Rose Windows – Rose Windows

(Sub Pop/PIAS)

Quelques jours avant la parution de ce second LP, Rose Windows décide de jeter l’éponge. Le communiqué ne donne pas de détails, mais cette séparation forcément inattendue s’est effectuée dans l’incompréhension et les larmes des unes face à l’intransigeance des autres.

Une décision d’autant plus navrante que le sextuor de Seattle venait d’enregistrer une suite réussie à son extraordinaire premier LP, The Sun Dogs (2013).

C’est à nouveau Randall Dunn qui supervisa l’enregistrement. Le producteur et membre de Master Musicians Of Bukkake, qui a notamment œuvré pour Sunn O))) ou Black Mountain, était pour ces jeunes hippies une sorte de parrain. Ils s’en remettaient souvent à ses conseils et à sa vision unique pour tisser un ouvrage sonore à la fois puissant et gracieux.

C’est grâce à Randall que les musiciens de Rose Windows ont exporté leurs talents sur les disques de Marissa Nadler, Wolves In The Throne Room ou encore Earth. Fort de ces expériences, la troupe s’affranchit un peu de la tutelle de son gourou sonique. Elle prend plus de liberté et sort plus volontiers de sa zone de confort : le folk psychédélique.

Certes, la musique orientale et surtout le heavy metal faisaient partie de la palette de Chris Cheveyo, leader et principal compositeur, et de Rabia Shaheen Qazi, son incroyable chanteuse, mais le mélange est ici moins homogène, voire détonant (Strip Mall Babylon).

Cette dichotomie assumée donne du relief à l’ensemble et permet aussi des contrepoints plus marqués. Comme ces dialogues entre une flûte et des guitares nébuleuses (le très pop Blind). Ailleurs, les explosions de riffs seventies (Glory, Glory, The Old Crow) répondent aux délicates mélodies hypnotiques et éthérées (A Pleasure To Burn, Aurora Avenue).

Malgré quelques rares gaucheries çà et là, Rose Windows parvient à proposer un disque nuancé, plus spirituel que réellement psychédélique, qui doit finalement autant à Black Sabbath qu’à Fairport Convention. Aussi abouti soit-il, le contexte de sa sortie laisse une légère amertume en bouche.

Alors plutôt que de nous obstiner à contempler ce gâchis consternant, ou pire encore à rêver d’une improbable réunion de vieux beatniks fatigués dans vingt ans, savourons cet ultime album simplement pour ce qu’il est : le second et dernier acte d’une œuvre, certes brève, mais d’une beauté irrésistible.

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