Sister
Ultraísta
Partisan

Ultraísta : le développement durable de la pop

"Sister", deuxième effort du trio emmené par la voix de Laura Bettison, dessine un avenir radieux à la pop.

Si Sister d’Ultraísta n’avait été désigné coup de cœur, et si donc la présente chronique avait perdu 75 % de son lignage, elle aurait été articulée autour de la comparaison suivante : imaginez Trish Keenan, la regrettée chanteuse de Broadcast, invitée à enregistrer Kid A dans un Radiohead où le batteur Phil Selway aurait dû céder sa place à Tony Allen. Vous l’avez ? Voilà, à quelques nuances près, le programme, satisfait ou remboursé, que nous vous proposons à l’écoute du deuxième album du trio éphémère formé de Nigel Godrich, Laura Bettinson et Joey Waronker.

On ne sait d’ailleurs pas trop dans quel ordre il faut aligner les noms pour donner une juste perception du son du groupe. Les apports propres des trois musiciens écartèlent la proposition onirique d’Ultraísta entre trois pôles d’égales brillance et influence. Chaque écoute peut être opérée du point de vue d’un des trois membres fondateurs et donner trois lectures différentes d’une même histoire, sans porter atteinte à la globalité du son. 

Nigel Godrich est le plus fameux des trois. Le producteur quasi mythique de Radiohead depuis bientôt un quart de siècle, multi-sollicité par les plus grands (Beck, The Divine Comedy, Paul McCartney, U2, R.E.M., Air, Charlotte Gainsbourg, Thom Yorke en solo), affirme avoir «construit une navette spatiale avec des allumettes» pour faire émerger le deuxième disque d’Ultraísta. L’ingénieur du son et claviériste britannique a eu la lourde tâche de trier, assembler, cimenter les dizaines et dizaines de pistes de travail que chaque membre a proposées aux deux autres durant les huit années qui ont séparé la première tournée avortée du groupe en 2012 et ce deuxième album. 

Le jeu teinté d’afrobeat du batteur Joey Waronker donne une griffe rythmique imparable aux dix morceaux du disque.

Si Ultraísta était un trio de jazz, chose imaginable puisque l’improvisation a servi de canevas à plusieurs morceaux, il en serait le leader, armé de son MacBook et de quelques synthés vintage. Le batteur Joey Waronker est pourtant, au sens propre, la force motrice du groupe. Son jeu teinté d’afrobeat, avec tout le groove, la clarté et la nuance que cette référence suppose, donne une griffe rythmique imparable aux dix morceaux du disque. Les plus attentifs penseront à Atoms for Peace, le super-groupe formé en 2009 autour de Godrich, Thom Yorke et Flea (Red Hot Chili Peppers). Il n’y a pas de hasard : Waronker, musicien très recherché (REM, Elliott Smith, Beck, Gnarls Barkley, Leonard Cohen…) faisait partie de l’histoire.

Au sommet de cette mécanique imparable trône la voix aiguë et chaleureuse de la Britannique Laura Bettison. À la tête du projet solo FEMME depuis 2013, son timbre à égale distance de Trish Keenan et Maggie Reilly (Moonlight Shadow et To France, les hits de Mike Oldfield dans les années 1980) slalome sans effort apparent entre les couches de son dressées par ses partenaires, parfois comme des défis, tantôt comme des écrins.

Une promesse d’éternité pour la pop

L’alchimie nous balance le plus souvent des pluies d’étoiles dans les oreilles, notamment dans la première moitié du disque (Tin King, l’uppercut d’ouverture ; Harmony, meilleur morceau de Broadcast de tous les temps ? ; Anybody, Save It ‘til Later). Certains alliages sont moins équilibrés ou plus difficiles à tenir sur la durée (Water in My Veins, Bumblebees). Mais ils sonnent eux aussi comme une promesse d’éternité pour la pop : Sister est de ces disques qui, régulièrement, formulent à la pop des promesses de renouvellement permanent.

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