The War On Drugs – Lost In The Dream

On ne sait pas si le clin d’œil est volontaire mais la pochette de Lost In The Dream rappelle étrangement celle de Five Leaves Left (1969). Adam Granduciel n’a jamais caché sa fascination pour Nick Drake et les grands compositeurs contemporains même si les deux premiers disques de The War On Drugs étaient souvent labélisés “rock psychédélique”. Aujourd’hui, Adam Granduciel n’hésite plus et livre son grand disque de songwriter. Une confession franche où l’intime se dévoile en grande pompe. Car si la figure de Nick Drake se devine sur la couverture, c’est la démesure d’une Amérique surannée qui s’expose à l’intérieur du LP. Les pistes dont la durée oscille entre quatre et huit minutes ont un charisme brut de décoffrage qui ramène immédiatement vers cette frange fédératrice de la musique américaine, l’americana. Un gros mot pour beaucoup définissant cependant un genre flou qui peut aller de Willie Nelson à Wilco. Dès Under The Pressure, Adam Granduciel se lâche avec un morceau épique qui fleure bon les années 80, synthétiseurs, saxophone et cheveux au vent à l’appui.

Une musique volontariste non dénuée de poésie qui appelle comme une évidence la figure de Bruce Springsteen. À l’instar du Boss, le leader de The War On Drugs ne donne pas de fausses pistes, ne joue pas sur les émotions. Il expose sa musique avec une franchise presque déconcertante et emporte tout sur son passage (Red Eyes). Lost In The Dream n’est pourtant pas un disque de cow-boy crâneur. S’il emprunte à Springsteen, c’est celui, abîmé, de The Ghost Of Tom Joad qui guide le spleen de Granduciel. La vigueur laisse ainsi vite place à l’errance, pour les deux plus beaux titres, la ballade Suffering avec sa guitare façon Mark Knopfler et l’extatique An Ocean In Between The Waves. Plus qu’une forme de maturité, c’est une vraie sagesse que les compositions révèlent. C’est alors au tour de Bob Dylan d’être convié à la traversée – le Dylan de la renaissance, époque Time Out Of Mind (1997), qui vient poser son regard bienveillant sur Eyes To The Wind et Lost In The Dream. Non sans une certaine audace, Adam Granduciel redonne vie à cette Amérique conquérante mais fragilisée qu’on croyait figée dans le temps. Cette œuvre assume son classicisme avec une détermination tellement premier degré qu’elle touche inéluctablement.


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