The Bats – The Bats Vol. 1

Lorsqu’il fonde The Bats en 1982, Robert Scott apparaît déjà comme un membre éminent de la scène néo-zélandaise rassemblée autour du label Flying Nun. Confiné dans The Clean au rôle de bassiste, Scott est bien décidé à mettre en place sa propre vision créative. Il apprend les rudiments de guitare nécessaires pour élaborer une première fournée de compositions aux contours forcément sommaires et recrute une poignée d’accompagnateurs qui ne le quitteront plus : Kaye Woodward (guitare, claviers), Paul Kean (basse) et Malcolm Grant (batterie). Qu’importe si Woodward et Kean habitent à plusieurs centaines de kilomètres de leur nouveau leader. Dès ses premiers EP réunis sur la compilation Compiletely Bats (1987), désormais agrémentée de six inédits complémentaires, le groupe trouve la formule adéquate qui, au fil des albums et des décennies, n’évoluera pas vraiment davantage que sa formation. Malgré les limites techniques évidentes et les nombreuses imperfections de ces débuts encore confidentiels, on entend déjà, notamment sur Made Up In Blue, l’éclosion d’une pop simple et directe, à l’évidence presque limpide, dépourvue de toute trace de prétention ou de sophistication outrancière. Du rock des champs où la grange aurait remplacé le garage en guise d’abri matriciel.

Littéralement situées aux antipodes des courants éphémères et des modes qui agitent les chapelles londoniennes ou new-yorkaises, ces chansons élevées au grand air semblent avant tout écrites pour séduire sur scène un public local, sensible à l’efficacité rustique et sans détour de ce répertoire à la fois accrocheur et entraînant. Les deux premiers excellents LP – Daddy’s Highway (1987) et The Law Of Things (1988) – qui complètent ce premier triptyque de rééditions sont enregistrés dans des conditions heureusement moins précaires et permettent à Scott et à ses camarades de développer plus sereinement un son plus ample et une écriture plus subtile, sans altérer pour autant le charme naïf des débuts. Autour d’une formule de base archi classique – guitare, basse, batterie – viennent notamment s’agréger quelques touches de piano et autant d’ornements folk bienvenus. Le violon d’Alistair Galbraith devient ponctuellement un élément essentiel, comme le prouvent les magnifiques solos de North By North et de Smoking Her Wings, véritable manifeste esthétique qui s’achève par ce plaidoyer vibrant : “Without truth, it don’t mean nothing/Without hope you won’t get far”.

En réécoutant ces albums, on comprend mieux ce qui a pu d’emblée séduire Michael Stipe (R.E.M.), fan autoproclamé des Kiwis, et le pousser à soutenir activement The Bats lors de ses brèves tentatives – hélas avortées – d’incursions sur la scène internationale. Comme chez R.E.M. à ses débuts, les guitares carillonnantes esquissent les contours mélodiques et éthérés d’une poésie où abondent les images naturalistes, souvent trop mystérieuses ou allusives pour qu’on puisse en saisir le sens, mais où la conviction et la sincérité finissent toujours par emporter l’adhésion enthousiaste. Comme chez les groupes qui ont émergé au début des années 1980 sur cette même scène provinciale d’Athens (Géorgie), l’influence du Velvet Underground ou de Television se fait souvent sentir mais dans un contexte où les respirations plus libérées des grands espaces ruraux se sont substituées au souffle plus court et oppressant des métropoles. Après une éclipse provisoire de près d’une décennie, The Bats est retourné en studio à partir de 2005 pour y enregistrer trois épisodes supplémentaires, fidèle jusqu’au bout des cordes à l’esprit des origines. Mais, quels que soient le respect et l’intérêt qu’on leur porte, ces récents prolongements toujours dignes ne sont pas parvenus à éclipser l’indépassable charme des œuvres de jeunesse ou à faire oublier leur ferveur mélancolique.



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