Alors que les Transmusicales se profilent, focus sur sept promesses qu'on retrouve à l'affiche de cette nouvelle édition de l'institution rennaise. Avec Home Counties, MJ Nebreda, Verde Prato ou encore Slate.
DOG RACE / jeudi 5, 23 h 30, hall 4
De ces Londoniens originaires de Bedford (106 000 habitants et aucun groupe de rock connu !), on ne sait pas grand-chose mais, non pas au vu mais à l’entendu du peu de morceaux disponibles sur les plateformes de streaming (It’s the Squeeze,There’s a Mouse in My House et The Leader), de l’urgence qui se dégage de leur électro-rock influencé par le post-punk et de la voix de leur chanteuse – Katie Healy –, on subodore un truc pas très catholique et bien énervé qui donne absolument envie de les voir de visu sur scène pour leur première date française. La presse britannique décrivait cet été leur son comme un croisement entre Bauhaus, Klaus Nomi et Kraftwerk… Okay, mais alors en nettement plus barré. Ce quintette (une fille, quatre garçons) bénéficie d’un flatteur et constant bouche-à-oreille sur scène. On a rejoint les 788 abonnés de leur chaîne YouTube : on devrait vite se multiplier par 1000. F. R.
SLATE / jeudi 5, 1 h 05, hall 4
L’Angleterre ? C’est vu et revu. L’Irlande ? C’est banal. L’Écosse ? Un peu dans l’ombre, mais pas tant. Il reste quoi, alors, pour découvrir des pépites made in UK ? Le Pays de Galles, nous répondraient les membres de Slate s’ils se trouvaient dans le même bureau que nous. Derrière ce nom, quatre jeunes Gallois d’à peine plus de 20 ans et dont les influences parfaitement digérées en ont au moins le double. Noise, post-punk, shoegaze, rien qui ne révolutionne vraiment le milieu, mais rien qui ne laisse pas entrevoir un futur très intéressant. On va en tout cas les suivre avec attention. Premiers éléments de réponse lors de leur set aux Trans, debut concert français quelques mois après la sortie d’un premier EP, Deathless. J. V.
VERDE PRATO / vendredi 6, 17 h 45, UBU (gratuit)
Originaire du Pays basque espagnol, Verde Prato est l’une des plus intrigantes promesses de cette édition 2024 des Trans Musicales. Derrière ce nom, Ana Arsuaga bricole depuis 2021 une pop troublante, mélancolique et érotique à la fois, une folk adjointe de beats électro quasi krautrock. Inspirée par les Bertsolaris, poètes improvisateurs de la région, Ana déconstruit et réadapte le folklore tout en chantant en langue basque, dernier isolat européen, avec une voix captivante et protéiforme. Une Kate Bush d’Euskal Herria, seule sur scène entourée de ses machines comme seuls déchirements de son intemporalité. J. V.
HOME COUNTIES / vendredi 6, 3 h, hall 8
Comme on l’expliquait dans notre hebdo du 3 mai dernier, Home Counties donne à entendre «ce que serait LCD Soundsystem si James Murphy avait vu le jour dans un patelin de l’Hertfordshire». Ces purs produits de la région des… home counties, soit la grande banlieue londonienne en voie d’être corrompue par la gentrification, doivent être un incontournable de votre passage aux Trans si vous êtes férus de tout ce qui ressemble un peu au punk mais pas trop, avec des synthés partout, et qui donne envie de danser sur des chansons traitant de propriétaires immobiliers véreux, de la fear of missing out et «de toutes les mondanités de la vie quand on n’a que vingt-cinq ans et qu’on emménage pour la première fois de sa vie seul dans une grande ville». J. V.
TAAHLIAH / vendredi 6, 3 h 30, hall 2
Compagnonne de route de la défunte SOPHIE, écossaise comme elle, la productrice Taahliah marie musiques de club et hyperpop, alternant boumboum déluré et caresses sucrées. Sa page d’artiste Spotify nous prévient d’ailleurs : «Le monde est dur, mais je suis douce comme un ange». Après avoir cartonné pas mal de monde avec ses DJ sets – notamment une très bonne Boiler Room, elle vient de sortir Gramarye, son premier album, mi-octobre. Et on a hâte de voir comment se déclinera cet album électronique sur scène. Jetez une oreille au single Boys, qui évoque très fortement Charli xcx. De quoi faire souffler un vent de brat winter aux Trans Musicales. M. C.
MJ NEBREDA / samedi 7, 1 h 20, Hall 5
Avec la venue de la djette et productrice MJ Nebreda, qui fusionne dans un shaker électronique des éléments de pop festive, de cumbia, de reggaeton et de salsa cubaine nommée guaracha, le festival rennais renoue avec son glorieux préfixe. Figure du néoféminisme queer et de la sainte trinité LGBTQIA, celle qui est aussi chanteuse et rappeuse est une version latino-étasunienne et subversive de Rosalía, qui mixe la fureur endiablée du groove sud-américain avec de l’électro sauvage et des punchlines dominatrices. À l’image de ses origines diverses et de son amour du métissage sous toutes ses formes, ses hits de «raptor house» sont un genre de reggaeton sous amphétamines dont la fusion sauvage et débridée de groove caribéen furieusement sexuel et de deep-house enivrante venu tout droit des bidonvilles de Caracas, et de sa jeunesse désabusée en recherche de liberté et de sensations fortes. M. J.
BABA ALI / dimanche 8, 00 h 10, UBU
Baba Ali, c’est un chanteur américain impavide, originaire de New York, Baba Doherty, associé à un guitariste britannique, Nik Balchin. Les deux se sont installés à Londres pour développer une musique qui pulse, emprunte au disco, à la new wave et au funk, et donne envie de tournoyer les bras en croix et les yeux scotchés sur une boule à facette (écoutez leur «tube» : Black Wagon). Avec ce petit truc un peu sombre, très mélancolique qui semble en faire de dignes émules de New Order et LCD Soundsystem (dont ils ont repris sur scène Daft Punk Is Playing at My House). Et pourquoi ça nous chauffe de les voir aux Trans 2024 ? Hé, les filles ! Hé, les gars ! Pourquoi ? Parce qu’on a envie de danser les bras en croix et les yeux scotchés sur une boule à facettes jusqu’au bout de la nuit rennaise, en s’injectant du chouchen pour tenir le coup. F. R.
Par Martin Cadoret, Maxime Jammet, Frédéric Rapilly et Jules Vandale