rob Harvey (The Six) imagine un monde romanesque avec des descentes de piano et des envolées de choristes, on comprend que The Streets sait étoffer son savoir-faire sonore avec le talent des autres. Brillant.

PAINT – Spiritual Vegas
(MEXICAN SUMMER)
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Son premier single, chanté en farsi en hommage aux origines iraniennes de sa mère, réveillait les sonorités perses du rockeur de téhéran Kourosh Yaghmaei. Spiritual Vegas, le deuxième album de Paint, projet solo de Pedrum Siadatian des Allah-las, se révèle traversé par une autre ombre, bien plus célèbre, des années 1970. Dans ses meilleurs moments, l’indie rock du guitariste offre des réminiscences, toutes proportions gardées, du Syd Barrett de l’inoubliable The Madcap Laughs (1970), premier disque solo du diamant fou des Pink Floyd. Voix grave caressante, rythmiques remuantes, solos psychédéliques et réverbe à tout va : le Californien n’invente pas grand-chose mais se fait plaisir. Et ce plaisir est contagieux.

SAM PREKOP – Comma
(THRILL JOCKEY RECORDS)
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Sam Prekop fait un pas de côté et insufle le temps dans son électronique d’ordinaire ambient et contemplative, avec un élément nouveau : le rythme. Pour la première fois depuis son échappée en solo hors de the Sea and the Cake, et depuis son virage électronique en 2010 avec Old Punch Card, l’Américain utilise des boîtes à rythmes et les sons percussifs de son synthétiseur modulaire. Ses compositions laissent libre court à l’improvisation et aux «accidents», d’où les beaux contrastes du beat de techno martiale sur les lentes nappes évolutives de Park Lines ou les glissades d’accords impromptues sur la dalle d’arpèges de Circle Lines. Un sacré disque qui surprend par cet attachement aux textures brillantes, à l’harmonie orthodoxe et, désormais, à la quête des boucles quasi parfaites (Never Met).

RUFUS WAINWRIGHT – Unfollow the Rules
(BMG)
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Premier album de chansons originales depuis huit ans, Unfollow the Rules rappelle le grand songwriter qu’est surtout Wainwright, déjà auteur d’une discographie impeccable pour peu qu’on en écarte quelques side projects mégalos (l’hommage à Judy Garland, la composition de deux opéras). Enregistré à los Angeles, ce neuvième album frappe par la tonalité west coast et sixties de plusieurs titres, entre guitares, chœurs et arrangements de cordes solaires : l’imparable Damsel in Distress en hommage à Joni Mitchell, le printanier Peaceful Afternoon, le planant Only the People that Love. Mais on ne se refait pas : le musicien n’est jamais aussi bon qu’une fois la nuit tombée, mélancolique derrière son piano.

MR BEN & THE BENS – Life Drawing
(BELLA UNION / [PIAS])
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Sous cet intitulé démultiplié se cache un homme, Ben Hall, actif depuis quelques années entre Lancaster et Sheffield avec le renfort ponctuel d’autres musiciens. Rien de schizophrène pourtant dans cette multiplication des Bens mais un croquis English riviera à la ligne claire, avec des chœurs langoureux et pas mal de cœur. Une pop qui vous répète How Do You Do? – titre du deuxième morceau – en vous donnant immanquablement envie de répondre «bien». Tout en guettant le nuage occasionnel dans ce paysage radieux, à l’image de The Windle on Spittlehill et son jeu de contrastes en parler-chanter.

Mais rien ne vous empêche d’écouter aussi les autres sorties du jour :

NZCA LINES – Pure Luxury (MEMPHIS INDUSTRIES)
MY MORNING JACKET – The Waterfall II (FARGO)
J LOYD – Kosmos mixtape – digital only
EZECHIEL PAILHES – Oh! Remixes [EP] (CIRCUS COMPANY)
PRINS THOMAS – Træns (RUNNING BACK)
TERRACE MARTIN, ROBERT GLASPER, 9TH WONDER, KAMASI WASHINGTON – Dinner Party (SOUNDS OF CRENSHAW / EMPIRE)
LOU CANON – Audomatic Body (PAPER BAG RECORDS)
BUZZARD BUZZARD BUZZARD – The Non-Stop EP (CAROLINE INTERNATIONAL (P&D))