Fat Dog (c) Emma Toma
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Fat Dog (c) Emma Toma

On a essayé, vraiment. Deux ans après la sortie de "WOOF", album aussi chaotique que l’interview qu’ils nous accordaient à l’époque, Fat Dog revient avec "Cancel Me I’m Tired", un disque une nouvelle fois complètement halluciné, concocté par la formation anglaise au fil de son épuisante ascension. On a essayé, vraiment, de faire une interview normale, mais Joe Love et Chris Hughes sont de bons clients pour créer un moment complètement what the fuck, dans lequel on discute des pingouins du film Madagascar, de leur vraie-fausse tentative de participer à l’Eurovision, de fatigue générationnelle, de pétage de plombs et de cancel culture.

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Parlons de Smile And Wave, qui ouvre l’album – avant même de lire le communiqué de presse de l’album, j’ai immédiatement pensé à “smile and wave, boys” : « Oh mon Dieu, c’est littéralement une référence au meme des pingouins de Madagascar ? ». C’était effectivement le cas. Mais qu’est-ce qui vous parle le plus chez les pingouins ? C’est leur débrouillardise, même dans les pires moments ?

Joe Love (chanteur) : Ils assurent, mec. Ils assurent. Ils sont du genre… Les pingouins qui ne devraient pas réussir à fonctionner ensemble.
Chris Hughes (claviers) : Ouais, ils sont débrouillards. Ils sont tous tellement différents. Tu pourrais penser qu’il y a des tensions entre eux, mais ils arrivent toujours à leurs fins.

Ils veulent aussi conquérir le monde, non ? C’est quelque chose que vous voudriez faire ?

Joe : Peut-être. Je pense que je serais très bon à ça.

Dans quel sens ?

Joe : Euh… Dans quel sens je ne serais pas bon à ça ? Genre, en mode dictateur ou… J’imagine que dictateur, ce serait plus facile, honnêtement.

Tu as un dictateur préféré dans l’Histoire ?

Chris : Kony en 2012 – Joseph Rao Kony, chef des rebelles de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA pour Lord’s Resistance Army) qui opèrent dans l’Ouganda.
Joe : Kony n’était pas vraiment un dictateur.
Chris : Ouais, je sais
Joe : Parce qu’il ne dirigeait pas un pays.
Chris : Non, t’as raison… Puis c’était plutôt un kidnappeur d’enfants et un… enfin bref. je change de choix, je veux pas celui-là. 

Il est toujours dans la nature, non ?  Quand je pense à lui, je pense à toute l’époque des mèmes 9GAG de 2012. C’en était un personnage récurrent, étonamment. 

Joe : Ouais, mec. C’était le bon temps.
Chris : C’était une belle époque. On en parlait l’autre jour. Il faut qu’on fasse revenir tout ça. On doit vraiment le faire revenir, parce que nos cerveaux sont juste en train de se transformer en… le brain rot, c’est réel. 

C’était déjà du brain rot à l’époque.

Chris : Ouais. On est entrés dans une nouvelle ère du brain rot. Je les déteste. Je les déteste tellement. Tu sais, je suis allé dans un supermarché et ils vendaient des bonbons brain rot, tout en IA.

Ouais. Nous, on n’avait pas de jouets avec des troll faces ou quoi.

Joe : Quand je suis allé en Normandie avec l’école, une fois, j’ai acheté un T-shirt troll face au marché.

Oh mon Dieu.

Joe : C’était mieux avant. Les choses étaient meilleures à l’époque. C’est tellement confus aujourd’hui, mec. Il se passe trop de choses. Enfin, il se passait déjà plein de choses à l’époque, mais ça paraissait plus… cohérent. Ça veut dire quoi, 6-7, au juste ?

Tu vas faire une chanson 6-7 sur le prochain album ? 

Joe : Ouais. On avait essayé de faire… C’était quoi déjà ? Parce qu’on s’est rendu compte que tous nos fans étaient vraiment vieux. Et on s’est dit : « Tu sais quoi ? On va faire un truc auquel les jeunes pourront s’identifier. » C’était quoi… C’était quoi… Oh merde. Oh, Skibidi.
Chris : Skibidi, ouais. Skibidi.
Joe : Une chanson complètement différente qui s’appelait Skibidi. Mais Skibidi, quand même ? C’était un morceau drum and bass, mais tellement débile. Toutes les paroles, c’était juste « Skibidi ».

Parce que j’allais justement te demander si tu faisais des mèmes dans… Enfin, si les mèmes pouvaient être une forme d’influence ou d’inspiration pour ta musique.

Joe : Non, pas du tout, justement. J’essaie d’éviter ça. Je n’ai jamais essayé de faire une chanson sur les mèmes ou quoi que ce soit.

Parce que, d’une certaine manière, Smile and Wave, c’est un mème. Tu as la danse des pingouins de Madagascar sur un morceau de 3-6 Mafia qui ressort parfois dans mon fil TikTok. Et les gens dansent dessus.

