En ce mois de mars 2026, Morrissey sort un nouvel album, "Make-up Is A Lie" (toujours ce goût des aphorismes abrupts en guise de titres) et sa dixième chanson est intitulée "Lester Bangs".
Lester Bangs comme le nom du critique rock de Rolling Stone, Creem et The Village Voice (1948-1982) qui a fait entrer dans la littérature cette pauvre activité qu’est le fait d’écrire dans des revues pour adolescents (authentiques ou attardés) imprimées sur du mauvais papier à propos de musiciens dont jamais aucune prose, fût-elle nourrie de poésie, de style et de mauvais goût, ne pourra jamais saisir la pleine puissance électrique.
L’ex-chanteur des Smiths n’est d’ailleurs par le premier à rendre ainsi hommage en chanson au barde décati de Creem Magazine. Les Ramones l’avaient déjà fait de son vivant, en 1981 avec It’s Not My Place (In the 9 to 5 World), dernier titre de la face A de leur sixième album Pleasant Dreams, un hymne bodiddleyien à tous ces gamins en rupture auxquels les Ramones et Bangs s’adressaient et qui rêvaient de « traîner avec [lui] ». Le titre eut droit à une plaisante vidéo pleine de types chauves en costard passant à travers des portes à tambour, entrecoupés par des images du groupe en playback, et de Joey Ramone en costume cravate et attaché-case qu’on voyait se libérer de ses chaînes devant les passants éberlués d’une rue de Manhattan.
Lester Bangs, entre temps décédé et tout juste embaumé par Greil Marcus dans le recueil Psychotic Reactions and Carburetor Dungs, avait ensuite resurgi dans les paroles de It Is the End of the World As We Know It (And I Feel Fine), single de REM de 1987 où, se remémorant une fête qu’avec Peter Buck il avait passée à New York avec le fameux journaliste au début des années 1980, Michael Stipe avait associé son nom à celui d’autres figures du 20ème siècle avec lesquelles il partageait les mêmes initiales (Leonard Bernstein, Leonid Brejnev et Lenny Bruce), dans une énumération en écriture automatique aussi absurde que marquante – avec le temps, le titre est devenu une figure imposée des concerts du groupe, et il a même connu un surprenant retour de flamme commercial en 2020 lors du premier confinement contre la pandémie de COVID-19.