Beyond the Pale
Jarv Is...
Beggars

Jarv Is…, Cocker à son meilleur

Jarvis Cocker publie le plus réussi de ses albums post-Pulp. Un retour en groupe et en groove pour celui qui fut la tête, la voix et le déhanché du plus chic des grands noms de la britpop.

S’attribuer des disques d’or imaginaires… Est-ce un aveu de défaite ou bien un léger coup de pouce ? Jarvis Cocker l’a fait, et dirait sans doute qu’il y a deux bonnes réponses. En 2015, fâché avec la musique et éloigné des studios depuis plusieurs années, l’ex-leader de Pulp avait monté une exposition où trônaient une vingtaine de faux 45-Tours faits maison, enrobés d’or et d’imposture. Un pied de nez à son inspiration en berne, lui qui peinait à approcher en solo – The Jarvis Cocker Record (2006), Further Complications (2009) – les hauteurs atteintes avec le groupe de Sheffield qu’il avait commandé de 1978 à 2002 et auquel il avait tout donné : ses gesticulations d’escogriffe, son génie pop, sa plume intello, prolo et complexée et ses fantasmes sur l’oreiller.

Après ce crochet par la galerie d’art, l’album Room 29 (2017) susurré sur le piano de Chilly Gonzales laissait entendre un Jarvis Cocker de salon, caustique et méditatif. Mais pas encore tout à fait à sa place. C’est désormais chose faite avec ce Beyond the Pale signé Jarv Is…, alias d’une famille élargie qui englobe, entre autres, Serafina Steer à la harpe et Jason Buckle aux synthés. Réunie depuis fin 2017, la troupe a mis à profit deux années de concerts épisodiques (dans des grottes parfois !) pour mettre en chantier son répertoire et enregistrer en live les fondations de l’album, épaissies plus tard en studio.

Jarvis Cocker en mode Leonard Cohen

Au programme : une ouverture déguisée en Leonard Cohen (le troublant Save the Whale), du space rock rupestre (Must I Evolve?), une astuce de la langue anglaise convertie en rave party vécue par procuration (House Music All Night Long) ou encore une transe pétrifiée à la Grinderman (Sometimes I am Pharaoh).

Oui, le disque indique des tas de directions et ses étapes sont longues – beaucoup de morceaux au groove hypnotique au-delà des cinq minutes. Mais qu’importe, puisque pour la première fois en presque vingt ans, Jarvis Cocker ne roule plus sur la réserve.

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