Moses Sumney, Perfume Genius… : le Magic Aime du 15 mai 2020

Moses Sumney, The Magnetic Fields, Perfume Genius : Ça sort ce 15 mai et Magic aime

Avec "græ" de Moses Sumney, "Quickies "de The Magnetic Fields, "All that Glue "de Sleaford Mods et "Set My Heart on Fire Immediatly" de Perfume Genius, Magic vous a sélectionné les sorties importantes de ce vendredi 15 mai.

MOSES SUMNEY – græ
(JAGJAGUWAR)
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Depuis 2014 et un premier EP renversant de guitares, de boucles et de voix, Mid-City Island, le phénomène Moses Sumney gonfle et ne déçoit jamais. Son premier album, Aromanticism, paru fin 2017, faisait bien plus que des promesses. Il posait un jalon. Aujourd’hui, place à l’insaisissable peintre démiurge. Il est ici histoire de couleurs et de nuances dans græ, un concept album qui désigne le gris comme le lieu de la richesse et de la nuance identitaire. Chaque chanson ou presque explore une de ses facettes. La soul de Cut Me, dédié à Aretha Franklin, le jazz de ce Gagarin sous hélium, l’art pop électronique façon St. Vincent sur Conveyor, la grande fresque synthétique de Bystanders, la pop minimaliste tire-larmes sur Two Dogs. Autant de sommets qui jalonnent ce paysage de greyness.

THE MAGNETIC FIELDS – Quickies
(NONESUCH RECORDS / WARNER)
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Stephen Merritt adore les albums-concept. Avec The Magnetic Fields, il en a même fait un principe. Quickies se veut donc un disque de chansons courtes. Vingt-huit morceaux, vingt-huit vignettes, excédant rarement les deux minutes. C’est parfois frustrant tant on apprécierait de voir certaines chansons s’épanouir au-delà. Mais, avec son sens mélodique et son humour sarcastique, ses orchestrations dépouillées – rarement plus d’un instrument par morceau – son côté foutraque, Quickies recèle plusieurs moments réjouissants.

Notre rencontre avec Stephen Merritt à lire dans le Magic n°221

SLEAFORD MODS – All that Glue
(ROUGH TRADE / BEGGARS)
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Pour ceux qui ne connaissent toujours pas les brûlots rap-post-punk de ce duo minimaliste (sur scène, un ordi, un micro, beaucoup de bières), c’est l’occasion d’une mise à jour, avec tous les «tubes» de ces nouveaux working-class heroes. Psalmodiant énervé en dialecte des Midlands sur les files d’attente au Pôle emploi local, le capitalisme qui tue ou le ridicule de Boris Johnson, Jason Williamson se hisse à hauteur de Mark E. Smith (on pensera aussi à Shaun Ryder, Ian Dury ou au Wu-Tang Clan) dans ses chroniques rageuses de la vie qui va mal dans une Albion plus perfide que jamais.

PERFUME GENIUS – Set My Heart on Fire Immediately
(MATADOR RECORDS / BEGGARS)
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Sur Set My Heart on Fire Immediately, un des titres résume l’esprit de ce cinquième album de l’Américain Perfume Genius. Il s’intitule Your Body Changes Everything et nous interroge sur notre identité. Ces questions sont au cœur de la musique de Mike Hadreas, qui explore, entre pop baroque, clins d’œil new wave et suavité soul, les concepts de masculinité, de genres, de sexe, d’amour… À la manière de Bowie époque Ziggy Stardust, Perfume Genius, qui porte son homosexualité en étendard, explore toutes les facettes de la musique queer.

JESS WILLIAMSON – Sorceress
(MEXICAN SUMMER / MODULOR)
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Note : attendu que l’étiquette a été usurpée par des cow-boys en toc et leur FM douteuse, on commencera par dire de Sorceress que c’est un vrai disque de country pop. Country dans les détails, pop dans les mélodies. À ployer sous le soleil californien depuis 2016, la musique de la Texane Jess Williamson avait déjà gagné en rondeurs sur son troisième album Cosmic Wink (2018). La voilà qui prend du caractère, même si, dans ses inflexions, le chant approche parfois des modèles identifiés d’un peu trop près : Angel Olsen sur As the Birds Are et son halo de pedal steel, ou Hope Sandoval avec la brise western d’How Ya Lonesome.

