Le rock’n’roll, c’est quoi ? À question vaseuse,
réponse évasive et surtout pas péremptoire : en vrac, une défiance à l’égard de
l’autorité, la sensualité hasardeuse de la jeunesse, la primauté du corps sur
l’esprit, une certaine idée de l’élégance… Nombreux sont ceux qui ont livré une
version toute personnelle de ce phénomène majeur. Hallucinée et gavée de séries
B (The Cramps), mécanique et expérimentale (Suicide), romantique et désespérée
(Taxi Girl) ou franchement réac’ (Robert Gordon). Jetés au hasard, ces quelques
noms témoignent de la survivance d’un genre parfois moribond. Flingué par le “rock”,
ce vieux caillou immobile. Bref, en
2009, le rock’n’roll, on s’en ficherait presque : les disques témoins se
suffisent à eux-mêmes, et on a d’autres chats perdus à fouetter que de chercher
d’éventuels héritiers au King. Alors, c’est une belle surprise que de voir
débarquer d’une ville oubliée, Clermont-Ferrand, trois marlous idéaux :
deux petites frappes en Fred Perry (le bassiste Johan Gentile et le batteur Rémi
Faure) entourent Jean Felzine, gueule d’amour à l’ancienne dotée d’une voix en
réverb’ qui évoque moins Elvis que la fraîcheur soignée de Ricky Nelson et la
violence rentrée de Johnny Burnette.
Sans répéter les leçons sagement apprises, ni fantasmer une période inconnue et mythifiée, ces cancres surdoués brisent les clichés accumulés. Des décombres, surgit une œuvre impressionnante. Sur les bordures de l’A71, sont disséminés des indices en un surprenant Cluedo musical : Anne-Sophie est la nièce des Mary-Lou, Peggy Sue et autres Donna ; Maman Chérie évoque, de biais, l’amour fusionnel d’Elvis pour sa môman ; Ma Bébé Me Quitte réactualise… My Baby Left Me, tandis qu’une lascive Dame De Pique renvoie à la fameuse imagerie rockab’ (jeux de cartes, Eight-Ball et autres babioles). Sans parler de ce nom, évidemment. Ces signaux ne sont que des clins d’œil. Délayé d’éventuels anachronismes (aucun American Graffiti sur les murs d’un quelconque drugstore), l’album de Mustang sonne profondément actuel. Il s’ouvre par deux manifestes : le premier (Je M’Emmerde) suinte la frustration (post) ado, comme The Stooges en 1969, comme le terrible Boredom qui guette les Buzzcocks. À la fureur des uns, à la rage des autres, Mustang préfère un rock’n’roll détaché des maîtres, nacré et mutant, carillonnant de Gretsch et bardé de rythmes synthétiques, chanté d’une voix suave qui hoquette à tous les étages. Une audace sans pareille : ce qui aurait pu s’étaler chez Jesse Garon tient sacrément l’autoroute. La seconde profession de (mauvaise) foi s’intitule Le Pantalon.
Ou l’art paradoxal de ressusciter le phrasé snob de Boris Vian sur un texte qui sent le Hussard à plein nez, rompt avec la jeunesse moutonnière et rejoint les anars de droite. Question de style, dans tous les sens du terme. Derrière, ce ne sont que promesses bravaches de chevauchée fantastique (King Of The Jungle, sur le riff de Mystery Train), potacheries façon Nino Ferrer (Pia Pia Pia), instrumental surf (Mustang), tendre ballade vénéneuse (Maman Chérie, sorte de Grand Sommeil enfantin) ou cœur ouvert sur piano à la Christophe (La Plus Belle Chanson Du Monde). Enfin, C’est Fini, dernier pas de côté bluffant à plus d’un titre : sa trame musicale esquive le rock’n’roll furibard et rejoint le mitan des années 90, basée sur Donkey Rhubarb d’Aphex Twin. Cette comptine terminale est un adieu aux armes, aux mélodies, aux harmonies du “siècle dernier”. Un éloge mordant de l’amnésie pour un groupe qui joue sciemment sur l’inconscient collectif. Sans rien renier de la fougue qui agite cette demi-heure, on ne peut passer sous silence la réflexion dont fait preuve le trio auvergnat : jouer avec tous les pièges tendus par le genre. Le pervertir à grands coups de synthés. Composer un album agencé, presque scénarisé. Et créer une nouvelle école aussitôt fermée, faute de candidats. Armé d’une belle désinvolture provoc’, Mustang s’impose comme le nouveau mètre étalon du rock’n’roll d’ici.
