Aldous Harding distille depuis 2014 une discographie d’une classe inouïe, miroir d’une façon d’être au monde hypersensible, décalée et économe en propos explicites. Magic a cherché la clé de ce parcours artistique impeccable dans les quelques interviews, réputées cryptiques, qu’elle a données en douze ans, puisqu’elle n’en accordera pas pour "Train on the Island".
Le privilège du journaliste est d'avoir accès à deux types d'enchantements avec les musiciens. Celui de la musique à écouter, comme tout auditeur. Celui du contact direct avec l'artiste qui, selon ses désirs, sa personnalité, l'analyse de ses intérêts du moment, vous aidera à comprendre d'où vient le miracle de son inspiration. Prenez Natalie Mering, alias Weyes Blood. Elle est si présente à l'échange que vous voyez quasiment son circuit de neurones se mettre en marche en temps réel pendant la question, pour aboutir à des réponses quasi instantanées où l'intime, le global, l'artistique, le trivial, auront été digérés en une fraction de seconde. Aldous Harding offre à ses interlocuteurs un type d'expérience quasiment contraire. Ses silences sont légendaires. Ses choix de rouler une cigarette, le temps de faire émerger une