Solo Piano III décline dans un ultime volet la série phare du pianiste multifacette. Une œuvre qui livre le secret d’une musique érudite mais invariablement pop.

 

C’est aux studios Ferber, sur les hauteurs du XXe arrondissement de Paris, que «Gonzo» nous reçoit. À l’endroit même où, quatorze ans plus tôt, l’inénarrable Canadien enregistrait en cachette son premier Solo Piano, entre deux passages derrière la console pour produire Feist. Assis dans un sofa, les pieds glissés dans une paire de chaussons, l’homme a laissé ses peignoirs de soie au vestiaire. Le sourire timide mais la verve intarissable, il a joué, à l’image de sa musique, la carte de la transparence.

Ce troisième volet marque-t-il la fin du concept Solo Piano ?

Je crois que c’est la fin de la trilogie, oui. Si je continue à pousser dans cette direction, je ne serais plus dans la pop. Commercialement et au niveau des médias, les deux premiers volumes sont vraiment à part. Si j’étais un mercenaire capitaliste, je ne ferais que ça. Mais j’aime bien suivre mon subconscient. Je vais sans doute continuer à jouer seul au piano mais ça s’appellera autrement.

La dernière piste de ce nouvel album s’intitule The Secrets of Solo Piano III. Vous y décortiquez l’aspect technique de votre musique. Vous n’aimez pas garder un peu de mystère autour d’une œuvre ?

Je crois qu’il faut donner du contexte pour toucher les gens. Le public écoute la musique autrement quand il se sent proche de l’artiste. Mais au-delà de la technique, mes morceaux ont tous une naissance un peu magique. C’est pareil quand je décortique les morceaux pop sur YouTube (ses Pop Music Masterclass, ndlr.). Quand je dis que Daft Punk utilise un arpège, ce n’est pas pour dire que toi aussi, en faisant pareil, tu vas avoir un tube. La raison pour laquelle c’est un tube, je ne peux pas l’expliquer. Il m’est arrivé de lire des tweets qui disent « Génial ! Gonzales explique pourquoi « Can’t Feel My Face » est un tube. » Mais non, ce n’est pas vrai… J’aime juste montrer qu’il y a des outils musicaux qui traversent les styles et les époques. On est dans une espèce d’humanisme musical.

Comme les précédents volumes, la prise de son de Solo Piano III est pleine d’aspérités. Est-ce une autre manifestation de votre obsession pour la transparence ?

J’aime bien qu’on entende mes doigts danser sur les touches. La pop et le rap sont des musiques vivantes. En revanche, une bonne moitié du jazz commence à entrer au musée. On veut garder cette musique congelée dans le temps, on cherche à la mettre dans une vitrine. Et c’est là que pas mal de gens font une mauvaise association entre révérence et un son trop clean. Pourtant, ce n’est même pas le cas du bon jazz qu’on aime. Dans les années cinquante, les enregistrements avaient beaucoup plus d’atmosphère. On entendait la pièce. C’est ce que j’essaie de faire en mettant les micros plus proche des marteaux.

Propos recueillis par Jérémy Pellet

Un autre long format ?