Julia Holter (Something in the Room She Moves) bannière
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© Camille Blake

Elle a la réputation d’être exigeante, audacieuse, lettrée, inventive, surprenante, impressionnante. Ce sont ses productions qui le disent. Son dernier album en date, son sixième, "Something in the Room She Moves", même s’il est globalement plus accessible que son prédécesseur "Aviary" (2018), ne saurait contredire ces affirmations. C’est un disque méta où Julia Holter, jeune maman d’une petite fille, explore son rapport aux changements et autres bouleversements hormonaux. C’est un disque qui mélange les corps et les fluides. C’est un disque étonnamment joyeux et lumineux. Sensuel, dit-elle. Différent de tout ce qu’elle a pu produire jusque-là. Démêler sa psyché est une entreprise ambitieuse, à l’image de cette interview, labyrinthique.

Tu es de retour avec un nouvel album, Something in the Room She Moves. C’est un disque qui s’est fait très simplement ?

Oui, enfin non, ça m’a pris une éternité. Mais c’était circonstancié. Il y a eu pas mal de changements depuis la sortie d’Aviary en 2018. Je pourrais développer indéfiniment. Aviary était un disque tentaculaire. Une fois fini, j’ai eu le sentiment d’être allée au bout de tout ce que j’ai toujours voulu faire, et je suppose que cet album surpasse sur bien des points tout ce que j’ai pu faire auparavant. C’était un aboutissement pour moi. Difficile alors d’imaginer ce que je pourrais faire ensuite. La tournée qui a suivi cette sortie était elle aussi très ambitieuse. J’étais accompagnée de six musiciens sur scène. Pour une personne de ma notoriété, c’est beaucoup ! C’est sans doute très exagéré, mais ça m’a plu d’avoir mon big band. C’était mon fantasme. Ce fut une expérience très enrichissante mais aussi tellement fatigante. Je me suis demandé si j’écrirais à nouveau. C’est bizarre. Et puis, il y a eu le Covid. Au même moment, je suis tombée enceinte. Créativement parlant, j’étais paralysée. Dès le début de ma grossesse, les effets des hormones ont été si intenses… Je n’avais jamais rien ressenti de tel, ça m’a mise hors de moi. Je ne pouvais pas me résoudre à écrire quoi que ce soit. J’étais habitée d’un sentiment assez primal, obsédée par le besoin de prendre soin du corps. C’était très désagréable car je n’ai jamais été particulièrement connectée à mon corps. Je suis plus cérébrale que ça. Quoi qu’il en soit, c’était une telle transformation pour moi de penser à mon corps tout le temps ! Je suis quand même parvenue à faire la musique de deux films en 2020, juste avant la pandémie. Mais je ne lisais plus. C’était vraiment trop perturbant.

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