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27 septembre 2018
Tom Rocton (The Married Monk) : « Mon entre-deux bizarre »
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Tom Rocton (The Married Monk) : « Mon entre-deux bizarre »

Le répertoire de The Married Monk sur son album Headgearalienpoo doit beaucoup à la patte du dernier membre du groupe recruté par Christian Quermalet, Tom Rocton. Avant le concert parisien du groupe, ce soir au Café de la danse, le multi-instrumentiste de 37 ans raconte à Magic son histoire avec les MM, qu’il écoutait pendant ses années lycée.

 

Te souviens-tu de ta rencontre avec Christian Quermalet ?

Oui, je jouais avec le groupe Manuel Étienne à Nancy et on avait demandé à Christian de réaliser notre album, en 2016. J’ai rencontré Christian pour la première fois quand il est venu assister aux cinq jours de prise. Manu et moi, on était déjà très fan de The Married Monk. J’étais un peu intimidé. Lui aussi étant un peu timide, notre rencontre a été un peu gauche au départ. On a peu échangé pendant les séances de studio : c’était hyper studieux et pro. On était là pour mettre un album dans la boite, donc on allait à l’essentiel. Le soir en revanche, on a beaucoup discuté, on s’est découvert des points communs… Pour moi ce fut une vraie surprise quand il m’a proposé de rejoindre le groupe, je ne m’y attendais absolument pas et ce n’était pas dans mes projets. On a enregistré l’album de Married Monk dans ce même studio, le Downtown Strasbourg.

Raconte-nous le moment où il t’a demandé de rejoindre le groupe.

Un moment super étrange pour moi. J’étais en toute fin de lycée quand j’ai acheté R/O/C/K/Y et The Jim Side… Donc tu imagines. J’ai reçu un texto de Christian un soir à 23h30, pendant la période où il mixait Manuel Étienne. Il m’explique qu’il a des morceaux en stock et qu’il aimerait que je bosse dessus. Pour te dire, à ce moment-là je me demande s’il ne s’est pas trompé de destinataire… Le mot Married Monk n’est pas encore prononcé. J’ai pris la nuit pour réfléchir à quelque chose qui était tout réfléchi. J’ai reçu les maquettes de quelques morceaux dans la foulée. C’est après ces semaines avec les maquettes qu’il m’a dit vouloir refaire un disque de The Married Monk.

« Travailler dessus » : ça peut vouloir tout dire. Que te demandait-il exactement ?

Il m’avait fréquenté en studio et savait que j’étais plutôt couteau suisse. Pour Manuel Étienne j’avais fait toutes les guitares, tous les claviers, tous les arrangements de cuivre et de cordes. J’avais joué les trombones aussi (ndlr., son instrument dans l’Orchestre National de Lorraine)… Mais je ne connaissais pas son attente réelle et je n’osais pas toucher aux morceaux. J’écoutais les morceaux, je les trouvais chouettes mais je ne savais pas s’il fallait que je réenregistre dessus, ou s’il fallait que j’attende qu’on se voit au studio… J’ai laissé passer une petite quinzaine de jours et puis j’ai fini par l’appeler pour lui demander si je pouvais réenregistrer sur les maquettes. Il m’a dit que oui, elles étaient là pour ça. Donc je m’y suis mis pour de vrai et ça a donné des choses qui sont sur Headgearalienpoo (paru en mai).

A quels instruments ?

Ça dépend des morceaux mais j’ai fait une bonne partie des guitares et une grande partie des basses, quelques claviers mais Christian s’en est plutôt chargé. Et puis des synthés, des textures… La méthode de travail en studio était inhabituelle pour moi mais super intéressante. Le matin, on enregistrait les squelettes des morceaux, basse/batterie/claviers avec moi à la basse. L’après-midi, il y avait souvent un espèce d’atelier éclaté où tout le monde cherchait des idées et les proposait ensuite. J’ai un peu touché à tout, j’ai rempli mon rôle de couteau suisse.

“Couteau suisse” est-ce que l’expression n’est pas un peu légère quand on a un tel impact sur la musique du leader ?

Oui c’est peut-être un peu réducteur mais c’est une manière de dire que j’ai juste essayé d’apporter ce que je trouvais pertinent. Moi ça me parait toujours un peu étrange de me retrouver là…. même si Christian et moi avons bien énormément de goûts en commun dans toutes les formes de musique, du classique à la pop, jusqu’au cinéma… Travailler ensemble coulait de source. Je considère vraiment les instruments comme ils sont, c’est-à-dire un moyen pour aller quelque part. Personne n’est passionné par un tournevis, les gens sont passionnés de ce qu’ils font avec.

Lui affirme t’avoir repéré assez vite. Tu t’en es rendu compte ?

