© Antoine Magnien

Magic a interviewé la formation parisienne emmenée par Bérénice Deloire pour la sortie de leur premier album, "Small Talk", le 18 juin dernier via Géographie. Rencontre avec un groupe émergeant conjuguant harmonieusement sonorités nineties assumées et production moderne.

Il est de ces groupes dont on attend le premier album avec impatience. Good Morning TV en fait partie, tant le premier EP du quatuor parisien avait su attiser notre intérêt à l’instar, notamment, de nos confrères britanniques. Outre une passion commune pour Broadcast, le groupe emprunte également à cette influence revendiquée un goût certain pour l’expérimentation. Si leurs influences shoegaze frappent au premier abord, Good Morning TV surprend toutefois par sa capacité à déjouer les attentes, au travers d’une production contemporaine. La formation n’a pas encore l’habitude de se confier aux journalistes, mais elle a su nous raconter son histoire.

Bérénice, à l’origine c’est toi qui écris et compose tous les titres de Good Morning TV. Qu’en est-il désormais ?

Bérénice : En effet, à l’origine c’était mon projet solo avec le premier EP (Good Morning TV, 2016). C’était à la suite d’un autre projet qui s’appelait Talkie Walkie. Je travaillais déjà avec Barth à l’époque : c’est lui qui a produit le premier EP. Ca s’est ensuite fait très progressivement. Hugo et Thibault (respectivement batteur et guitariste ndlr) nous ont rejoints, mais également Barth (le bassiste ndlr) en tant que musicien. Aujourd’hui on compose à quatre. J’arrive généralement avec un début de morceau et puis petit à petit ça évolue.

Barth : Dans l’album il y a un peu de morceaux de Thibault. Mais ce sont essentiellement des morceaux de Bérénice à la base.

Bérénice : Et puis ça évolue beaucoup. On rajoute des parties, etc… On aime bien aussi travailler à partir de boucles. Par exemple, je peux composer un morceau et être inspirée par une boucle. On en fait alors complètement autre chose. C’est vraiment un travail à quatre.

On avait un autre batteur au début : Guillaume Rottier de Rendez-Vous.

Bérénice Deloire (Good Morning TV)

D’ailleurs, comment le groupe s’est-il constitué ?

Barth : Les morceaux de l’EP se sont faits dans le cadre d’un autre groupe (Talkie Walkie ndlr). Mais il s’est séparé avant la sortie de l’album qui était prévu. Donc on a récupéré les morceaux pour le sortir sous notre nom actuel, Good Morning TV.

Bérénice : Après c’était un peu la suite logique. Barth est devenu musicien dans le groupe. Thibault pareil.

Barth : Thibault était venu en remplacement à la base.

Bérénice : On avait un autre batteur au début : Guillaume Rottier de Rendez-Vous. Il a quitté le groupe et nous a dit qu’on devrait vraiment jouer avec Hugo.

Dans quelles circonstances avez-vous été amenés à signer sur le label Géographie ?

Barth : C’est une longue histoire qui n’est pas si complexe que ça. A la base, Nicolas Jubelot, un des deux de Géographie, bossait déjà avec nous en management. Il était question depuis quelques temps qu’il monte son label. On a cherché des labels essentiellement à l’étranger. Et au final, retour aux sources avec Géographie qui s’est imposé comme une évidence en France.

Bérénice : Et puis ça collait bien aussi avec Rémi, l’autre moitié de Géographie. Il avait un label avant qui s’appelait Atelier Ciseaux et qui était très cohérent avec ce qu’on faisait.

Le groupe qui nous a vraiment le plus influencés c’est Broadcast.

Bérénice Deloire (Good Morning TV)

Quelles influences revendiquez-vous ?

Barth : On va tous te dire des influences différentes je crois.

Bérénice : Le groupe qui nous a vraiment le plus influencés c’est Broadcast.

Barth : Peut-être plus à la création du groupe, à l’époque du premier EP.

Bérénice : Je ne pense pas qu’on puisse prétendre ressembler à Broadcast, mais en tout cas c’est une vraie influence.

