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Depuis deux ans qu'on chantait les louanges de Mustang, une question lancinante nous taraudait : après le tour de force A71 (2009), Jean Felzine et ses deux complices pourraient-ils récidiver ? À manipuler et déjouer tous les clichés, le trio le plus classieux de ce vieux pays allait, tôt ou tard, se confronter à un plus fort que lui : le toujours difficile deuxième album. D'ailleurs, de deuxième essai, il ne fut un temps plus question, Mustang souhaitant se cantonner au format maxi – la primauté de la chanson, toujours. Et l'influence du voisin prolifique Jean-Louis Murat, sans doute. De toute façon, le groupe clermontois, désormais installé à Paris, pourrait-il conserver la même fraîcheur, la même imagination ? Voici la réponse, claire et sans appel : évidemment. On romance, on dramatise, mais on s'en doutait depuis quelques mois. Depuis La Nuit Je Mens, reprise monumentale d'Alain Bashung, ballade fin de siècle plongée dans celle, seventies, de Christophe. Enregistrée pour une funeste compilation, écartée par Barclay, cette reprise lumineuse devint outsider. Et légendaire. En 2011, le secret le mieux gardé de l'Hexagone conserve ses totems et ses grands thèmes, adresse un clin d'œil aux Who et à leur Baba O'Riley avant de courir après Taxi Girl (Ce Qui M'Branche), déchire sa soul estampillée Stax (Qu'Est-Ce Qui Se Passe?) ou chipe un refrain au Honky Tonk Women des Rolling Stones (Ramper).

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Parfaitement en place, les musiciens extirpent du rock'n'roll originel son énergie électrique, ses râles animaux, ses chœurs bien placés, et nimbent le tout d'un chant hoquetant et violemment rythmique (la nickel Niquée). Pour le reste, Mustang n'a rien perdu de ses bonnes habitudes : pochade provoc' (la très cynique Tabou), misogynie infantile, façon les filles c'est des quilles (la précitée Niquée, le single La Princesse Au Petit Pois, paumée entre éclats de réverb' et Groovebox) et mégalomanie exacerbée (J'Fais Des Chansons). Et c'est tout ? Non, car c'est dans les plis de ces chansons que se niche le talent de Mustang. J'Fais Des Chansons célèbre et moque la condition d'artiste, mêle synthétiseurs fantômes, dérapages de six-cordes et arpèges célestes sur un groove mécanique. Brillamment mis en son par l'incontournable Stéphane “Alf” Briat (déjà à l'œuvre sur C'Est Fini), ce second disque contient quelques merveilles époustouflantes de tenue. Ainsi de la conclusive Où Devrais-Je Aller en sobre piano-voix, ou de Mathématiques, ode étonnante à l'implacable précision de l'arithmétique. Enfin, qui n'a jamais rêvé de signer une chanson, une seule, de la hauteur de Restons Amants ? Ces trois minutes et trente-huit secondes tiennent toutes les promesses faites par Mustang : allier le classicisme mélodique à la modernité sonique, des synthétiseurs aigrelets et des clavecins, des paroles simples et une exécution sophistiquée. Cette splendeur et ce disque achèvent d'imposer Mustang en dignes héritiers de Christophe, Buddy Holly, Joe Dassin, Roy Orbison ou Daniel Darc. Aux esprits étroits qui ne voyaient en eux que d'aimables revivalistes rockab', le groupe assènent un démenti cinglant, en signant un album résolument pop. Donc potentiellement populaire.
Thibaut Allemand
MAGIC RPM  #156


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