Sous Surveillance
6 mai 2015
On fait connaissance avec le doux dingue Jimmy Whispers
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On fait connaissance avec le doux dingue Jimmy Whispers

Chic, un nouveau copain ! Débarquant de Chicago, Jimmy Whispers est âgé d’une grosse vingtaine d’années, mais se présente à nous en “vieux chauffeur de taxi de quarante-neuf ans”. Dans une autre vie, James Cicero (pour l’état civil) menait Light Pollution, formation indie sans véritable personnalité. Changement de cap avec un projet solitaire que l’Américain fait mûrir depuis quelques années dans une relative discrétion.

La revue de paquetage sera brève, ce premier essai ayant été composé avec un vieil orgue et un iPhone. Sans oublier un sens inné de la mélodie et une émouvante voix éraillée, voisine du timbre enfantin de Daniel Johnston. Les bricolages maison de Jimmy Whispers redonnent ses lettres de noblesse au lo-fi et l’extirpent de sa banalité.

“Le choix du lo-fi n’était pas totalement conscient au début”, se souvient le songwriter aux faux airs d’Ewan McGregor. “Je compose avec un certain sens de l’urgence. J’écris les paroles comme elles me viennent, les chante et les enregistre dans la foulée. Va savoir, c’est peut-être pour cela que ça sonne honnête et différent ? Mais je n’en suis pas vraiment sûr…” Nous non plus.

En tout cas, on a rapidement fondu pour ces chansons brinquebalantes, portées par une batterie automatique et des nappes de soufflet, le tout ne parlant que de douleur et d’amour. Pas très original, certes, mais un exutoire toujours valable face à la brutalité de sa ville. En février 2013, Whispers était ainsi agressé en pleine rue, laissant une dent dans la bataille. L’origine de Summer In Pain, peut-être ? Le troubadour demeure évasif quant à cette mésaventure : “Cet été passé dans la douleur tient à la fois du symbole et d’événements réels, mais mon message a surtout à voir avec la lutte et la rédemption.”

La nonchalance apparente et le bricolage revendiqué placent Jimmy Whispers en cousin du Mac DeMarco des débuts, du génie brindezingue Ariel Pink et de leur tonton à tous, R. Stevie Moore, avec lequel il a d’ailleurs partagé l’affiche. “Ces dernières années, des tas d’amis m’ont parlé de lui. Il a une vraie sensibilité pop et une vision vrillée. Et puis, quel gigantesque répertoire ! R. Stevie Moore est à la fois si influent et si peu reconnu… J’aime beaucoup de gens comme ça, des types comme Robert Wyatt ou Gary Wilson.”

C’est vrai que l’on retrouve un peu des chansons tordues de Gary Wilson dans ces morceaux découverts via une minuscule poignée de vidéos perdues sur Internet, dont un concert donné pour des enfants pas rassurés. “Trop souvent, le public ne voit qu’un mec chantant sur scène, tout seul, avec des barrières pour le séparer de son audience. Moi je ne donne pas de simples concerts, mais de véritables spectacles. Je veux offrir du bon temps aux gens, je me considère comme un entertainer, c’est-à-dire un performer, un musicien, un chanteur, un comédien aussi. Je me verrais bien au Saturday Night Live un de ces jours.”

Ce sens du décalage ne se limite pas aux microsillons d’un LP édité de ce côté de l’océan par Field Mates Records, nouveau label parisien créé pour l’occasion par Dali Zourabichvili, qui avait déjà vanté le talent de Whispers chez La Blogothèque. Internet, Jimmy s’en fiche royalement. Simple posture ? Peut-être, mais qu’est-ce que ça fait du bien !

“Je ne veux pas être la dernière sensation du Web. J’ai joué pendant quelques années sans poster la moindre chanson sur la Toile. Une façon de me tester et de voir ce que je valais. J’avais édité un fanzine constitué de textes et de collage que je vendais à la fin de mes concerts. Et je peignais les murs de Chicago avec des dessins sur les thèmes de mes morceaux. J’ai avant tout compté sur le bouche-à-oreille, c’est bien plus chouette et stimulant.”

Une démarche qui ne se complaît pas dans le contre-pied systématique et propose autre chose, en utilisant d’autres moyens, à mille lieues de groupes déjà (trop) bien rodés à la promotion. En rupture avec sa génération ? Sans doute. “Je ne sais pas exactement ce que veut ma génération, mais j’ai le sentiment que je n’en veux pas.” Pas mieux.

Par Thibaut Allemand

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