Barth : C’est le genre de groupe hyper classe avec beaucoup d’attitudes et en même temps beaucoup de réverb’. Visuellement ils sont très inspirants. Ils ont aussi des sons de basse pas forcément très communs. Ils ont une attitude expérimentale qui nous parlait bien.

Bérénice : En tant que musicienne, la façon de chanter de Trish Keenan (chanteuse de Broadcast ndlr) a été une grosse influence et une vraie révélation. C’est un groupe qui te donne envie de faire de la musique. Je pense que ça a été un peu la base du projet.

On essaye d’avoir un vrai son nineties, de proposer des chansons assez pop. Et de ne pas se cacher derrière des nappes de son. La production, c’est le vernis qui vient sublimer le son. On essaie d’avoir des morceaux qui se tiennent de bout en bout.

Hugo : Et encore plus sur cet album que sur l’EP d’avant où il y avait beaucoup de textures et de riff’ qui s’envolaient.

Barth : Sur l’album, on voulait avoir quelque chose d’assez direct. Moins dans l’ambiance mais plus dans la composition et les arrangements, même si ce n’est pas complètement vrai. En tout cas, à la base on s’est moins concentré sur le son que sur l’écriture.

On ne voulait pas être catalogués comme un groupe revival sixties.

Bérénice Deloire (Good Morning TV)

Barth, on te doit la production de l’album, production que l’on qualifierait volontiers de “moderne”.

Barth : Effectivement, j’ai beaucoup d’influences musicales assez modernes, notamment du hip-hop, les trucs les plus “écoutables” du moins. J’aime bien avoir des sons parfois un peu électroniques. J’aime trancher avec le côté hyper rétro-vintage qu’on peut retrouver dans le rock de manière générale. Surtout actuellement avec le gros revival de ce genre de sons. J’essaie d’obtenir ce type d’ambiance, ce type de ressenti, mais avec un son plus gros.

Bérénice : On ne voulait pas être catalogués comme un groupe revival sixties. Alors qu’on a aussi pas mal d’influences un peu sixties.

Barth : De par la position très indépendante qu’on occupe, on vient aussi par la force des choses pas mal du numérique. Du coup il y a forcément un truc volontairement moderne, surtout dans les synthés. Et puis dans la manière de traiter la voix aussi. Les effets de guitare sont des effets classiques qu’on retrouve dans la pop depuis les années 60. Mais j’essaie de les traiter d’une autre manière. J’aime pas trop les références de manière générale. Et je ne suis pas quelqu’un de très cultivé musicalement non plus. J’aime bien faire mon truc et je ne me pose pas trop de questions.

La pochette de votre album, avec cette queue de cheval et ces nuances de bleu, s’avère pour le moins intrigante…

Bérénice : C’est une photo de Yann Stofer. On aimait beaucoup ce qu’il faisait et on a eu l’occasion de pouvoir bosser avec lui. Dans le process, il nous a proposé plusieurs photos qui lui semblaient correspondre à ce qu’on faisait. ll a été musicien donc il avait une sensibilité similaire à la nôtre. Il y avait deux photos qui se distinguaient.  Et celle-ci avait un côté très pop et intrigant. On aime bien ne pas savoir.
Barth : Son travail de manière générale est beaucoup comme ça : des photos très intrigantes, des points de vue pas communs du tout… Et pourtant il photographie des choses super banales. Mais c’est ça qui est hyper intéressant.

Nous voulions créer une sorte de laboratoire sonore.

Bérénice Deloire (Good Morning TV)

Le communiqué de presse accompagnant la sortie de Small Talk parle d’un isolement au vert pour l’enregistrement de cet album. Pourquoi ce choix ?

Bérénice : Nous avons fait ce choix avant tout pour nous retrouver tous les quatre en tant que groupe. L’intimité offerte par cette vieille maison en pierre et la sensation d’isolement liée à sa situation géographique (dans le sud-ouest, en pleine campagne) a été un vrai avantage pour la production de l’album. Il y avait peu de distraction autour, et nous avions à coeur de pouvoir nous concentrer sur l’enregistrement et les arrangements. Nous voulions expérimenter, créer une sorte de laboratoire sonore. C’est grâce à cela que nous avons eu les idées de production dont nous sommes les plus fiers comme la double batterie sur Emptiness Overload, le solo de guitare du thème reversé joué à l’endroit sur Tourism Business P.II, ou encore le sampling de guitare façon mellotron sur le refrain de Make Me Feel

Fin 2020 sortait le premier single extrait de ce nouveau disque : Insomniac. A propos de ce titre, vous avez déclaré au magazine Fare Out qu’il s’agissait d’”un accident inattendu qui s’est avéré être un doux reflet imparfait et fragile de notre temps ensemble“. N’est-ce pas le cas de tout l’album ?