Joe : Je trouve ça plutôt nul, parce que j’adore Madagascar. Je trouvais que c’était un putain de bon film. Le premier, du moins. J’ai jamais vu les autres. 

Et tu as déjà essayé de déterminer qui, dans Fat Dog, correspond à quel pingouin ?

Joe : Oh merde. On n’a jamais fait ça. Oh mec. C’est une bonne idée. Qui est Moto Moto ? Enfin, c’est lui le plus cinglé ?
Chris : Tu pourrais être Moto Moto.
Joe : C’est ça, mec ? Attends, laisse-moi voir. Il faut que je réfléchisse à ça maintenant. Les noms et qui est qui.

Ouais, je me souviens juste qu’il y avait un pingouin qui était un peu awkward, Private je crois. J’avais l’impression de me reconnaître en lui.

Chris : C’est qui, Mort, chez les pingouins ?
Joe : Ouais, c’est qui, Mort ? Attends, je regarde. Parce que j’ai l’impression que c’est le petit soldat. Michael (Dunlop, bassiste), c’est Skipper. Ouais.
Chris : Kowalski. Peut-être que je suis Kowalski. Je pourrais être Rico, peut-être, mais probablement Private.
Joe : Je suis probablement King Julien.
Chris : King Julien. En fait, j’ai plutôt l’impression d’être Mason. Oh ouais. Ton pote Mason.

C’est qui, Mason ?

Chris : Mason, c’est le chimpanzé snob.

Ah ouais, ouais. Et l’hippopotame, il s’appelle comment ?

Chris : Ah, Gloria.

C’est déjà la meilleure interview. Pour en revenir un peu à l’album, quand j’ai lu le communiqué de presse, il était question des nombreuses fois où tu avais fait des crises pendant les tournées et tout. Et je me suis dit… C’était vraiment un moment où tu as eu envie de tout arrêter, de laisser tomber tout le monde, d’abandonner tout le matos sur une autoroute américaine et de simplement rentrer chez toi ?

Joe : On a failli finir sur l’autoroute. Ouais, franchement, ouais. Dieu nous a envoyé un signe. Notre van transportait tout le matos. À l’arrière, il y avait une remorque. Elle s’est simplement décrochée. Mais elle était encore attachée par une chaîne. Du coup, elle traînait sur l’autoroute. On regardait dans les rétroviseurs et on voyait juste des étincelles voler. Et on a eu sacrément de la chance que le van ne se retourne pas.
Chris : Ouais, parce que si elle était tombée, ça aurait été immédiat. Le van aurait… On a eu beaucoup de chance, là.

Et le fait que vous n’ayez pas perdu la remorque, ça vous a fait vous dire : « OK, Dieu veut qu’on continue », même si.. C’est quoi, déjà, l’expression ? Un truc du genre : Dieu donne ses plus grandes batailles à ses meilleurs soldats ?

Joe : Un truc comme ça. Comme Trump qui se fait tirer dessus.
Chris : J’ai vraiment eu un petit craquage en Californie. Je pense que c’était la chaleur. Ou Los Angeles. J’ai juste… J’ai perdu la tête. J’étais habillé comme un putain d’idiot. Je me sentais comme un clown. Je n’arrivais plus à gérer. C’était mon petit craquage. C’était trop, tu vois. 

Tu n’aurais plus à faire la danse du crabe…

Chris : Ouais, je suis fatigué, chef. Je suis fatigué.

Et puis il y a aussi l’histoire de ton mariage à Las Vegas, Joe. Qu’est-ce qui aurait été différent sur l’album si elle avait dit non ?

Joe : Hmmmm… ça aurait probablement été… Je sais pas. Ça aurait probablement été beaucoup plus dans le registre « ramène-moi à la maison », tu vois.

Tu dirais que Fat Dog est devenu quelque chose de trop important, de trop gros, pour que tu puisses simplement tout abandonner un jour ?

Joe : Ouais. C’est ma vie.
Chris : Ouais, c’est vrai. C’est ma vie aussi. 

Le groupe semble toujours ancré dans le même genre de chaos que sur WOOF. 

Joe : On essaie de… Ouais, c’est moins chaotique. On essaie d’être moins chaotiques. Parce que je pense qu’une grande partie de… une grande partie de… Oh putain. La musique est moins chaotique. Mais je ne sais pas. Peut-être qu’une partie de ce chaos est tout simplement inévitable, vu la nature de qui nous sommes en tant que personnes. Je ne suis pas sûr qu’on soit vraiment si…
Chris : Chaotiques ?
Joe : Ouais. On n’est pas vraiment des gens chaotiques, si ?
Chris : Non.
Joe : C’est juste que… Tout est toujours chaotique.

Qu’est-ce qui vous a rendus moins chaotiques ? C’est simplement le fait d’avoir désormais un public plus large… ?

Joe : Non, je pense qu’on est probablement toujours aussi chaotiques qu’avant. Peut-être… Certains facteurs. Je sais pas. Peut-être que certaines personnes dans le groupe sont maintenant un peu plus chaotiques. C’est peut-être ça, le signe.

