Trois ans après le rutilant Belong, The Pains Of Being Pure At Heart délaisse le romantisme saturé et revient, avec Days Of Abandon, armé d’une pop ligne claire qui assume son classicisme. Toujours à la tête du navire new-yorkais, l’enthousiaste Kip Berman a sélectionné dix titres qui dessinent le nouveau visage de son groupe, désormais en quête d’une pop universelle. [Interview Boris Cuisinier].

MAKTHAVERSKAN – Antabus


Un super groupe suédois, originaire de Göteborg. Son dernier LP paru l’an dernier vient enfin d’être distribué aux États-Unis. C’est du solide, neuf morceaux qui vont droit au but. Je n’aime pas quand l’indie pop est trop polie, il faut savoir y apporter de la niaque et Makthaverskan le fait à merveille. Cette formation possède une énergie viscérale qu’on retrouve également chez Joanna Gruesome. Antabus évoque une rupture de façon atypique, quand le désœuvrement se mêle à une force exutoire. Il y a cette phrase qui sonne très bien, “Evelina you broke my heart”, d’autant qu’Evelina n’est pas un prénom courant dans la pop.

FEAR OF MEN – Born

Un groupe que nous avons rencontré lors d’une tournée en France et depuis nous sommes devenus amis. À l’époque ils n’avaient sorti que des singles, dont celui-ci qui est mon préféré. Cette face B est remarquable, ils ne tournent pas autour du pot, l’introduction est franche avec la voix de Jessica Weiss qui lance la machine. Ils ont dû l’enregistrer avec des moyens limités mais l’envie fait que ça marche. Au-delà de ce morceau, c’est rassurant de voir des musiciens qui pérennisent l’héritage de la belle indie pop.

THE DRUMS – Days


Je sais que c’est un groupe plutôt populaire en Europe, notamment en Angleterre, mais ici The Drums n’a jamais réussi à percer. Je ne m’explique pas cette différence de perception, le premier LP (ndlr. The Drums, 2010) était pourtant rempli de tubes comme Me And The Moon, Let’s Go Surfing ou Forever And Ever Amen. Néanmoins, j’écoute plus souvent le second, notamment à cause de Days dont la simplicité et la mélancolie me touchent. Ce sont également d’excellents performeurs. Sur disque, ils ont un son plutôt chétif alors que sur scène, ils jouent avec une explosivité exaltante. C’est une aptitude qui me fascine. J’ai hâte d’écouter leur prochain effort.

FELT – All The People I Like Are Those That Are Dead


Avec le recul, je suis assez critique envers notre deuxième LP, Belong (2011), que j’aime beaucoup mais qui me semble trop impétueux, pour ne pas dire arrogant. Après sa sortie, je voulais écouter des choses qui n’avaient pas besoin d’empiler des milliers de guitares estampillées années 80 pour sonner. J’ai trouvé un classicisme réconfortant dans les compositions de Lawrence de Felt, presque une révélation. J’ai choisi cet extrait car il capte à merveille leur magie morbide. Mon album préféré de Felt est le dernier, Me And A Monkey On The Moon (1989), qui est le plus sincère, le plus humain. Lawrence ne joue plus un rôle, son esprit prend la tangente, comme ses musiciens. Il paraît abandonner définitivement toute recherche du bonheur.

THE AUTEURS – Junk Shop Clothes


Leurs quatre albums sont des classiques selon moi, j’adore le son à la fois implacable et lugubre qui caractérise The Auteurs. Luke Haines a conscience de ce qu’il est, ce n’est pas un grand musicien ou un chanteur exceptionnel, mais il a confiance dans son écriture. J’aime cette attitude même si ça peut parfois virer à la mégalomanie. Il a quand même appelé son groupe The Auteurs ! Son autobiographie (Bad Vibes: Britpop And My Part In Its Downfall, 2010) est l’un des meilleurs livres sur la musique que j’aie pu lire. Il porte un regard acerbe sur le milieu, avec un recul rafraîchissant à propos de son époque tout en étant hilarant. Déjà dans les années 90, avec Junk Shop Clothes, il dénonçait la mode héritée du grunge et ces gens qui s’habillaient comme des clochards, comme si la pauvreté était une mode justement.

