Orcas – Yearling

“Quelle magnifique transformation”, voilà certainement ce que s’écrieront les trop rares mais éclairés amateurs du duo américain Orcas après une première écoute de Yearling. Il faut dire que ces amateurs connaissent les effets hypnotiques et apaisants de l’introductif Orcas (2012) mais aussi d’Hymnal (2013), le quatrième effort solo de Benoit Pioulard, électronicien et chanteur évanescent du binôme. Ils gardent presque jalousement le secret d’œuvres qui accompagnent fréquemment leurs rêvasseries nocturnes. À l’instar de nombreux bons disques confidentiels, si l’impact commercial de cette musique électronique tranquille aux reflets de pop éthérée et mélancolique (dans le sens romantique du terme) a été modeste, sa profondeur a laissé des traces durables et suscité des emprunts. À l’heure de l’enregistrement du redouté second album, enrichi par son expérience de la scène, le tandem opte pour l’expansion au risque d’alourdir un travail tout en dentelle, de rompre un équilibre délicat et de dissiper le sortilège. Heureusement sont venus se greffer le batteur et poly-instrumentiste Michael Benjamin Lerner (Telekinesis) et le Danois Martyn Heyne du collectif Efterklang, accompagnateur régulier de la doublette.

Un apport d’énergie (contrôlée et retenue) qui a poussé Rafael Anton Irisarri à faire en sorte que le chant subaquatique de ses machines se diversifie, regagne la surface et la lumière, s’éloignant des blocs de brouillard numérique et abstrait qui caractérisent son travail sous l’alias The Sight Below. Dès les premières mesures de Petrichor – nom savant donné à l’odeur du sol après la pluie –, on comprend que le quatuor nous embarque dans un confortable voyage où, pouvant compter sur une matière plus structurée et chatoyante qu’auparavant, la voix caressante de Pioulard peut enfin déchirer le voile de gaze (Infinite Stillness), charmer et cajoler comme celle d’Eric Matthews (Half Light, An Absolute) ou devenir elle-même un instrument (les somptueuses Selah et Capillaries). Invitation – comme l’atteste la pochette – à attendre l’aurore pour assister à l’éveil de la nature et prêter attention au chant de la terre, on souhaite que l’élégante beauté de Yearling sorte le groupe de cette satanée confidentialité même si l’on devine que la transformation du travail d’Orcas n’est pas encore totalement achevée.


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