À quel moment as-tu réalisé que Fat Dog était devenu quelque chose de plus gros que… qu’un groupe culte suivi par une bande de cinglés qui viendraient à tous vos concerts ?

Joe : Pas vraiment. Je trouve toujours assez surprenant que les gens écoutent notre musique. Peut-être que c’est une mauvaise façon d’aborder les choses, ceci dit. Enfin, voilà, ce serait plutôt : « Ouais, je vais devenir putain de célèbre. » Parce que… Ça dépend aussi énormément de l’endroit où tu te trouves. Ouais. On a une assez bonne base de fans en Europe, mais quand tu vas aux États-Unis, c’est plutôt… Il faut jouer du rock. Il faut faire des reprises. J’aime bien Johnny Cash. Mais je ne veux pas faire du simili Johnny Cash pour faire plaisir au public US.

On vous demande de faire des reprises aux États-Unis ?

Joe : Pas vraiment, mais c’est juste que… On nous demande encore parfois des trucs bizarres. Le mec de la sécurité est venu nous voir dans un festival,, il nous a dit : « J’adore votre groupe. » Il disait : « Je vous écoute tous les jours. » Et c’était parce qu’il existe un autre groupe qui s’appelle Fat Dog. Et il nous dit que sa chanson préférée de nous c’est I’m Not Scoobidoobidoo. Et il captait pas que c’était pas non. C’est tellement déprimant. Ça m’a un peu… Je sais pas, ça m’a comme anesthésié.

Et il était déçu à la fin du concert quand il a réalisé qu’il n’était pas avec le groupe de « Scooby-Dooby-Doo » ?

Joe : Non, non, il était… Il a dit que ça allait. En fait, il avait posé sa journée parce qu’il pensait qu’il allait travailler pour un groupe qu’on va jouer. Mais bon, ce n’est pas notre faute. Qu’est-ce qu’on peut y faire, hein ?
Chris : il nous a sorti ça :  « Vous prenez une direction intéressante. »

Ouais, parce que je me souviens que, puisque tu parles de concerts… La dernière fois que je t’ai interviewé, tu m’avais raconté l’histoire de quelqu’un qui était monté sur scène nu, avec une flûte. Quel est le truc le plus dingue qui vous soit arrivé en concert au cours des deux dernières années ?

Joe : Les deux dernières années… C’est généralement un truc qui déconne. Il n’y a pas tant de gens complètement cinglés que ça.
Chris : Ça ne s’est pas vraiment passé à nos concerts en France.
Joe : La France. Enfin, c’est ça le truc : Paris, surtout, c’est que même si on joue un concert de merde… Le public va quand même être là : « Ouais, c’était trop bien !!! » 

Je me rappelle de votre set au Supersonic en 2023… Il y avait littéralement des gens accrochés à cette putain de scène, qui hurlaient.

Joe : Et ils faisaient toujours des stage dives, même quand les morceaux sont terminés.
Chris : Ou alors, pour être honnête, je me souviens du concert qu’on avait joué au Best Kept Secret, où la barrière s’est écroulée. Il y avait une sorte de barrière en bois devant la scène, tout le monde pogotait et la barrière a fini par céder. Du coup, il y avait des clous et des morceaux de bois qui dépassaient dans le public. Et là, un mec est venu la réparer alors que le public continuait à pogoter. Il avait juste une perceuse, et les gens tombaient sur la perceuse pendant qu’il réparait la barrière. C’était assez dingue.
Joe : Celui des Eurockéennes était drôle, parce que c’était plus… enfin, c’était surtout marrant. Ma femme était là et une femme devenait un peu trop entreprenante sur moi… Moi, j’essayais juste de sauver mes couilles.
Chris : Les Français adorent essayer de toucher tes testicules.
Joe : Et puis je crois que ma femme l’a vu et lui a simplement mis un coup de poing dans la figure.

Les Français veulent toucher tes testicules.

Joe : Ouais, ils veulent mes couilles.

Peut-être que vous devriez faire une édition spéciale de l’album, juste pour le public français, avec une réplique d’un sac de couilles dans le disque.

Joe : Oh ouais, imagine un disque vendu avec un sac de couilles. Non, c’est justement ce qu’on avait essayé de faire, parce que la pochette représente le chien vu de face, mais on voulait aussi essayer de le montrer de dos, avec des testicules énormes. On s’est fait recaler là-dessus.
Chris : Les labels n’ont pas beaucoup d’humour. Ils devraient en avoir davantage.
Joe : Ouais, ils ne savent pas vraiment s’amuser.

Quelle est la chose la plus surprenante que tu aies découverte sur toi-même, sur le groupe, au cours des deux dernières années depuis la sortie de Wolf, et qui a finalement mené à Cancel Me, I’m Tired ?

