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There Is No Enemy de Built To Spill

chronique d'album
Après avoir signé une poignée d’albums marquants de rock bruitiste à la fin des années 90 (et notamment le bien nommé Perfect From Now On, 1997), Built To Spill était entré dans une période d’hibernation créative, se contentant de sortir de leur sommeil, en 2006, le temps d’un disque engourdi et anecdotique (You In Reverse). Étonnamment, There Is No Enemy résonne comme un véritable réveil en fanfare. Dix-sept ans après ses débuts, Doug Martsch, toujours entouré de ses fidèles compagnons d’arme Brett Nelson et Scott Plouf, n’a rien perdu de sa science de météorologue des guitares, capable de convoquer les plus tonitruants des orages électriques pour mieux les dompter ensuite, à coup de mélodies subtiles. À l’instar d’un Neil Young qu’une piqûre de mouche tsé-tsé aurait soudain guérie de ses crises d’épilepsie, il superpose lentement, couche après couche, les strates d’un mille-feuille sonore toujours aussi impressionnant de virulence et de rage contenues. Dans un contexte plus personnel, ces soli fougueux et souvent étincelants de virtuosité retrouvent tout leur sens. C’est que l’environnement musical s’accorde ici à merveille avec la tonalité aigre-douce des émotions convoquées dans des textes qui oscillent entre résignation et sérénité. “Finally decided, and by decide I mean accept, I won’t need all those other chances I won’t get”, confesse ainsi Doug Martsch (Life’s A Dream). Plus enclin, désormais, à baisser le masque de la pudeur pour laisser transparaître ses états d’âme, l’ex-Treepeople n’en est que plus convaincant. Devant ce véritable retour en grâce, une évidence longtemps oubliée s’impose à nouveau : Built To Spill est encore et toujours bâti pour durer.
Matthieu Grunfeld
MAGIC RPM  #139


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