Exploration du bas-pays
Mougel Vincent
Autoprod

Chronique : Mougel Vincent, perché concerné

Avec ses comptines du bas monde qui appellent à l'élévation, le Français Vincent Mougel croise simple appareillage et virtuosité funambule.

Suspendu sur une branche d’arbre, les pieds au-dessus du vide, comme en lévitation au milieu d’une forêt bruissante, au vert changeant selon le passage des nuages devant le soleil, Vincent Mougel interprète – guitare-voix, chants d’oiseaux et vol d’avion – les chansons enregistrées-filmées de son nouvel EP dans ce simple dispositif – plan-séquence, impression rétinienne durable –, hors de tout carcan technologique sinon celui de la caméra et de son micro, et la captation in situ (par Thierry Bellia) sied merveilleusement à ses chansons écolos, concernées, inquiètes. «C’est la dame de la cantine qui décide de fourrer nos cordons bleus à l’acide» (Tête ailleurs). Confiant son trouble à l’auditeur, à ses enfants, à lui-même, il le fait live (rarement spectacle n’aura été aussi vivant), en virtuose de la guitare nylon, de la vocalise soul et de la comptine sophistiquée, évoquant là Dirty Projectors (Tu me croiras pas), ici Caetano Veloso (Petit Autobus) ou Dick Annegarn (En bad) et son plus beau disciple français, Mathieu Boogaerts. Ce n’est sans doute pas un hasard si Vincent Mougel accompagne sur scène l’auteur d’Ondulé et de Michel : ils partagent le même sens du rythme funambule, de la langue percussive, de l’ellipse voyageuse. Ici perché dans la verdure, mais plus terrestre que jamais («Est-ce mon DX7 ou la prise internet qui génère des ondes néfastes pour le monde / Une petite musique d’ambiance paranoïde, pour oublier qu’on danse au bord du vide», sur En bad), le multi-instrumentiste à la scandaleuse virtuosité (qui a également accompagné Herman Dune, This Is the Kit, Les Innocents, Clair ou la clique des Disques Bien) délaisse tous les artefacts (sinon sur trois «syntherludes» de cette «petite musique d’ambiance paranoïde» donc) pour se présenter dans ce plus simple appareillage, à la fois désolé et débordant de vitalité, en un moment qui ne se reproduira pas, pour nous regarder droit dans les yeux, au cas où on aurait la tête ailleurs.

SORTIE NUMÉRIQUE LE 02/02/2024

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