Bérénice : Ces notions d'”accident“, d'”inattendu“, d'”imperfection” et de “fragilité” sont clefs pour nous. Et elles se retrouvent bien évidemment dans l’album. Notamment à travers la production : des accords de guitares qui résonnent d’une façon inattendue, la voix qui se casse sur une note… On a essayé de mettre en valeur ces imperfections, plutôt que de chercher à les cacher, et de les transcender pour en faire quelque chose de sensible et de sincère.

Nous avons un attrait pour les images fortes et intemporelles.

Thibault Picot (Good Morning TV)

Dans le clip du single Entertainment, vous rendez hommage à la performeuse Marina Abramovic, grand nom de l’art contemporain. Avant cela, vous vous étiez déjà inspiré du travail de Martin Creed, autre artiste contemporain. D’où vous vient cet attrait pour cette discipline artistique ?

Thibault : Nous avons en règle générale un attrait pour les images fortes et intemporelles – c’est aussi ce qui nous a amené à travailler avec Yann Stofer pour la pochette. 

Dans l’art contemporain, il y a souvent une économie de moyens dans l’exécution. Les réalisations sont brutes, les artifices sont évités pour ne pas parasiter la force d’une idée. Dans la méthode, ça résonne avec notre façon de travailler car nous avons essayé de ne pas trop ancrer le disque dans une époque. S’en est un moyen de produire des images inspirantes pour soutenir notre musique sans tomber dans les maniérismes d’un moment.

Comment aimeriez-vous que cet album vive désormais ?

Bérénice : A travers ceux qui l’écoutent et ceux qui vont l’aimer, et se l’approprier. C’est hyper important pour nous de confronter l’album au public. Certaines personnes ont une lecture des morceaux totalement différente de celle imaginée à leur création. C’est enrichissant pour nous d’avoir ce ressenti. On savoure aussi le fait que l’album trouve un écho à l’étranger. On a des retours positifs un peu partout dans le monde, ce qui est super encourageant.

Le prochain album sera probablement assez différent, avec un parti pris plus radical.

Bérénice Deloire (Good Morning TV)

De quelle manière voudriez-vous faire évoluer votre son et votre univers ?

Bérénice : C’est flou pour le moment, et nous aimons ne pas le savoir. Ce premier album est un condensé de tout ce que nous aimons, il nous ressemble. On se nourrit de beaucoup d’influences différentes et le prochain album sera probablement assez différent, avec un parti pris plus radical. On ne s’interdit rien !

Des idées de collaborations ?

Bérénice : On pourrait répondre Nigel Godrich, ses prods sont parfaites. Mais ce qui fait la richesse d’une collaboration pour nous, c’est la confrontation d’univers différents. Quand un producteur comme Boots (Beyonce, FKA Twigs…) produit un groupe comme Autolux, ça donne un album génial comme Pussy’s Dead. On est super ouverts à des collaborations inattendues. Et pas seulement pour de la musique ou de la production, mais aussi d’autres disciplines comme de la vidéo, des artworks ou de la scénographie… Les idées de collaborations apparaissent le plus souvent au fil des rencontres, et on espère que cette occasion se présentera un jour.

Allons-nous vous voir sur scène prochainement ?

Bérénice : On se prépare depuis des semaines pour être prêts à défendre l’album en live. On a hâte de retrouver la scène et on espère que toute cette période étrange est derrière nous… Nous jouerons en Bretagne du côté de Gâvres le 26 juin avec les copains de Paper Tapes et le 8 juillet au Trabendo en compagnie de Tapeworms pour la Release Party de notre album Small Talk. On espère qu’à la réouverture des frontières on pourra envisager de tourner en Europe et pourquoi pas ailleurs dans le monde.

Un autre long format ?