“Le pouvoir des disques entassés chez mes parents”, par Violaine Schütz

Les journalistes de Magic vous présentent leur cheminement musical au travers d’une playlist de cinquante morceaux, accompagnée d’un texte de leur composition. C’est aujourd'hui Violaine Schütz qui vous emmène dans la ronde des morceaux qu'elle écoutait en boucle à l'adolescence.

Nietzsche écrivait qu’il n’y avait pas d’introspection nécessaire pour se connaître, que nos goûts en disaient déjà long sur nous. Je pense que ce sont surtout nos goûts à l’adolescence, âge de tous les possibles, qui nous façonnent vraiment. C’est pourquoi j’ai choisi cinquante morceaux que j’écoutais en boucle ado plutôt que des titres plus récents. J’aime actuellement autant l’électro que la pop, la new-wave que la musique orientale, la chanson française que la scène lo-fi américaine. Mais dans mes jeunes années, ce sont surtout la pop, le rock et le grunge qui ont accompagné mes journées de doute.

À l’époque, je me disais qu’une vie ne pouvait être décente si sa bande son se résumait à quelques tubes entendus au hasard de leurs passages radio. Et que même en étant un raté, il n’en demeurait pas que sa collection de disques (et de films), elle, se devait d’être parfaitement réussie.

Ce sont vers mes 11 ans que j’ai découvert le réel pouvoir de tous ces disques qui s’entassaient chez mes parents… Le premier groupe dont j’ai été fan enfant, c’était les Beatles. Le premier maxi que j’ai eu, c’était Wonderful Life de Black. Je peux dire que Cure, Joy Division, Suicide ou encore les Beach Boys ont ensuite sauvé mon adolescence à Marseille. La brit-pop a égayé mes journées. La new-wave et le post-punk m’ont fait me sentir moins seule. Courtney Love, PJ Harvey, Björk et Chan Marshall m’ont fait entrevoir une féminité qui n’était pas celle des filles des clips de MTV. Ces 50 chansons, et il y en avait plein d’autres, m’ont aidé à tenir jusqu’à l’âge adulte, alors elles recèlent un pouvoir que les morceaux d’aujourd’hui n’ont pas pour moi.

(Deezer / Qobuz)