Renascent
The Durutti Column
London Records

The Durutti Column, le temps retrouvé et le temps suspendu

Affaibli mais entouré, acharné et constat dans son approche musicale, Vini Reilly propose à ses auditeurs le disque qu'ils n'attendait plus, le premier de The Durutti Column depuis 2010. Un miracle à tous les sens du terme.

Sur les photos de promo de cet album, en retour miraculeux, Vini Reilly est émacié, a l’air perdu, une cigarette roulée à la bouche. Il a 72 ans et trois AVC l’ont un peu plus isolé d’un monde qu’il a toujours un peu fui, lui si attaché à son autarcie.

Le 28e album de son groupe The Durutti Column est sorti au plein cœur de l’été et suscite une forte ferveur. Les fans ne s’y attendaient pas. Ils retrouvent l’artiste culte dans la beauté intacte de ses atmosphères vaporeuses. Le titre de l’album, Renascent, annonce une renaissance et elle est bien là, précédée par l’excellent single avant-coureur, Liars, qui n’avait rien de mensonger pour le coup.

En plein post-punk, à la fin des années 1970, Vini Reilly, repéré par Tony Wilson de Factory, surgissait avec ces entrelacs de guitares éthérées et frêles. Il revient et touche au cœur avec un album réussi qui lui ouvrira peut-être un nouveau public, lui qui est vénéré par Frank Ocean, MGMT ou Blood Orange (qui l’avait invité il y a quelques années sur un single). Il s’agit du premier album du groupe composé de nouveaux morceaux depuis A Paean to Wilson sorti en 2010. Vini Reilly est toujours entouré de ses complices : le percussionniste Bruce Mitchell et le producteur Keir Stewart. Ils ont beaucoup participé au groupe, tant Vini Reilly était affaibli.

En convalescence, ayant perdu le contrôle de ses doigts et toute sensibilité tactile, Reilly a dû réapprendre à jouer de son instrument, se remettant à la guitare avec constance et acharnement. Keir Stewart a récemment expliqué à Libération qu’il a mis au point un système d’enregistrement très léger (un ordinateur portable, quelques micros…) facilement transportable pour pouvoir enregistrer là où Vini Reilly se sentait le mieux, c’est-à-dire chez lui, dans une atmosphère détendue et familiale.

La patte sonore est miraculeusement toujours là : guitare cristalline noyée de réverbération et de delay qui se donne à entendre comme une voix, mélodies mélancoliques, lumineuses et aériennes, pleines d’espaces entre les notes… Vini Reilly joue souvent des phrases très courtes, puis laisse les effets prolonger le son, comme si la mélodie pouvait couler indéfiniment dans des stases contemplatives qui se révèlent addictives.

L’album est un assemblage émouvant et cohérent d’ambient, de flamenco vaporeux, de ballades folk, de musiques de film sorties de limbes imaginaires… La chanteuse britannico-irlandaise folktronica Caoilfhionn Rose, voisine de Reilly à Manchester, vient prêter sa voix sur deux titres : Agonistes et surtout Sargasso Street, morceau tout en délicatesse et retenue, qui aurait pu figurer sur un album de This Mortal Coil.

Le disque propose une relecture d’un vieux morceau du groupe des années 1980, For Belgian Friends, qui se mue ici en For Friends Everywhere. Il recèle aussi un des plus beaux morceaux de Reilly, le bouleversant Time Present and Time Past. Sur des boucles synthétiques hypnotiques, planent les striures du guitariste, immuables. Le temps présent et le temps passé en boucle dans une bulle. Cet album si précieux, c’est à la fois le temps retrouvé et le temps suspendu.

SORTIE CD, VINYLE ET NUMÉRIQUE

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