Interviews
12 juin 2019
Cat Power, retour à Paris de « Super-Woman »
Partager sur Facebook Partager sur Twitter

Cat Power, retour à Paris de « Super-Woman »

Programmée en ouverture du festival Days Off le 4 Juillet, Cat Power faisait la couverture de notre numéro de rentrée 2018. L’Américaine nous avait expliqué la genèse de son album Wanderer et de son évolution en tant qu’artiste reconnue internationalement depuis ses débuts en 1995. Nous reproduisons un extrait de cet entretien pour célébrer son retour en France.

 

Tu fais de la musique depuis plus de vingt ans. Cela ressemble à une vraie carrière. Te sens-tu devenue «professionnelle» ?

J’ai toujours été professionnelle. Quand j’ai arrêté de boire pour noyer mon chagrin il y a des années pour continuer à fonctionner comme une musicienne, c’était professionnel. Mais la société n’a pas évolué ni questionné sa responsabilité dans l’établissement des normes en général, notamment en ce qui concerne le professionnalisme. Elle n’a pas changé d’un iota alors que le monde bouge constamment. Les normes doivent être destituées pour être réinventées.

Mais tu sembles plus à l’aise sur scène aujourd’hui qu’à tes débuts…

Quand j’étais jeune, je pensais que les chansons étaient si importantes que mon visage, mon corps, ma posture en souffraient. Quand je suis devenue sobre, j’ai dû regarder en face des choses que je ne voulais pas voir. Pour l’album The Greatest, je n’avais pas de guitare ou de piano derrière lesquels me cacher. Je ne savais pas quoi faire de mes yeux, de mes mains. Il fallait que je m’occupe autrement, que je chante vraiment. C’est là que j’ai vu pour la première fois le public. C’était lui et moi qui importaient, plus que les chansons. Les reprises, que ce soit de Johnny Cash ou de James Brown, m’ont aussi donné confiance. Pour la première fois, j’aimais réellement chanter. Comme quand j’avais 6 ans et que je fredonnais des hymnes, pleine de joie.

Dans les artistes récents, qui apprécies-tu particulièrement ?

Frank Ocean, pour son songwriting et sa voix si pure, si sensible. Lana Del Rey pour sa présence intrépide et son énergie qui illumine tout. Et Nick Cave. Skeleton Tree (2016) est un chef d’œuvre à plusieurs niveaux, notamment humain. J’ai repris Breathless. On s’est rencontrés il y a longtemps en Australie, il m’avait demandé de faire sa première partie. Quand j’ai arrêté de boire pour tuer mon chagrin. Puis on s’est revu et on est devenu amis. C’est sa femme qui a créé la robe que je porte sur la pochette de Wanderer.

Sur Instagram, tu sembles avoir un lien privilégié avec tes fans. Quelle place occupent-ils dans ta créativité ?

Quand j’avais 12 ans, je pensais que Bob Dylan, c’était la vie. (Elle se met à chanter Subterranean Homesick Blues : «Johnny’s in the basement / Mixing up the medicine / I’m on the pavement / Thinking about the government»). C’était du hip-hop, des histoires, de la prise de conscience, de l’information… «Bobby» m’apprenait tout. Pendant des années, j’ai à mon agent de booking d’envoyer des mails à Dylan pour jouer avec moi en tournée. Chaque année, je vérifiais. Les messages à Bob étaient bien partis et tout le monde me croyait folle. En 2007, j’ai fait une couverture pour Jalouse et L’Officiel et j’ai vu que Dylan jouait à Paris. J’ai dit à mon management : «OK je le fais mais à condition de rencontrer Bob à Paris.» Ils ont dit : «Et merde», mais ils ont réussi. Le manager de Dylan a répondu : «Bob aimerait rencontrer Chan.» Je suis donc allée au concert à Bercy, et après le show, je l’ai retrouvé en backstage. Là il m’a regardée des pieds à la tête et m’a balancé : «Voilà nous nous rencontrons enfin. J’ai bien eu tous tes appels». Dorénavant Instagram et les réseaux sociaux peuvent rendre plus faciles les rencontres avec les personnes qui vous envoient des appels. C’est ce qui fait leur puissance et leur beauté : connecter de parfaits inconnus.

Comment te vois-tu dans dix ans ?

J’aimerais écrire des livres. J’écrivais des fictions à 12 ans. Puis de la poésie, ado. Mais je ne sais pas où le futur me mènera. C’est un luxe de vivre dans un monde industrialisé, en me sentant en sécurité, avec de l’eau potable et des vêtements propres (enfin pas aujourd’hui, ils sont un peu sales, rires, ndlr). S’il y a bien une chose dont je suis sûre, c’est que je ne tiens rien pour acquis.

 

L’intégralité de cet entretien se trouve dans le n°211 de Magic.

ENTRETIEN : VIOLAINE SCHÜTZ

PHOTOGRAPHIES : JULIEN BOURGEOIS POUR MAGIC

Partager sur Facebook Partager sur Twitter