MGMT – MGMT

“We’ve got the vision, now let’s have some fun”, claironnait le groupe fictif inventé par MGMT pour le texte de Time To Pretend, promis à un destin hédoniste et vain. La vérité est à rebours : le duo américain a d’abord eu le fun, développant depuis une vision puissante et têtue de la musique qu’il entendait livrer à ses contemporains. Depuis ses débuts tonitruants en 2007, MGMT a aimanté les contresens et jugements hâtifs. Porte étendard d’une insouciance et d’une énergie propres à la jeunesse ? Oracular Spectacular (2007) était traversé par des angoisses autrement plus vénéneuses, la peur de la perte et des mauvais choix. Ces questionnements secouent encore la musique de Ben Goldwasser et Andrew VanWyngarden, notamment sur Your Life Is A Lie, courte et bruyante diatribe désenchantée. Enfants gâtés que casser leur jouet rutilant amuse plus que tout ? Congratulations (2010) était un grand disque pop, bien plus simple et accessible que la caricature qui en a parfois été faite, fidèle aux obsessions du duo pour les élans psychédéliques les plus incisifs des années 60, à commencer par les premiers enregistrements de Pink Floyd et Syd Barrett. Le troisième LP du groupe embrasse à nouveau cet héritage, notamment avec une reprise d’Introspection, chanson publiée en 1968 par un héros secret du psychédélisme américain, Faine Jade.

Porté par une basse tremblante et une rythmique lourde, la version des New Yorkais a une ampleur impressionnante, avec force claviers et guitares sous effets. Avec une production dense et expérimentale, MGMT est un album sombre, audacieux et d’un abord pas toujours facile, il faut en convenir. Dans l’entretien accordé à magic en 2010, Ben Goldwasser avait glissé cette réflexion en forme de clé : “Même si nous le souhaitions, je ne pense pas que nous serions capables de produire une musique élitiste. Nous faisons partie du cercle mainstream, à quelque degré que ce soit, parce que notre culture et nos goûts ont été carénés par la pop.” Les mélodies et les structures sont aujourd’hui malmenées mais la beauté émerge du chaos. Tempête synthétique puissamment rythmée, A Good Sadness est absolument sublime. Les voix s’y emmêlent, leur lutte avec les instruments met à jour une mélodie chimérique très émouvante. Derrière ses boucles rythmiques répétitives et ses sons tournoyants, Astro-Mancy est subtile et fragile. On pense à nouveau aux Flaming Lips sur ce troisième album, dont l’ampleur sonique grésillante et touffue renvoie à Oracular Spectacular. C’est vrai sur son versant pop le plus efficace (Alien Days) comme sur ses moments les plus élégiaques et pensifs (I Love You Too, Death, incroyable sommet du disque, maelstrom de sons étouffés sur boîte à rythmes minimale). Les dix morceaux de MGMT tiennent à la fois du labyrinthe et du puzzle baroque. Dans les deux cas, impossible de ne pas s’y perdre.

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