Joe : Passer mon temps dans un groupe avec des gens, tu en apprends beaucoup sur les corps. Sur une route pleine de bosses. Très pleine de bosses. Tu apprends quelles sont tes limites et tu les dépasses. C’est difficile à dire. J’ai un peu appris que… maintenant, on a énormément de blagues qui sont les nôtres. Elles ne font rire que six autres personnes. Et puis les trucs que je trouve drôles ne font tout simplement rire personne en dehors du groupe. Et parfois, même les gens du groupe ne les trouvent pas drôles.

C’est quoi, un truc qui ne fait rire personne à part toi ?

Joe : Je peux même pas l’expliquer. Ce serait juste un jeu de mots ou un truc comme ça qui dure pendant un mois.

Ouais, mais c’est votre délire. Moi aussi, je fais souvent ça avec mes amis. On écoute des trucs tellement pointus que quand tu essaies de l’expliquer à quelqu’un…

Joe : Ouais, tu passes pour un cinglé. Donc je comprends.

Par exemple, si quelqu’un te demande quel genre de musique tu joues, comment tu décrirais Fat Dog à quelqu’un qui n’a pas vraiment de culture musicale ?

Joe : Si je parle à quelqu’un, si je suis dans un camping ou un truc comme ça, et qu’on me fait : « Ah, t’es musicien, toi ? » Je réponds : « On fait du rock électronique. » 
Chris : Ouais, c’est très, très, très direct. Mais après, on donne l’impression d’être putain de Depeche Mode ou un truc comme ça.

Tu aimerais bien sonner comme putain de Depeche Mode ou un truc comme ça ?

Joe : Ouais, ce sera pour le troisième album. Pour le quatrième album, il faut que je parte me trouver en Inde.
Chris : Ou alors on fait un album de black metal.

Cancel Me, I’m Tired semble vraiment très américain. Mais est-ce que tu aimerais vraiment faire un album sur l’Inde, par exemple ? 

Joe : Je reviendrais comme les Beatles. J’aurais découvert le LSD. Mais je peux pas me faire pousser la barbe comme un sage indien. Donc ça aurait juste l’air horrible.

Chris : Non, mais tu peux en acheter une. Tu peux aller en Turquie, te faire des implants de barbe.

Joe : Carrément. On va forcément faire un album sur les implants capillaires. C’est prévu depuis un moment. Je crois que le taux de calvitie augmente dans le groupe. Je crois. Ça revient petit à petit. Tout le monde devient chauve. On a tous des pères chauves.

Mon père n’est pas chauve, mais il n’a pas beaucoup de cheveux non plus. Donc j’espère vraiment que je ne vais pas devenir chauve, parce que je vais perdre tout mon sex-appeal.

Joe : Apparemment, on n’est pas censés porter de chapeaux. Mais on en porte quand même. Peut-être que ça va avec la calvitie et que tu portes une casquette. Ou alors c’est comme ça que je sais… Il faut connaître l’astuce. Comme ça, tu donnes l’impression d’avoir des cheveux. Comme un moine.

Vous aviez peur de faire un WOOF 2 ? 

Joe : Je ne l’étais pas, mais je le suis maintenant. Je pense que tu ne peux faire une chose qu’une seule fois. Tu peux faire la même chose deux fois si tu veux vraiment, mais ça ne sonnera jamais aussi bien que la première fois. Donc ce sera WOOF (Taylor’s Version).
Chris : On allait faire WOOF, WOOF.
Joe : Certaines de ces chansons auraient probablement pu être sur WOOF.

Je n’arrive pas à déterminer quelle est mon intro préférée entre Vigilante et Smile and Wave. J’aime beaucoup Vigilante, avec sa progression presque religieuse. Au début, ça donne vraiment l’impression d’entrer dans une sorte de culte. Et Smile and Wave, c’est comme quand vous entrez sur scène avec ce morceau. Enfin, moi, comme j’avais déjà écouté l’album… Je me suis dit : « Oh mon Dieu, je connais cette chanson. Elle est trop cool. »

Joe : Je pense que c’est parce que le premier album avait un démarrage lent. Je commence à en avoir marre de commencer lentement. J’ai juste envie d’y aller directement. C’est aussi parce que si les gens ne savent pas qui tu es, personne ne bouge. Et puis, c’est complètement… enfin, ça fonctionne vraiment bien si tu joues devant des gens qui te connaissent. Là, c’est direct.

Et puis, comme on le disait au début de l’interview, la référence culturelle, les pingouins de Madagascar, fait son petit effet. Même s’ils ne sont pas explicitement mentionnés dans la chanson, le simple fait de commencer par Smile and Wave peut faire le lien chez certaines personnes : « Oh, j’ai la référence, j’adore ce film ! » « Maintenant, je sais que le groupe aime ce film aussi. »

Joe : T’as tout compris.

Et est-ce que tu te souviens du moment, en studio ou avant, où tu as réalisé que Cancel Me Me, I’m Tired allait être différent de WOOF ?