ARNAUD LE GOUËFFLEC – L’Orage
(L’ÉGLISE DE LA PETITE FOLIE)
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Comme toujours chez Arnaud Le Gouëfflec, un disque solo n’est jamais un travail de solitaire mais bel et bien une œuvre collective où chacun apporte sa pierre à l’édifice. John Trap démontre encore son génie du sampling alors que Thomas Poli expérimente dans le background épaulé par la structure rythmique d’Olivier Mellano et de Régis Boulard, régulièrement associés dans le projet NO&RD. Un disque bipolaire, à la fois sec, nerveux et tendre.

SPIRIT FEST – Mirage Mirage
(MORR MUSIC)
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Le troisième disque de ce super-groupe né de la rencontre de Tenniscoats, de Markus Acher (chanteur de The Notwist), de Mat Fowler (Jam Money, Bons) et de Cico Beck (Joasihno et The Notwist) est leur leur meilleur. Il charrie comme toujours son lot d’étrangetés, à l’image de ces cris emboîtés dans un kazoo de Time to Pray et des bruits de bicyclette de Saigo Song. Mirage Mirage a encore une fois tout d’un cabinet de curiosités parfaitement ordonné.

FLAT WORMS – Antarctica
(GOD? RECORDS / DRAG CITY / MODULOR)
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Pour ce troisième LP, le trio de Los Angeles s’est invité chez Steve Albini qui produit et mixe (en collaboration avec Ty Segall) ce pamphlet énervé. . Sur le béton d’une fondation rythmique imperturbable, stries de guitares saturées et chant revendicatif reflètent un paysage chaotique, dysfonctionnel, sans jamais tomber dans le bruitisme et en sauvant les mélodies du désastre.

HANIA RANI – Home
(GONDWANA RECORDS)
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On ne s’est pas encore remis d’Esja, le premier album de la pianiste polonaise Hania Rani, qu’elle est déjà de retour avec Home, second volet d’un voyage immobile. En suivant le principe d’un motif répétitif, elle se rapproche plus d’un Christian Löffler ou d’un Nils Frahm dans cette ouverture de ses structures classiques qu’à des réminiscences pop. Son piano est à la fois aérien, rond et minéral.

EXTRAA – Baked
(REQUIEM POUR UN TWISTER / BELIEVE / MODULOR)
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Faisant suite au projet Melody Says, le groupe parisien Extraa présente son premier album sur le label Requiem pour un Twister. L’accent franchouillard de la chanteuse Alix Lachiver revêt un certain charme, mais c’est d’abord la mélodie qui prime sur Baked, à l’image du titre introductif très “Fab Four” A Flower and a Man ou Anymore et ses discrets arrangements de cordes.

NICK HAKIM – Will this Make Me Good
(ATO RECORDS)
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Will this Make Me Good ouvre les portes d’une zone troublante, riche de mille effets mais sans fioritures. La musique de Nick Hakim est un ressort de l’intimité. Elle se nourrit des fragilités de son auteur : vibrantes d’une réverbération qui s’en fait l’écho. Nick Hakim a souffert des affres de la dépression, thème devenu central – et public – dans sa jeune œuvre. Les harmonies spacieuses et la combinaison d’une patte lo-fi et downtempo laissent une atmosphère rêveuse s’installer. Le travail des textures, la superposition des couches et l’impermanence des éléments le distinguent de ce qui aurait pu être une pop mélancolique et un peu vaine. Il faut prendre la peine de se laisser porter par l’album pour en apercevoir toute la richesse.

THAO & THE GET DOWN STAY DOWNTemple
(RIBBON MUSIC)
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Difficile de parler de ce disque sans évoquer son récent coming out. Temple est traversé par la honte, la rancœur, les stigmates d’une vie diluée à trop devoir cacher son homosexualité. Thao voit pour la première fois les choses clairement. “I know I’ve live / As a quiet apology / I’m sorry to you / And I’m sorry to me”, adresse-t-elle à sa femme sur l’outro. La fougue mélodique l’emporte sur les passages plus ténébreux à la Blonde Redhead. Beau et fragile.

Mais rien ne vous empêche d’écouter aussi les autres sorties du jour :

KAMASI WASHINGTON – Becoming OST (SHOTO MAS INC. / YOUNG TURKS RECORDINGS LTD.)
EINSTÜRZENDE NEUBAUTEN – Alles In Allem (POTOMAK)
GRAND PARC – Pull Noir EP (AUTOPRODUCTION)
JUMO – Et le vent ? (NOWADAYS RECORDS)
SISYPHES – Deviant Pop (DIFFER-ANT)
PORCELAIN RAFT – Come Rain (VOLCANIC FIELD)
EZÉCHIEL PAILHÈS – Oh ! (CIRCUS COMPANY)
SWAN MELANI – Long Island EP (POP RECORDS)