Pas du tout. J’avais une admiration et un respect énorme pour Christian mais ça ne m’aurait jamais traversé l’esprit de me vendre. J’étais là pour mettre dans la boîte le disque sur lequel on bossait. Tant mieux si le courant passait bien entre nous. Je n’avais pas de CV à valoriser. Ça a été une vraie surprise quand il me l’a proposé.

Comment The Married Monk est entré dans ta vie d’auditeur ?

Par la presse musicale à l’époque. Je fréquentais la médiathèque de la ville du Mans où je suis né, je regardais les albums chroniqués et j’essayais d’embarquer tout ce que je trouvais à la médiathèque. En général, les grosses têtes de gondole n’étaient jamais disponibles. Je me retrouvais à prendre des disques plus obscurs et c’est comme ça que j’ai pris Jim Side (1996) en CD. La mode était aux grosse guitares. Mais là, non, j’avais une musique très réfléchie, construite, pas électrique, ça m’avait beaucoup marqué. Derrière j’ai pris R/O/CK/Y (2000) dans les gencives. Il avait été enregistré chez Jim Waters et j’écoutais beaucoup les Little Rabbits à l’époque. The Married Monk était un groupe star pour moi, je ne faisais pas la différence avec des groupes qui jouaient dans des stades, je n’avais pas conscience de l’humanité derrière tout cela.

Après ?

Je suis souvent revenu à ces deux disques. J’avais un peu décroché au moment de The Belgian Kick (2004) pour une raison que je ne m’explique pas. Christian est un des premiers noms qui est sorti quand on a cherché un producteur pour Manuel Étienne. C’est à ce moment là que j’ai recommencé à écouter tous les disques, en disséquant vraiment comment c’était fabriqué, et ça a été de nouveau le coup de coeur.

As-tu la sensation d’avoir fait évoluer ce son ?

C’était un peu la corde raide sur laquelle j’avais l’impression d’être. Je devais chercher à apporter des choses qui me passaient par la tête et en même temps de ne pas trahir la musique. C’était un entre-deux bizarre entre le gros respect et l’admiration que j’ai pour une discographique que je ne voulais pas altérer et mes idées. J’ai fini par me dire : “Peu importe que ça colle ou pas, il faut faire les choses”. Il y a plus de guitares mais je ne trouve pas ça extrêmement flagrant. Il y a des arpèges qui n’étaient pas forcément là dans les disques d’avant, c’est un peu ma patte là-dedans. J’ai aussi découvert des tas de chose avec « Mitch » (Jean-Michel Pires) et Christian. Ils sont hyper attentifs aux textures des morceaux, ils ne pensent pas forcément les choses en termes de mélodies et d’harmonie mais en terme de densités, d’équilibres de fréquence. C’est une manière d’écouter que je n’avais absolument pas. Il a fallu que je comprenne, que je m’adapte et ça m’a apporté énormément.

Tu as à la fois un très fort bagage classique et un pedigree rock. Comme cela s’est construit ?

J’ai commencé la musique assez tôt à l’école de musique. Moi qui avais grandi avec les Beatles et les vinyles de mon père, je me suis mis à découvrir la musique classique, j’ai appris le trombone. Ça m’a plu au point d’avoir l’envie furieuse d’en faire mon métier. Donc j’ai suivi le cursus de musique classique jusqu’au conservatoire supérieur à Lyon. J’ai été intermittent dans les orchestres un peu partout en Europe avant d’entrer à l’orchestre national de Lorraine. En parallèle j’ai appris à jouer de la guitare tout seul et j’ai toujours joué dans des groupes jusqu’à mes 14 ans. Le deal était que les deux facettes se complétaient. Je suis incapable d’être tranché, les deux me nourrissent vraiment. Une de mes forces est d’avoir accès à l’écriture de partition et à la spontanéité qui relève d’une certaine forme de je-m’en-foutisme quand je joue de la guitare qui m’a aussi beaucoup apporté pour le trombone.

Tu es un Married Monk. Pour combien de temps ?

Je n’en sais rien, j’aurais tendance à dire que j’y resterai tant qu’ils voudront bien de moi et que j’aurai quelque chose à apporter. Pour l’instant je suis dans mon enthousiasme. En studio, j’ai eu l’impression d’être enfermé dans un coffre à jouets où j’ai pu essayer plein de choses. L’appréhension de départ à rejoindre un groupe qui se connaissait bien a disparu. Je ne me pose pas la question. Je veux monter sur scène et jouer le répertoire de The Married Monk.

Entretien et photo : Cédric Rouquette

En concert ce soir au Café de la Danse à Paris et le 17 novembre à La Carène à Brest dans le cadre du Festival Invisible
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