Joe : Je pense que ça allait être différent dès que j’ai terminé WOOF. Parce que j’en avais fait une première version et je me suis dit : « Tu sais quoi ? En fait, c’est putain d’ennuyeux. » C’est un peu chiant de refaire encore et encore la même putain de chanson. C’est juste cool de faire des trucs différents là-dedans. Il faut faire des choses différentes.

Tu dirais que cet album représente encore davantage ce que tu veux faire aujourd’hui ? Et notamment ce que tu écoutais pendant sa conception ?

Joe : J’ai aussi écrit plein de chansons plus pop, plus mélodiques. Et je voulais vraiment… C’est plutôt sympa de pouvoir essayer de nouvelles choses. Je pense que tu peux être un peu plus expérimental sur ton deuxième album. Ça n’a pas tellement d’importance. Tu essaies juste de nouveaux trucs.

Quelle a été la première chanson à émerger du processus créatif ?

Joe : Bad Dog, c’était la première. Et la dernière, c’était Aliens. Donc littéralement la dernière de l’album.

Bad Dog… C’est la seule chanson avec un chien dans la tracklist, non ? 

Joe : Bad Dog ressemble un peu à Fat Dog, d’une certaine manière. Mais il y a encore pas mal de références aux chiens là-dedans. Trop à mon goût.

Mais d’une certaine manière, il faut bien incarner son nom.

Joe : Ouais. Mais en même temps, tu ne veux pas tomber dans le gimmick.

Tu n’aimes pas du tout les gimmicks ?

Joe : Je déteste putain de ça, les gimmicks. Je me suis abaissé pendant trois ans à faire des gimmicks. Et maintenant, je me dis que je ne peux plus le faire.

Tu es devenu allergique aux gimmicks.

Joe : C’est une ligne très fine entre être un groupe à gimmick et être un groupe de musiciens qui a, je sais pas, un écho à bande branché sur un putain d’ampli ou un truc comme ça. Donc il faut essayer de trouver un juste milieu. C’est déjà bien de simplement prendre du plaisir à jouer sur scène. Tu peux t’amuser et garder une certaine intensité. Et continuer à faire un bon show sans faire de conneries. Parce qu’au départ, même le fait d’aller dans le public, c’était juste une façon de forcer les gens à bouger un peu. Parce que c’était la première fois qu’on jouait devant un public. Et j’ai continué à le faire pendant trois ans.

Je me souviens de la Route du Rock, en 2024. Il y avait de la boue partout et, Chris, tu es venu dans le public. Et tu t’es juste tartiné le visage de boue.

Chris : Na, ça j’ai arrêté. Mes articulations sont complètement niquées. 

Joe, tu dirais que tu gères mieux tes problèmes de colère ou un truc comme ça ?

Joe : Le premier album, c’était un peu de rage. J’aime bien un peu de rage. Mais j’ai pas l’impression d’être vraiment quelqu’un de colérique. C’est aussi une bonne façon de faire sortir tous tes démons. C’est une bonne manière de faire.

Peut-être qu’un jour, tu n’auras plus de démons. Tu seras là : « Oh, merde, je dois m’en trouver de nouveaux ? »

Joe : Cet album, c’est beaucoup plus de démons. Faire sortir ses démons, pour être honnête. L’autre, c’était un peu de rage aveugle. Et celui-ci, c’est peut-être davantage le fait d’y réfléchir.

Quels genres de démons tu veux exorciser avec ce disque ?

Joe : Juste la solitude intérieure d’un homme.

Il paraît que tu as demandé à  Chat GPT de te faire une chanson de Fat Dog, pour voir si tu allais être remplacé…

Joe : C’était insultant.
Chris : C’est ça. C’était tellement drôle.
Joe : J’étais là : « Tu peux m’en donner davantage, de cette chanson de Fat Dog ? » « Tu veux quelque chose d’encore plus débile ? »

Tu te souviens du prompt ? Tu as juste dit : « Je veux une chanson de Fat Dog » ?

Joe : J’ai dit : « Écris-moi une chanson de Fat Dog, s’il te plaît. » « Tu la veux encore plus débile ? » – Tu te prends pour Will Smith dans I, Robot. Les IA sont un peu connes. Elles ne sont pas aussi bonnes qu’ils devraient l’être. Tu sais ce qui est vraiment dingue, par contre ? Les vidéos. Les vidéos sont dingues. Elles ressemblent à des pubs et tout. Même des trucs comme eToro font des pubs avec ça maintenant. C’est dingue. Et ça a l’air tellement mauvais. On dirait qu’ils ont imaginé la campagne il y a trois ans, quand Will Smith mangeait encore des spaghettis. J’adore que ce soit devenu une référence. Une référence pour mesurer la qualité de l’IA. C’est juste des vidéos de Will Smith qui mange des spaghettis.