Sans répéter les leçons sagement apprises, ni fantasmer une période inconnue et mythifiée, ces cancres surdoués brisent les clichés accumulés. Des décombres, surgit une œuvre impressionnante. Sur les bordures de l’A71, sont disséminés des indices en un surprenant Cluedo musical : Anne-Sophie est la nièce des Mary-Lou, Peggy Sue et autres Donna ; Maman Chérie évoque, de biais, l’amour fusionnel d’Elvis pour sa môman ; Ma Bébé Me Quitte réactualise… My Baby Left Me, tandis qu’une lascive Dame De Pique renvoie à la fameuse imagerie rockab’ (jeux de cartes, Eight-Ball et autres babioles). Sans parler de ce nom, évidemment. Ces signaux ne sont que des clins d’œil. Délayé d’éventuels anachronismes (aucun American Graffiti sur les murs d’un quelconque drugstore), l’album de Mustang sonne profondément actuel. Il s’ouvre par deux manifestes : le premier (Je M’Emmerde) suinte la frustration (post) ado, comme The Stooges en 1969, comme le terrible Boredom qui guette les Buzzcocks. À la fureur des uns, à la rage des autres, Mustang préfère un rock’n’roll détaché des maîtres, nacré et mutant, carillonnant de Gretsch et bardé de rythmes synthétiques, chanté d’une voix suave qui hoquette à tous les étages. Une audace sans pareille : ce qui aurait pu s’étaler chez Jesse Garon tient sacrément l’autoroute. La seconde profession de (mauvaise) foi s’intitule Le Pantalon.
Ou l’art paradoxal de ressusciter le phrasé snob de Boris Vian sur un texte qui sent le Hussard à plein nez, rompt avec la jeunesse moutonnière et rejoint les anars de droite. Question de style, dans tous les sens du terme. Derrière, ce ne sont que promesses bravaches de chevauchée fantastique (King Of The Jungle, sur le riff de Mystery Train), potacheries façon Nino Ferrer (Pia Pia Pia), instrumental surf (Mustang), tendre ballade vénéneuse (Maman Chérie, sorte de Grand Sommeil enfantin) ou cœur ouvert sur piano à la Christophe (La Plus Belle Chanson Du Monde). Enfin, C’est Fini, dernier pas de côté bluffant à plus d’un titre : sa trame musicale esquive le rock’n’roll furibard et rejoint le mitan des années 90, basée sur Donkey Rhubarb d’Aphex Twin. Cette comptine terminale est un adieu aux armes, aux mélodies, aux harmonies du “siècle dernier”. Un éloge mordant de l’amnésie pour un groupe qui joue sciemment sur l’inconscient collectif. Sans rien renier de la fougue qui agite cette demi-heure, on ne peut passer sous silence la réflexion dont fait preuve le trio auvergnat : jouer avec tous les pièges tendus par le genre. Le pervertir à grands coups de synthés. Composer un album agencé, presque scénarisé. Et créer une nouvelle école aussitôt fermée, faute de candidats. Armé d’une belle désinvolture provoc’, Mustang s’impose comme le nouveau mètre étalon du rock’n’roll d’ici.
2 réactions réagir
Superbe chronique!
C'est sur scène qu'il faut voir MUSTANG , le chanteur (auteur , compositeur) et guitariste Jean FELZINE , accompagné de ses deux acolites Johan GENTILE et Rémi FAURE super efficace, allume le feu avec sa voix , son jeu de scène , sa guitare maniée avec maestria ; enfin de vrais rockeurs... à suivre