I Sometimes Dream Of Glue
Luke Haines
Cherry Red Records

Luke Haines, le cap du surréalisme est franchi

Luke Haines est de plus en plus un homme de concepts. À la tête de ses précieux Auteurs, d’un de ses nombreux autres projets ou en solo, il a déjà mis en musique, depuis plus de vingt ans, la sanglante épopée de la Fraction armée rouge allemande (Baader Meinhof, 1996), le catch britannique des seventies (9 1/2 Psychedelic Meditations on British Wrestling of the 1970s & Early ’80s, 2011), le New York proto-punk de Lou Reed et Alan Vega (New York in the ’70s, 2014)… Avec ce I Sometimes Dreamed Of Glue, il franchit un bon cap dans le surréalisme : la colle en question, c’est celle qu’absorbent, pour nourrir leur frénésie sexuelle, de minuscules mutants hauts de cinq centimètres vivant dans une ville imaginaire baptisée Glue Town, née de l’accident, à la fin des années 1940, d’un camion des services secrets britanniques transportant un solvant expérimental censé contribuer à la lutte contre le nazisme. Avec ce genre de script, certains vous pondraient une féérie psychédélique pour Oompa Loompa. Haines, lui, coule ce conte pervers dans des mélodies parfois faussement sobres, héritées de la folk britannique des seventies. Sans rien perdre du mordant qu’il manifeste depuis plusieurs dizaines de disques, que vient parfois joliment dérégler quelques mesures d’accordéon (Oh, Michael) ou une flûte omniprésente. Le joueur de flûte de Hamelin qu’est Luke Haines nous séduit toujours, pour mieux nous guider vers la noirceur.

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