Je me souviens qu’en 2023, ou un truc comme ça, au début des images générées par IA, il y avait cette tendance sur Internet où tu voyais des images de Jésus dans la boue avec des avions, et Jésus avait toujours des hôtesses de l’air dans les bras… La légende disait : « Écris Amen si tu aimes Jésus. » Et tu avais mille personnes qui écrivaient « Amen »… 

Chris : Ouais, c’est assez drôle. Ma mère se fait avoir assez souvent. Moi aussi, je me fais avoir. Je me suis fait avoir par une vidéo IA l’autre jour, et j’étais là : « Waouh, incroyable ! Je savais pas que les animaux pouvaient faire ça ! »
Joe : C’était celle où ces pingouins reçoivent un truc ?
Chris : C’était celle-là. Ils leur apportent… Enfin, on leur donne des poissons, on les récompense, et maintenant les pingouins apportent eux-mêmes des poissons aux humains. C’était tellement bizarre parce que maintenant, c’est devenu trop crédible.

Tu essaierais de faire un clip avec de l’IA, un jour ?

Joe : Non, jamais. On a fait une affiche avec de l’IA, ou un truc comme ça. Les gens : « Putain, faites pas une affiche avec de l’IA. » Les gens sont vraiment chiants. Ils ont pas d’humour.  C’est le genre de truc qui te fait automatiquement cancel, parce que les gens sont tellement, mais tellement chiants. C’est comme quand on a dit qu’on allait faire l’Eurovision, et que les gens sont là : « Oh, vous devriez pas faire ça. » « Allez vous faire foutre. » «Espèces de porcs sionistes », et tout. Alors que c’était une blague, les gens qui nous connaissent vraiment savent qu’on ferait jamais ce genre de connerie. 

Qu’est-ce qui pourrait te faire automatiquement « cancel » dans ce que tu fais avec le groupe ?

Chris : L’Eurovision.
Joe : Ouais, on peut faire l’Eurovision.

Toute cette histoire d’Eurovision est très drôle. Si Israël n’était pas à l’Eurovision, vous l’auriez fait ?

Joe : Bah, si on était en compétition contre Israël, on aurait probablement pas gagné, hein ? Si tu le fais pour la gloire, c’est une victoire vide. Mais on l’aurait quand même pas fait. C’était un putain de cauchemar.
Chris : Ouais, parce que c’est ça, le problème. J’avais pas réalisé à quel point tu dois bouger partout. Et puis, probablement que tu aurais été le seul sur scène.
Joe : Non, c’est quatre maximum. Donc moi, j’aurais fait du playback en chantant, et eux auraient fait des trucs genre danse du crabe. Ça aurait été marrant.
Chris : Ça aurait été marrant pendant dix minutes. Tu dois faire ça pendant genre deux ans.
Joe : Tu sais ce qui aurait été vraiment génial ? J’adorerais aller à une soirée Eurovision avec tous les gars d’Europe de l’Est, et être là : « Ouais mec, c’est putain de l’événement le plus cool de l’année. » Ce serait incroyable. Je parie qu’ils ont aussi la coke la plus pure.

Je me souviens avoir eu vent d’une théorie selon laquelle la France ne sélectionne que des groupes nuls. Parce que l’Eurovision coûte cher à organiser : il faut avoir une salle, accueillir tout le monde, etc. Et donc la France ferait en sorte de ne jamais gagner, parce qu’elle n’a pas envie de dépenser de l’argent pour organiser l’Eurovision.

Joe : Ah, bah dans ce cas, tu participes pas.

Ouais, mais ils veulent participer parce que ça donne quand même une certaine visibilité à la France. Si je ne me trompe pas, la France fait partie des pays qui ont lancé l’Eurovision à l’origine. Donc c’est un peu comme si, je sais pas, le Royaume-Uni quittait l’Union européenne : ça ferait un peu le même effet, tu vois.

Joe : Ça donne pas l’impression que tu vas à l’Eurovision ? Je peux pas vraiment sourire devant une caméra, donc j’ai l’impression que ce serait un problème.
Chris : Je t’imagine juste à ton enterrement.
Joe : La danse du crabe, ouais, je peux faire la danse du crabe. Ils veulent que tu souries tout le temps face à la caméra. Moi, je peux pas vraiment. Ça serait dur. Ce serait vraiment une vidéo infernale : te regarder sourire pendant toute une chanson.

Tu y emmènerais quelle chanson ? 

Joe : Probablement Go Fuck Urself
Chris : Ce serait incroyable. 

Chris a raison, ce serait incroyable. Maintenant, j’ai envie de remonter dans le temps et de te forcer à aller à l’Eurovision. 

Joe : On aurait littéralement pu aller jusqu’au bout et le faire, mais je crois que même Domino a dit que c’était pas très cool. Domino ne sait pas ce qui est cool. Je me dis toujours que… Tu sais, être cool, c’est cool maintenant. Donc être cool, c’est effectivement cool maintenant, mais il y a tellement de façons différentes d’être cool. C’est pas cool d’être cool juste pour être cool.

Certaines personnes vont te trouver cool parce que tu n’es pas cool.

