“Nous allons tous les deux sur nos vingt-cinq ans et savons enfin où nous en sommes, contrairement à l’époque de nos vingt ans.” L’aveu est de taille. Chez Jungle, tout est double (voix, instruments, effets) sauf le langage. Joshua Lloyd-Watson, alias J., ressemble à un héritier putatif de Peter Hook avec ses bottes de biker, son bomber et son chignon mongol (pour ne pas dire catogan). Tom McFarland, alias T., est un jeune homme rouquin, quelque part entre Tom McRae et Josh Homme. Les deux se connaissent depuis leurs dix ans et semblent encore et toujours en osmose pour parler d’une seule voix. Bon, évidemment, quand T. se lance dans une explication hyper détaillée de l’enregistrement de Pet Sounds (1966) de The Beach Boys, son album préféré avec What’s Going On (1971) de Marvin Gaye, J. consulte son téléphone portable et jette un regard mi-amusé, mi-complice à votre serviteur. Dans une relation en symbiose où chacun connaît le refrain, Josh et Tom ont d’abord été des petits voisins mitoyens dans le quartier londonien de Shepherd’s Bush – celui de The Who, Sex Pistols et The Clash. “Nos parents nous accueillaient l’un et l’autre. Même s’il ne s’est jamais rien passé entre eux, ma mère avait un faible pour son père, trop beau pour être honnête…”, se souvient Tom pour mieux faire rire Josh.
Surtout, au-delà des parties de football et des virées en skate dans le cadre du temps libre laissé par des bonnes études, vient dès douze ans le temps d’une guitare pour l’un, puis d’une seconde pour l’autre, histoire de jouer dans un groupe après le premier concert de leur vie au Shepherd’s Bush Empire (The Strokes en 2004). Plus tard, la vingtaine passée, Josh à la basse et Tom aux claviers font partie de Born Blonde, quintette post-britpop d’obédience The Verve qui est resté en rade après avoir été poursuivi par de gros labels. Retour à la case départ – dans une chambre aménagée en home-studio à force d’y accumuler du matériel – pour nos deux amis à la culture générationnelle “wikipédiesque”, amateurs de P-funk comme de krautrock et capables de passer dans la même phrase de Bon Iver à feu J Dilla. Fini alors le “jingle jangle” des guitares, place au groove mental post-Gorillaz de Jungle. Le projet se concrétise en 2013 sous la forme d’une paire de 45 tours parue chez Chess Club, Platoon/Drops et The Heat/Lucky I Got What I Want. Ces titres initiaux valent à Jungle de faire partie des quinze artistes recommandés pour 2014 par la radio nationale BBC, prélude aux premiers concerts dans son pays. La cinquième date a lieu aux Trans Musicales de Rennes en décembre dernier. Jungle aime la France, qui le lui rend bien puisqu’une demi-douzaine de dates ont suivi entre deux allers-retours aux États-Unis, sans que l’album soit encore sorti. Plusieurs gros festivals sont prévus cet été ainsi qu’une tournée hexagonale en fin d’année (au-delà du seul Pitchfork Music Festival Paris). Sur scène, cette soul électronique ne souffle plus le chaud et le froid. Elle annonce, en ces lendemains de mondial brésilien, une hausse tropicale des températures, d’autant plus bienvenue qu’elle est inespérée. Une véritable éclaircie, moins Jungle profonde qu’éventuelle Oasis.
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