The Moles – Flashbacks And Dream Sequences: The Story Of The Moles

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L’Australie, un territoire fou et unique où les spectres musicaux ravinent les esprits, y foutent le sable et la torpeur, l’élégance et le rudimentaire. La place prenante du soleil alliée aux échos de la brume, voilà ce qui forge les musiciens de ce continent. Ces musiciens qui goûtent bien assez tôt les lèvres sèches de l’exil et ne deviennent avec le temps qu’un souffle et une ombre. Pour The Moles, le souffle se nomme Cardinal. L’ombre, c’est malheureusement le reste de la carrière de Richard Davies : une grande taule, un échec économique qui frôle le chef-d’œuvre malgré un album solo comme Telegraph (1998). S’il fallait se souvenir de notre rencontre initiale avec The Moles, ça nous ramènerait à notre première écoute de Pavement. Le lien n’est en aucun cas loufoque !

Écoutez Wires, la chanson qui ouvre l’intégrale Flashbacks And Dream Sequences: The Story Of The Moles, et vous comprendrez mieux pourquoi on parle de la bande à Stephen Malkmus. The Moles, c’est donc l’histoire d’un groupe australien formé à Sydney par des amis étudiants en droit. Ils ont des héros et d’étranges rêves. Le label Flying Nun leur sert de malle aux trésors, ils y découvrent le punk et le DIY. The Fall, The Go-Betweens et Laughing Clowns sont les modèles qui motivent un style. Richard Davies et ses amis enregistrent Untune The Sky (1991) en quelques jours dans un studio de fortune – pas besoin de trop de confort matériel pour cracher ces brûlots mélodiques. Après avoir trouvé un label (Seaside), la bande peaufine ce premier essai.

« C’EST SURTOUT LA PASSION POUR LA SATURATION ET UNE CERTAINE POÉTIQUE DU CHAOS – TELLE QUE LA CONCEVAIT THE VELVET UNDERGROUND – QUI ÉMERGENT. »

Les traces incendiées de The Beatles et The Beach Boys se font voir çà et là. Mais c’est surtout la passion pour la saturation et une certaine poétique du chaos – telle que la concevait The Velvet Underground – qui émergent d’Untune The Sky. Entre clarté et désordre, les compositions font penser à The Feelies, mais des Feelies crasseux mélangeant le Xanax et le Jack Daniel’s. Il y a quelque chose d’aride et de débordant comme The Flaming Lips du colossal Clouds Taste Metallic (1995). Redécouvrir ce disque, qui est tellement frappé de l’ADN des années 90, c’est bouleversant. On y entend les premiers Silver Jews et la sauvagerie d’une formation oubliée comme Ligament. L’âge d’or de la lo-fi, en somme. Ça donne envie de citer le titre merveilleux d’un vieux disque de Smog : Forgotten Foundation.

Se sentant trop à l’étroit en Australie, c’est le temps pour nos amis de l’exil vers la ville qui se tient toute droite, New York. Peter Milton Walsh (The Apartments) a fait le même choix une décennie plus tôt. Là-bas, The Moles enregistre des compositions rêvées. Aux portes du studio miteux, les putes patientent tout comme les vendeurs de crack. Le légendaire Jim Waters aide à l’accouchement de certains extraits. Mais le bordel new-yorkais donne des envies de fuite et The Moles se retrouve à Londres. Le programme y est épatant : drogue, sexe, amnésie. Dans toute cette folie, la nostalgie s’infiltre peu à peu, le mal du pays se fait ressentir. Hébétés, les gars enregistrent une Peel Session, ont la gueule de bois et Richard Davies tombe amoureux. C’est la fin, The Moles se sépare mais Richard persévère.

Il retourne aux États-Unis avec sa petite romance et travaille sur les fragments enregistrés à Londres. C’est avec des musiciens comme Hamish Kilgour de The Clean qu’il enregistre Instinct (1994), le second et dernier LP de The Moles. Le résultat est magnifique, son auteur y livrant sa vision du psychédélisme et du baroque dans des morceaux vertigineusement pop. Les prémisses du tandem Cardinal sont là. L’obsession pour Brian Wilson et Paul McCartney évide ses tripes en une pluie de mélodies intemporelles, le piano rythme les battements du cœur, les cuivres sont bouffés d’assurance : Davies a trouvé sa voix après des années d’errance. Instinct est le chapitre oublié qui explique et raconte Cardinal, un peu comme Jean Santeuil (1895) pour À La Recherche Du Temps Perdu (1913). Avant de trouver son alter ego musical en la personne d’Eric Matthews, avec qui il formera Cardinal, Richard Davies s’était déjà révélé à lui-même. Le meilleur restait à venir.


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