Built To Spill – Untethered Moon

(Warner Bros/import)

À quoi ça tient la réputation d’un groupe culte ? Alors que la formation de Doug Martsch (Treepeople, The Halo Benders) passe à la télévision chez David Letterman, son nouvel album sorti en grande pompe pour le Record Store Day ne se voit même pas distribuer en France. Autant dire que malgré une grosse poignée de fans hardcore en Europe, l’affaire ne fait toujours pas les gros titres.

Et c’est bien dommage tant cette formation à la progression discrète (seulement huit albums en un peu plus de vingt ans d’activité) et à l’effectif changeant fait encore sens aujourd’hui. Il suffit d’écouter les deux premiers morceaux d’Untethered Moon pour s’en convaincre et retrouver tout ce qui fait le sel de Built To Spill, dont la malchance a été d’arriver avec à peine quelques années de retard sur la double tête d’affiche (Pavement, Sebadoh) du grand rock (indépendant) américain au début de la décennie 90.

All Our Songs trace d’ailleurs des riffs sous forme de profession de foi rétrospective (“Rock’n’roll will keep us forever”) tout en plaçant un petit pont millésimé – cette scansion qui n’appartient qu’à eux. Avec Living Zoo, on entre dans le vif du sujet après une intro sautillante, comme une descendance lettrée de Dinosaur Jr slalomant entre les soli de guitares.

Des guitares, il y en a généralement trois à l’œuvre dans l’escadrille, sans jamais forcer sur la virtuosité et surtout sans jamais oublier les chansons. Quand le tempo se fait plus modéré (Some Other Song), on retrouve une tension jamais feinte, cette douleur transcendée des grands anxieux qui sait se muer en bonne saillie pop (Never Be The Same).

Familier aussi, le chant à vif de Doug Martsch (So), l’un des rares types avec J Mascis à avoir su développer le vocabulaire de Neil Young sans verser dans l’hommage pieux ou l’excès de naphtaline. En dernier lieu, When I’m Blind donne à entendre en un peu plus de huit minutes ce qu’aurait donné un Jonathan Richman s’il avait continué avec la formation électrique de The Modern Lovers. Franchement barré, mais assez glorieusement humaniste.

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