Débutons par une lapalissade : Mina Tindle, c’est avant tout une voix. De Bryce Dessner (The National) à Orouni sans omettre Toy Fight ou Dominique Dalcan, ils ont été nombreux à louer et accompagner le souffle de la Parisienne. Producteur de son premier essai (Taranta, 2012), JP Nataf avait privilégié les ambiances feutrées et veloutées pour souligner ce chant, souvent démultiplié en chœurs. Ici, l’approche du coréalisateur Olivier Marguerit est (un peu) plus sèche : les arrangements demeurent soyeux (Je Sais et ses motifs asiatiques), mais le couple basse-batterie donne souvent la mesure (Seaside, I Command ou The Curse et ses accents eighties). Si on songe parfois aux récents travaux de Bon Iver (l’ample Dehors), les arabesques vocales sans filet renvoient souvent à Feist, Kate Bush ou Dirty Projectors – dont le batteur Brian McOmber se tient derrière les fûts.
Enfin, les (nombreuses) compositions en français évoquent Emily Loizeau (À Séville et Pas Les Saisons n’auraient pas dépareillé sur Mothers & Tygers, 2012). Et si la plénitude musicale de Plein Nord porte un texte amer, on ne comprend pas toujours ce que la Parisienne raconte. Pas grave, la langue est joliment maltraitée et de ces paroles avalées ne restent que des intonations, les échos de ces mots. Mina Tindle travaille moins sur le sens que sur le son, l’ensemble tenant alors du duel amical entre le chant et des mélodies élastiques qui ne prennent vie que dans sa bouche. C’est à la fois la force et la grande faiblesse de ce disque. À l’exception notable de L’Astrakan (un final simple et limpide), tout l’équilibre de ces morceaux tient à l’interprétation de leur auteure, pleine d’emphase et d’effets. Mais ses chansons peuvent-elles vivre sans elle ? Pas sûr.