Joe : C’est exactement ça. Tout est recouvert d’ironie. Je me perds dans l’ironie. Je sais même plus quoi dire. C’est pour ça qu’il y a moins de joie dans le monde aujourd’hui : à cause de ça. Tout le monde se cache constamment derrière des couches d’ironie, comme ça personne ne peut vraiment leur dire quoi que ce soit. J’ai l’impression que c’est très français.

Peut-être que c’est nous, les Français, qui avons inventé ça. On a inventé le snobisme et tout. On l’a inventé. C’est tellement proche de ce qui est cool et de ce qui ne l’est pas.

C’était quoi l’époque où tu étais le plus cool, en tant que personne ?

Joe : Je pense que l’époque où j’étais le plus cool en tant qu’être humain, c’était probablement quand j’avais huit ans. Quand j’étais le plus heureux, c’était clairement entre six et huit ans.

Ensuite tout est devenu sombre et tu n’étais plus cool.

Joe : Quand tu deviens ado, tout le monde est putain d’hypocrite. Et puis après, tu as cette période où tu te dis : « En fait, tu sais quoi ? Ma mère, et tout ça, ça me dérange pas. »
Chris : Ouais, j’adore ça. C’est bien, quand tu commences à te dire : « Tu sais quoi ? »
Joe : « En fait, t’es plutôt cool. » C’est le meilleur moment, quand tu vas simplement au pub avec tes parents. C’est peut-être ça, le plus cool.

Le disque aborde toute une réflexion autour de la masculinité toxique, non ?  Par exemple, dans le communiqué de presse, tu dis  “Call me if you’re feeling sad”… 

Joe : Ça vient d’une vision qui est simplement… une vision de ce qu’un mec vraiment stupide pourrait dire. Tu peux le dire dans une chanson, mais pas dans la vraie vie.


Mais pourquoi tu ne pourrais pas dire ça dans la vraie vie ? 

Joe : Je suis trop putain d’anglais, mec. Tu peux pas faire ça. Tu sais, quand tu essaies d’être trop sincère avec quelqu’un et que tu lui dis : « Appelle-moi si tu es triste. » Il te dit juste d’aller te faire foutre. Ouais. Ce serait juste… Ça mettrait cette personne mal à l’aise, et moi aussi. Enfin, regarde, Kate m’a envoyé une nouvelle assez merdique hier soir, et j’étais là : « C’est vraiment triste. » Et tout ce que j’ai réussi à dire, c’était : « Putain, c’est dur. » Je savais pas vraiment quoi dire d’autre.

Ouais, c’est un peu débile, cette autocensure.

Joe : Je sais, mais c’est genre : « C’est vraiment la merde. Qu’est-ce que je suis censé faire ? »

Ouais, mais comment tu apprends aux mecs, justement, à ne pas être des connards et à parler ouvertement de leurs émotions ?

Joe : C’est pour ça qu’on essaie. On essaie avec ce disque. Étape par étape.

Quelle sera la prochaine étape ? 

Joe : On va devenir encore plus toxiques sur le prochain album. C’est un peu comme ces types qui sont des YouTubeurs tout à fait normaux, puis qui se font cancel et deviennent ensuite des influenceurs alt-right.

Alors comment est-ce qu’on devrait voir la cancel culture en 2026 ? Ou est-ce qu’il faudrait la réparer d’une certaine manière, la rendre plus pertinente ?

Joe : C’est un putain de mensonge. La cancel culture, c’est débile. Je me disais justement qu’on devrait pas appeler ça comme ça, parce que c’est juste du jargon Internet. Et puis les connotations derrière sont terribles, non ?

Je déteste cette expression, « le tribunal populaire » : tu as été jugé par des gens sur Internet, quoi. Et souvent, des gens aux idées horribles, qui défendent des personnes horribles. 

Joe : Ouais, par des gens sur putain d’Instagram ou un truc comme ça. Qui se permettent de donner leur avis sans même savoir. Parce que… Tout le monde pense qu’il doit avoir une opinion maintenant, et leur opinion est basée sur ce qu’ils font sur Internet, ce qui est complètement dingue. C’est aussi dingue parce qu’en réalité, tu ne fais rien. Tu ne fais concrètement rien pour aider qui que ce soit. Les gens, en gros… Ils sont sur leur canapé à se branler, à pisser, enfin… à rien foutre sur leur putain de téléphone. Et ça leur donne un shoot de dopamine, l’impression de faire partie d’un mouvement, alors qu’en réalité, tous ces mecs font exactement la même chose : rien du tout. C’est un peu l’équivalent… Enfin, peut-être qu’il vaut mieux pas parler de pisse, mais en France vous avez peut-être la même chose, avec…

En France, on a une expression qui dit que les opinions, c’est comme les trous du cul : tout le monde en a un.

Joe : Faut la ramener en Angleterre, cette expression. 

Plus que la cancel culture, Cancel Me,  I’m Tired, c’est aussi un disque sur l’épuisement…

Joe : C’est pas vraiment à propos de la douleur. Je pense que c’est peut-être le fait d’être épuisé par son propre esprit. C’est juste… la même putain de merde qui se reproduit encore et encore.