THE HOUSE OF LOVE – Love In A Car


Une formation très sous-estimée. Ils sont souvent présentés en perdants, comme si on leur en voulait d’avoir été trop ambitieux. Certes, Guy Chadwick pouvait être antipathique, n’empêche qu’il a composé des morceaux immenses tels que Destroy The Heart, Christine ou Shine On. J’aime particulièrement Love In A Car parce qu’elle saisit la vulnérabilité de Chadwick, on sent de la fragilité derrière cette posture où il se prend pour le nouveau Bono. À la fin, il répète les mots “deeper than any sea”, c’est un peu cliché et naïf comme métaphore mais chantée par lui, elle devient expressive. Sur notre nouvel album, le titre Coral And Gold est un peu inspiré de la dynamique étrange de Love In A Car.

AZTEC CAMERA – Oblivious


Un classique qui me rappelle une anecdote importante. À l’époque de la tournée de Belong, nous étions à Tokyo pour une date dans une grande salle où tout était fait pour que notre son soit parfait et en adéquation avec la production du LP. Après le concert, nous avons passé des disques dans un petit bar. Là-bas, il y avait un groupe local, Sloppy Joe, qui reprenait merveilleusement bien Oblivious d’Aztec Camera, simplement à l’aide d’une guitare acoustique et d’une Rickenbacker. Ce moment a renforcé mon idée de ce que doit être une bonne chanson : capable de transcender la production ou le talent du musicien et pouvant être jouée aussi bien dans un stade que dans ce genre de rade devant dix personnes. Nous, nous n’aurions même pas pu tenir sur cette minuscule scène. Cette anecdote m’a travaillé et a influencé mon écriture, je voulais essayer d’atteindre cette espèce d’universalité. Par exemple, j’ai écrit Masokissed en pensant à tout ça.

THE PASTELS – Comin’ Through

C’est toujours compliqué de réduire The Pastels à une seule chanson. D’habitude, je choisis Nothing To Be Done, mais j’ai décidé de changer cette fois et de prendre Comin’ Through dont j’adore l’immédiateté et l’utilisation de l’autoharpe. Comme à l’accoutumée, on retrouve cette candeur caractéristique qui, chez eux, n’a rien à voir avec une quelconque posture, c’est plus profond. The Pastels est au-delà du cool, c’est un groupe qui a influencé The Jesus And Mary Chain et Teenage Fanclub, ils n’étaient pas du genre à rester chez eux à tripoter des instruments-jouets et à pleurer dans leurs cardigans. Il y a une authentique rugosité dans leur musique. Leur dernier essai, Slow Summits (2013), est excellent, ça valait bien le coup d’attendre toutes ces années.

OUTKAST – Hey Ya!


Avec Days Of Abandon, nous avons voulu injecter de la fraîcheur et se débarrasser de la mélancolie rock, de la lourdeur des distorsions. Je voulais retrouver l’essence de la chanson pop et il n’y a pas selon moi de titre plus accrocheur que Hey Ya!. Sa batterie qui claque a par exemple été une référence pour finaliser la production de Simple And Sure. De plus, Hey Ya! est vraiment universel. À l’époque, on pouvait l’entendre aussi bien sur une radio hip hop que rock ou grand public. C’est l’un des rares groupes de la décennie précédente à avoir produit une musique à la fois excellente et populaire.

TOM PETTY – Yer So Bad


Une autre référence pour Days Of Abandon. Au-delà de la popularité de Tom Petty, ses talents de compositeur sont trop souvent sous-estimés. Il n’est jamais dans les tops des plus grands musiciens de l’histoire. Il n’est pas Bob Dylan, Neil Young, The Rolling Stones ou The Byrds, pourtant tous ces mecs l’aiment et le respectent profondément. Moi, c’est sa normalité qui m’émeut. Je me souviens de son passage à la mi-temps du Superbowl en 2008, il se tenait, là, debout avec sa guitare, tout penaud, et interprétait ses morceaux, rien de plus. On était à des années-lumière des performeurs de ce type de spectacle. Tom Petty ne cherche pas à s’inventer un charisme, il le puise dans ses compositions. En termes d’écriture, Yer So Bad s’approche de la perfection tellement la chanson est limpide.

Un autre long format ?