Après deux albums de rock à la papa, le prolifique sextette revient avec un projet qui va sans nulle doute diviser les fans : un album de techno hardcore. À l’annonce d’Alien Metal, je pensais que rien de King Gizzard ne pourrait encore me surprendre – le groupe en est à son 28e album en quinze ans de carrière et a fait des virages à 180 degrés sa marque de fabrique, entre concepts délirants et livraisons abondantes aux styles hétéroclites. Il y a quelques années, le groupe avait touché du doigt l’électro avec Made in Timeland (2022), un album d’acid techno/acid house enregistré à l’origine comme musique de scène avant les concerts et surtout The Silver Cord (2023).
Pourtant, le jusqu’auboutisme d’Alien Metal m’a quand même déconcerté : voici un vrai album avec des sons qui pourraient passer sans problèmes à 4 heures du matin dans une boîte remplie de gens sous substances. Stu, le chanteur du groupe, explique qu’enregistrer cet album a complètement «reprogrammé son cerveau» : «Je crois que je vais oublier tout ce que je sais de la musique et tout réapprendre de zéro».
Pour comprendre d’où vient Alien Metal, il faut revenir à ce Silver Cord sorti en 2023. Les Australiens avaient tenté, autour d’une batterie électronique Roland vintage, d’opérer la fusion entre les musiques de la nuit et leur propre formule à la tonalité psychédélique et aux paroles mystérieuses. Malgré les synthés abondants et l’absence de guitares, la patte King Gizzard y était indéniablement perceptible… mais sur l’extended mix de cet album, les chansons s’étiraient jusqu’à une vingtaine de minutes pour certaines, avec de longues improvisations tirant vers la techno.
Fort de cette expérience, le groupe a continué à composer et à jammer avec ses synthés, tout en proposant au public des concerts “rave”… jusqu’à aboutir à ce Alien Metal. Le fruit de longues sessions d’improvisations, de tentatives d’albums et d’univers «créés et effacés pour recommencer tout de nouveau», nous dit-on. Le produit final plonge pour de bon dans le bain de la techno en accélérant les bpm via des boîtes à rythmes bourrines. Les voix sont fortement filtrées afin de coller au genre. Montées extatiques, synthés trance, beats ultra lourds, tous les poncifs du genre y passent… et pourtant, c’est étrangement addictif. Même si aux premiers abords la «patte» King Gizzard semble absente, impossible de s’y tromper après quelques écoutes, l’identité du groupe est bien là, cachée derrière ces couches de synthés : les montées de Superheavy, Supercritical, la gamme apocalyptique de Kill for the Steel…
Autant dire que si vous aviez découvert le prolifique groupe avec ses deux derniers albums, Flight b741 et Phantom Island, du bon rock feel good à la papa façon années 1970, vos oreilles vont probablement exploser à l’écoute de ce nouveau disque. Mais si vous êtes ouverts à de nouvelles expériences, Alien Metal devrait vous en donner pour votre argent.