Voilà 10 ans que le festival Variations sonde le clavier sous toutes ses formes et notamment les plus expérimentales. Cette année encore, le Lieu Unique, et Nantes plus largement, accueillent du 4 au 12 avril la fine fleur de l’avant-garde musicale internationale, pour une programmation éclectique autour du piano et du clavier. Voici les coups de cœur de Magic !
LA NÒVIA
Né en 2009 grâce à l’activisme du joueur de vielle à roue Yann Gourdon (également membre de l’incroyable trio rock de transe, France), La Nòvia est un collectif basé en Haute-Loire qui réunit des musiciens et musiciennes professionnelles explorant les frontières entre musiques traditionnelles (marches, bourrées, musique des montagnes d’Auvergne et du Limousin) et pratiques expérimentales (drone, électronique, immersions noise). À Nantes, ils transposent pour un ensemble d’instruments classiques et populaires (vielle à roue, cornemuse, banjo, etc.) des pièces du compositeur américain-mexicain Conlon Nancarrow (1912-1997), explorateur méthodique de phénomènes rythmiques complexes (polyrythmie, polytemporalité, canon de proportion, etc.), connu notamment pour ses Études pour piano mécanique. Au programme également, une commande à la musicienne électronique et artiste sonore française Jessica Ekomane.
Mercredi 8 avril 2026 au Pannonica, salle Paul Fort, à Nantes
20h
LOS THUTHANAKA
Hyper hypé en 2025 par tous les médias indie US, le duo formé par Elysia Chuquimamani-Condori Crampton et son frère guitariste, Joshua Chuquimia Crampton, mêle rythmes folkloriques d’Amérique du Sud (le huayño ou la kullawada), sonorités électroniques expérimentales (Dj-tags, synthétiseurs bit-crushed, samples de jeux videos, effets hyperpop) et rock psychédélique, dans un geste qui prolonge les luttes anticoloniales et anti-ecclésiastiques des Ayamara, la communauté autochtone des Andes boliviennes dont leur famille est originaire. Le festival nantais offrira l’une des rares occasions européennes d’assister à leurs transes modernes-primitives, filant à toute allure autant vers le futur (technologique, saturé d’information) que vers le plus lointain passé (des dieux, des rituels).
Jeudi 9 avril 2026 au Lieu Unique avec One Leg One Eye, Malibu et Tryphème
20h
EINSTÜRZENDE NEUBAUTEN + MEMORIALS
Toujours mené par Blixa Bargeld, le légendaire groupe allemand, considéré unanimement comme l’inventeur de la musique industrielle, poursuit au LU sa passionnante aventure bruitiste, mélodique et dadaïste. Mais c’est Memorials, le captivant duo formé par Verity Susman (Electrelane) et Matthew Simms (Wire), qu’on a très envie de voir le 10 avril, alors que vient de sortir leur nouvel album All Clouds Bring Not Rain, classique instantané entre art-rock mélodique et pop psyché, boucles hypnotiques et musique expérimentale. Imaginez Nico chantant avec Can sous la houlette de David Axelrod, et vous aurez une petite idée de l’esthétique déployée par les deux multi-instrumentistes, pourvoyeurs de voyages cosmiques et de vertigineuses immersions – à l’image de leurs concerts acclamés.
Vendredi 10 avril 2026 au Lieu Unique
20h
ACTRESS & SUZANNE CIANI
Alors que vient de sortir le premier volet discographique de Concrete Waves, la collaboration entre Suzanne Ciani, pionnière du synthétiseur modulaire Buchla, et Actress, géant de la modernité électronique avec son « R&B Concrete » – un savant agencement rythmique de sonorités brutes captées en milieu urbain -, le duo présente au LU une nouvelle performance immersive en quadriphonie à ne pas manquer. Quand les pulsations industrielles de l’Anglais Actress rencontrent les vagues analogiques déferlantes de la Californienne Ciani, on entend un duo idéal, chacun s’adaptant naturellement aux espaces, aux formes et aux intentions de l’autre, dans un moment d’écoute admirable et une grande liberté d’expression. D’oscillations aquatiques scintillantes en obscure dub-techno, du ciel étoilé à un hangar rempli de sub-basses, on est impatients d’entendre naître sous leurs doigts un nouveau paysage sonore.
Samedi 11 avril 2026 au Lieu Unique + Smerz + EYE & C.O.L.O
21h
SMERZ
Dans la ville imaginée par le duo norvégien Smerz (Henriette Motzfeldt et Catharina Stoltenberg) sur leur deuxième album Big City Life, des mélodies enjouées côtoient des confessions brumeuses, tandis que la diversité des styles (dream pop, electro, power ballads, shoegaze, trip-hop) reflète les nuances et les zones d’ombre de la ville (vie) moderne. Ces histoires de solitude, monologues intérieurs d’amour et d’amitié, retracent les parcours et les rituels de la femme urbaine, sur des productions brillamment ciselées, évoquant Tirzah ou Oklou. Autour de la voix singulière de Catharina Stoltenberg, à l’inquiétante impassibilité, Smerz déploie un univers fantasmatique aussi glaçant que romantique, onirique et espiègle aussi. On est très curieux d’en voir la transcription scénique au Lieu Unique le 11 avril.
Samedi 11 avril 2026 au Lieu Unique + Actress & Suzanne Ciani + EYE & C.O.L.O
21h
EIKO ISHIBASHI & JIM O’ROURKE
Entre expérimentation sonore, pop et compositions instrumentales, Jim O’Rourke (ancien membre de Sonic Youth, rénovateur de la musique pop-rock depuis les années 1990, prolifique expérimentateur électronique) et Eiko Ishibashi (compositrice des bandes originales de Drive My Car et Evil Does Not Exist) créent des paysages sonores subtils, intimes et profondément immersifs. O’Rourke apporte sa maîtrise de la production et de l’arrangement tandis qu’Ishibashi enrichit le projet de son jeu de piano et de ses textures vocales délicates. Ils joueront (ou pas) les pièces de Pareidolia, dernier album du duo, dont notre journaliste Gregory Bodenes disait récemment :
« D’un ambient qui tend vers le dark à une dissonance bruitiste, Ishibashi et O’Rourke en oublient de nous guider, de nous laisser des indices. Ce n’est pas sans raison si le titre de l’album fait référence à la paréidolie, ce processus énigmatique du cerveau à créer du sens à partir de formes aléatoires. La contemplation, ici, se fait abrasive, inconfortable et mal aisée, elle nous rejette autant qu’elle nous enserre dans ses griffes qui n’en sont pas. Tout n’est que faux-semblants, mirages sur le point de s’évaporer, fata morgana indociles. ».
Dimanche 12 avril 2026 au Pannonica, salle Paul Fort
16h30
KIM GORDON
Icône féministe et figure majeure de la culture indie, Kim Gordon est sans doute celle qui s’est le mieux sortie de la séparation de Sonic Youth, au fil d’une carrière solo captivante, marquée par la créativité et le refus des catégories. A 72 ans, elle embrasse la modernité en collaborant à nouveau (après The Collective, en 2024) avec le producteur angelino Justin Raisen (Charli XCX, Sky Ferreira, Yves Tumor) sur un troisième album, Play Me, resserré et abrasif, superposant des sonorités saturées à une production trap assumée. On sera évidemment curieux de voir comment Kim Gordon va mettre en scène Play Me, et heureux de revoir une artiste qui reste un modèle d’intégrité et d’audace artistique, forever young.
Dimanche 12 avril 2026 au Lieu Unique
19h00