Et pourtant, tu refais exactement la même putain de chose en sortant un disque. Et tu es encore plus épuisé par tout le… le… Tout ce que ça implique : tu dois partir en tournée, faire des interviews, tu dois…

Joe : J’aime tout ça. Ça n’a rien à voir avec la musique, mais j’adore faire ça. C’est la seule bonne chose qu’il me reste.

Qu’est-ce qui t’épuise le plus ?

Joe : Juste la vie, mec.
Chris : Juste le fait d’être un putain d’être humain. Et je pense que parfois, c’est facile, et parfois, c’est dur.
Joe : J’ai parfois l’impression d’être autiste. C’est dur, parce que tu sais, tu as ces conversations avec des gens, et tu ne te rends pas compte de ce dont ils parlent, ou alors que tu as fait quelque chose de mal à quelqu’un. Tu peux pas vraiment… Tu peux pas vraiment fonctionner. Tu peux pas vraiment… Tu peux pas vraiment décortiquer tout ça. Je comprends assez bien ce sentiment. Tu n’arrives même pas à décortiquer ta propre merde, et c’est ça, le pire. Je suis pas très doué pour regarder en moi et réfléchir à ce que je suis en train de faire. C’est difficile à expliquer.

Il y a aussi une phrase que je viens de retrouver dans mes questions. Elle est dans Cancel Me, I’m Tired, la chanson : “Three thousand years in the goon chamber” – ça donne vraiment l’impression que tu parles de l’épidémie de solitude masculine, de cette épidémie qui pousse les mecs à…

Joe : Je trouvais que c’était une bonne façon de terminer la chanson. Tu te fais enfermer pour ta stupidité. C’est comme une punition.

En phrase marquante, il y a aussi “Perform miracles like turning 12 pints into chunder”. Ça fait vraiment très britannique, dans la préparation d’un miracle biblique. Tu dirais que la culture de la boisson, surtout ce qu’on voit aujourd’hui, c’est la dernière chose qui unit encore la Grande-Bretagne ?

Joe : On ne boit plus tant que ça en Angleterre, tu sais ? Ça unit surtout une certaine nostalgie. On a tenu le coup pendant longtemps. On est complètement sortis de ce truc, sur toute la planète. Vous avez une meilleure culture de la boisson ici. On est sortis hier soir et les gens buvaient jusqu’à genre deux heures du matin. Londres, c’est vraiment nul pour ça parce que les bars ferment souvent vers onze heures. Et puis c’est tellement cher.

Mais si tu vas à Newcastle ou un endroit comme ça…

Joe : Je crois qu’ils sont meilleurs là-bas. J’ai jamais passé assez de temps dans le nord. L’autre truc, c’est que vous avez vraiment des bars qui restent ouverts tard, alors que nous, on doit aller dans… genre un club de strip-tease, un putain de club de strip-tease pourri. 

Tu penses que si l’Angleterre gagnait la Coupe du monde, ça pourrait avoir ne serait-ce qu’un petit effet sur ce qui se passe en ce moment ?

Joe : Ouais, probablement. Quand tu regardes tous nos joueurs, ça pourrait peut-être avoir un effet positif. Parce que tous les joueurs viennent de putain de partout, non ? Ils viennent tous d’endroits différents. Ça donnerait moins de justification à l’extrême droite pour dire : « C’est quoi, un Anglais ? » Ils seraient là : « Bah, vous savez, l’Angleterre vient de gagner la Coupe du monde. » Le problème, c’est que c’est tellement hypothétique parce qu’il n’y a aucune chance que l’Angleterre gagne la Coupe du monde.
Chris : Est-ce que la même chose se produirait en France si la France gagnait ?

Ça s’est produit en 1998. Il y avait eu une sorte d’effet « Black-Blanc-Beur », parce que l’équipe était composée de Blancs, de Noirs et d’Arabes, et pendant quelques semaines, les gens étaient unis.

Joe : Ouais, pendant quelques semaines.

Ouais, pendant quelques semaines…

Joe : C’est toujours comme ça. Pendant la Coupe du monde, tout le monde se rassemble et chante, mais dès que tu es éliminé, les gens recommencent à jeter des trucs, à se battre, à dire « va te faire foutre ». Et ce serait peut-être mieux pendant quelques semaines, je pense. Mais ça en dit surtout long sur la nature humaine. Tu sais, les gens passent leur temps à se battre et à être horribles, parfois. Et puis tu as des moments de vraie gentillesse, et après ça revient à tout le monde qui se comporte comme des hommes des cavernes.

Et pour la dernière question : quelle est la question qu’on ne t’a jamais posée en interview, mais que tu as toujours rêvé qu’on te pose ?

Joe : Mes dix millions de livres que j’ai dans ma poche… Je t’en donne vingt mille si tu… genre… Si tu suces quelque chose…

Un autre long format ?